Le Marquis de Sade bien monté de Briançon et Leleu

Le Marquis de Sade bien monté de Briançon et Leleu

Monter Sade, aujourd’hui, est un exercice extrêmement périlleux car le Diable d’homme ne se laisse pas aisément mettre en scène. Il peut être si facilement caricatural et mal compris que cela rend tout travail hagiographique sur lui dès plus compliqué. Sa légende est si forte, la fantasmatique autour de son oeuvre et de son personnage est si trouble si puissante et choquante pour la morale et la bonne pensée bourgeoise et chrétienne que souvent les adaptations de Sade, au cinéma ou au théâtre déçoivent.
Autant le dire tout de go, le Sade de Briançon et Leleu enchante, excite. Il est profondément jubilatoire et plein de sens. On touche aux vérités d’un personnage sans complaisance, sans pudibonderie ou jugements de valeurs.
Ce Sade-là aurait pu être mis en scène par Sade lui-même et il aurait été content de lui le bougre, c’est dire si c’est réussi !

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Le décor minimaliste mais redoutablement efficace (Bastien Forestier) d’une cellule à la prison de la Bastille, un vilain geôlier à la voix caverneuse au nom imprononçable de Lossinote (Michel Dussarat), une bonne soeur avec des couilles et des talons hauts, un Sade chauve et musclé très en verve - et verge - charismatique plus vrai, cynique et survolté que Nature (Pierre-Alain Leleu) et une belle amie imaginaire eurasienne ultra sexy à la poitrine de rêve, tatouée et montée sur des Louboutin (Dany Verissimo), voici c’est la mise en place audacieuse, détonante et ultra talentueuse de la pièce de Nicolas Briançon. 4 personnages pour un voyage à la recherche d’un Sade perdu, perverti par la critique, un Sade qu’on aime mal et connait encore moins.
C’est ainsi que le spectacle de Briançon a de grandes vertus pédagogiques. Oubliez wikipedia et aller au théâtre pour mieux connaître qui il était, les réponses à vos questions sont sur les planches.

L’adaptation est moderne. D.A.F (Donatien Alphonse François() marquis de Sade de Briançon campé de manière magistrale par un Pierre-Alain Leleu qui ressemble un peu au hardeur HPG dans un pantalon en cuir et un corps d’athlète impose son flot et son énergie, sa folle liberté de dire, de provoquer, en grand prosélyte de son plaisir égoïste et tout azimut nous offre une performance de haute tenue qui nous tient en haleine sans jamais aucune baisse de rythme du début à la fin de la pièce.

Le DAF marquis de Sade de Briançon et Leleu est une pièce formidablement bien dosée qui prend des risques mais ne dérape jamais vers le vulgaire, le cliché, le conformisme ou la provocation glauque. On y appelle une chatte une chatte, le texte tape sur la religion, le sexe y est explicite, certains mots sont durs, certains fantasmes sadiens sont insupportables et vomitifs mais le tout a une belle harmonie. On est dans un mix entre la Littérature et le Théâtre. Les comédiens sont des héros littéraires mais qui profitent des magies du théâtre, ils donnent corps et âme à l’oeuvre Sadienne. C’est un spectacle comme on aime, politiquement incorrect mais dont chaque mot est utile, profond et plein d’enseignements sur la complexité de la nature humaine. Le sens de l’obscénité de Sade n’est jamais gratuit.

On rit, on tremble d’effroi, on mate comme des voyeurs de luxe ce quatuor formidablement bien casté qui prend du plaisir à jouer ensemble et à donner de la profondeur, de la densité et un sens historique au Sadisme.

Il y a de nombreuses trouvailles de mise en scène, l’ensemble et malin, vilain, drôle, décapant, énervant, choquant et bandant. Ce Sade est un grand Sade qui mériterait après le sublime cadre intimiste du Ciné Théâtre 13, une grande salle aussi pleine que celle où j’ai assisté au show Sadien.

Dany Verissimo et Pierre-Alain Leleu y sont éblouissants et les seconds rôles aussi. La Mise en scène est briançonnesque. On a désormais affaire avec lui à une Marque de qualité jamais déçue.

A VOIR ABSOLUMENT où sinon les remords vous fouetteront sans ménagement.

D.A.F. marquis de Sade de Nicolas Briançon, Au CINE 13 THEATRE.

http://www.dafmarquisdesade.fr/dafmarquisdesade/ACCUEIL.html

http://www.cine13-theatre.com

RESERVATIONS : 01 42 54 15 12

le 16/01/2013
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1 Message

  • 17 janvier 2013 22:41, par Raphaël Zacharie de IZARRA

    Brûlons Sade !
    A propos des "120 Journées de Sodome".
    Sade n’a rien de divin et tout de démoniaque, au moins à mes yeux. Sa pensée malade à l’extrême relève de la psychiatrie la plus lourde, et même d’une authentique psychiatrie d’exception. Un cas monstrueux comme il n’en existe nulle part dans le monde. Sa littérature sent la pourriture, l’excrément, la honte et les Ténèbres. Cette littérature, c’est le dépotoir de l’Enfer, la fosse du Diable, la Gueule ouverte de tous les démons de la géhenne.
    Le seul point positif que je lui accorde, c’est qu’à travers les conceptions innommables, épouvantables, abominables issues de son cerveau damné, il permet d’élargir notre champ de conscience sur une réalité que la pensée ordinaire est incapable de concevoir. Une fois sensibilisé à ces conceptions extrêmes du Mal, on peut alors entrevoir une réalité aussi profonde et aussi extraordinaire que l’univers sadien, mais une réalité située à son exact opposé. On se dit que si un tel gouffre existe, la cime doit également exister. Et la conception d’un semblable gouffre fait ardemment désirer celle d’une cime. Alors on lève les yeux de force, on s’élève presque malgré soi, poussé, porté par les miasmes émanant de l’abîme fangeux.
    On ne peut pas lire les "120 Journées de Sodome" sans éprouver un légitime malaise mental, et même physique. Je suis persuadé que nul ne sort indemne de ce cloaque. Cette lecture blesse l’esprit comme le ferait le métal tranchant sur la chair. Sade est un criminel de l’esprit. Les blessures qu’il inflige à ses lecteurs ne sont pas visibles à l’œil, certes. Cependant il agresse l’esprit sain de l’honnête homme, atteint la pureté, offense l’innocence, tente de tuer le beau.
    Je suis pour la censure inconditionnelle de Sade. Je ne vois pas en quoi cette censure est criminelle ni ce que cette littérature apocalyptique peut apporter de bénéfique à l’Homme, sinon une image monstrueuse de ce qu’il n’est pas. En effet, comment peut-on faire d’un simple cas pathologique une cause générale ? Le patrimoine littéraire de l’Humanité ne perdrait vraiment pas grand-chose si on jetait une bonne fois pour toutes Sade sur le bûcher de la censure afin que nos enfants n’héritent pas de cette lèpre littéraire.
    Face aux écrits de Sade, les défenseurs de la liberté d’expression se croyant investis d’une mission sacrée font figure de mauvais génies de la pensée. Comme si au nom de la littérature on pouvait défendre une cause si noire... Il aurait alors suffit à Adolf d’avoir la plume d’un héraut du malheur pour qu’on encense et défende ses écrits au nom de la littérature... Au bûcher "Mein Kampf" et les "120 Journées de Sodome", au bûcher ! Et tant pis pour ces messies des ténèbres, défenseurs d’une infernale, criminelle, pestilentielle liberté d’expression !
    Raphaël Zacharie de IZARRA