Visites à Mister Green, Comédie Bastille, Thomas Joussier

Visites à Mister Green, Comédie Bastille, Thomas Joussier

De prime abord il y a cette attention particulière portée au décor, à la scénographie ; la reconstitution, très réussie d’un vieil appartement à l’abandon dans un New York d’après la deuxième Guerre mondiale, à la temporalité pas vraiment datée précisément. Puis, il y a cette incroyable manière de mettre en lumière cet appartement de théâtre de manière hyper réaliste, un lieu de vie, délabré, où tout vivote, marche mal mais s’éclaire avec des tas de trouvailles et bonnes idées qui renforcent l’impression de vérité.
Ensuite arrivent les deux personnages principaux campés par Jacques BOUDET et Thomas JOUSSIER et là on ne boude pas son plaisir de voir ces deux grands professionnels prendre l’espace et incarner avec une maîtrise, une justesse et une âme qui forcent le respect, l’admiration.
Quel Bonheur de voir Jacques Boudet sur scène et qui à plus de 80 ans a atteint un niveau de jeu, un sens des planches et une facilité d’être un personnage qui font de lui un cas d’école, un maître à suivre, à admirer ! Jamais il ne cabotine, jamais il ne dépasse le cadre de son rôle, jamais il n’est pas à moins de deux cent pour cent dans chacune de ses scènes, étant le personnage, sa voix, sa gestuelle, son allure, sa densité et son histoire mêlés.

Thomas JOUISSIER qui a adapté et mis en scène cette pièce à succès de Jeff Baron n’est pas en dessous du jeu et du talent de Jacques BOUDET, les duettistes se respectent, jouent dans la même force, le même rythme et la même aura. Une grâce -équivalente bien que s’exprimant différemment. Chacun des deux tire grandement son épingle du scénario et sont de parfaits artisans, dans le sens le plus noble du terme, de cette magnifique dramaturgie à la fois forte, douloureuse, triste, étrange, improbable, attachante et enrichissante.

Le Pitch : A l’issue d’un banal d’accident de la route, un homme travaillant chez American Express se retrouve contraint de purger une condamnation dans un travail d’intérêt général qui est justement de visiter sa Victime, un vieux juif acariâtre et seul de 86 ans, à son domicile new yorkais. Tout les oppose dans un premier temps, mais les deux vont finir par se trouver bien plus de points communs qu’ils ne l’auraient cru et vont finir par changer radicalement de vie après cette rencontre hors norme qui les confrontera à eux-mêmes et à leurs secrets et problèmes les plus intimes.

Mises en place aux petits oignons, délicatesse des effets, des chorégraphies du banal, Visite à Mister Green est une réussite dans le fond et dans la forme fait par et pour des amoureux du théâtre. On se sent les spectateurs privilégiés d’un grand moment d’art qui ne provoque jamais un seul ennui, aucune lassitude en 1 H 40 de prestations humaines et artistiques sans failles sur les fêlures de l’humain, les drames des religions prises trop aux pieds de la lettre, les incompréhensions entre générations et la grande Histoire qui malmène les petits histoires personnelles, les vies ordinaires, 30 ans et plus après les faits.

Cette pièce est cruellement, délicieusement d’actualité, son propos est universel, percutant, important. On ressort bouleversé par la Pièce, ses personnages, ses comédiens et la lourde charge sociologique, politique, religieuse et personnelle de ce petit chef d’oeuvre à voir absolument. Une leçon de tolérance(s). Un Moment qui nous accompagnera longtemps.

Visites à Mister Green, Comédie de Bastille, avec Jacques Boudet et Thomas Joussier. Mise en scène et adaptation et décor : Thomas Joussier. Lumière : Denis Schlepp.