A Carnac, Matthieu Rolais s’égare
Il y a trois ans, j’avais fait l’éloge du jeune Chef de Cuisine Matthieu Rolais, lors de mon passage dans son restaurant « L’Hippocampe » à Carnac, dans les journaux Le Mague et Le Post.
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Fort de cet agréable souvenir, c’est en compagnie du gastronome belge Jean-Louis Mathot que nous décidions de faire étape en ce lieu.
Il est midi passé, en ce mercredi 12 septembre 2012, lorsque nous arrivons sur le parking désert de L’Hippocampe. Qu’à cela ne tienne, nous irons nous attabler, en prenant tout notre temps. Un jeune serveur nous apporte la carte et notre choix se fera pendant que nous prendrons l’apéritif.
Avec un menu à 31 euros, nous aurions espéré mieux qu’une assiette de cacahuètes pour nous faire patienter et j’en fais la remarque au serveur, lequel se confond en excuses en nous confiant qu’habituellement le Chef propose une mise en bouche à base de rillettes de thon. Cependant les rillettes étant périmées, nous précise bêtement ce serveur un peu trop bavard mais néanmoins honnête, nous devrons faire face aux arachides… Et tant pis si nous sommes allergiques !
Est-ce notre mécontentement qui va décider le Chef à nous préparer une mise en bouche un peu plus élaborée, nous ne le saurons jamais, mais arrive soudainement un saumon mariné en épices et balsamique, ce qui est déjà beaucoup mieux.
L’entrée arrive tardivement mais le serveur nous avait dit que le Chef, étant seul en cuisine, il faudrait patienter pour déguster notre douzaine de palourdes grises des côtes bretonnes gratinées et au beurre d’escargot, comme si la solitude du Chef était de notre responsabilité pour qu’on nous inflige cette attente interminable, le Chef étant peut-être parti les chercher à la pêche à pied.
Le plat est un filet de Saint-Pierre (trop cuit) au beurre blanc, accompagné de pommes de terre rates (trop salées) et d’une fondue de poireaux (trop sucrée) aux petits lardons. Visiblement, l’ensemble est légèrement carbonisé ou est resté attaché au fond de la poêle.
Trois fromages, dont nous n’avons pas eu le choix, nous sont amenés dans une assiette, sur une salade flétrie et dont la vinaigrette n’a assurément pas été faite à la maison. A se demander, d’ailleurs, si la majorité des produits ne vient pas de chez un grossiste alimentaire réservé aux professionnels des métiers de bouche, lequel a d’ailleurs le secret de produits préparés, à accommoder ou à finir.
Enfin, l’apothéose reste le dessert. Pendant que Jean-Louis a, devant lui, un mille-feuilles framboise crème de citron vert (sans citron vert) avec une glace bas de gamme et à la vanille sans goût, je constate que mes fraises, à la crème de liqueur de fraises de Plougastel (liqueur totalement absente) et son croquant de praliné, ne valent pas mieux. Seule, ma bouteille de Saint-Nicolas de Bourgueil 2011, était agréable.
Ou bien Matthieu Rolais se ressaisit, en s’investissant davantage dans son restaurant dit gastronomique, ou alors il décide de faire de L’Hippocampe une brasserie… Mais à ce moment-là, il lui faut baisser les prix !
Les clients n’ont pas à pâtir de son passage à vide et de son absence de créativité !
