END : un jardin mystique entre la mort et la vie.

END : un jardin mystique entre la mort et la vie.

Une plongée étrange dans une mort en suspension, l’attente d’une jeune fille sur son sort, de son état de fantôme. Et si il n’y avait pas tout ce que l’église catholique peut prétendre depuis des siècles, tout ce qui est enseigné dans un pensionnat de jeunes filles est remis en cause. Quelle étrange rituel attend Élisabeth au fil de son séjour dans cette cage forestière et marécageuse. Est elle dans une réalité, rêve ou cauchemar d’une enfant naïve, trop vite enterrée.

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Morte trop jeune, Élisabeth n’est qu’une enfant, débutant son adolescence, jeune fille de bonne famille, aimée de ses parents. Éducation stricte, c’est depuis un pensionnat pour filles que l’on a noté sa disparition. Le corps n’a pas été retrouvé, et au vue des marais, de la forêt sombre, de plus, les rumeurs dans l’établissement courent sur le fait qu’elle participait à quelques réunions très suspectes, basées sur des expériences d’appel aux esprits, de la sorcellerie.
Élisabeth se réveille, vivant ou morte, la question ne se pose pas de trop. Elle est dans un immense jardin, comme une cage d’oiseau dans un musée naturel à ciel ouvert. Elle a pour compagnie une chauve souris aux pattes de poulet au caractère peureux, à se réfugier au plus vite dans les bras de la jeune fille, une grenouille avec une queue de poisson toujours caché parmi un tas de livres, dont les pages lui servent de nourriture, y creuse des trous. Pour la guider, l’aider, mais n’hésitant pas à sauter s’il le faut sur les deux autres animaux de l’étrange, Napoléon, un chat à queue de serpent. C’est le lien avec les Éphémères, spectres féminins noirs, qui offrent par le biais d’un rite initiatique, un pouvoir bien mortel dans les mains d’Élisabeth.

Depuis le pensionnat, Dorothéa, la sœur d’Élisabeth, a l’espoir de la revoir vivante, elle ne croit pas en sa mort. Une nuit, elle s’évade du pensionnat, pour se rendre dans un manoir où se serait rendue Élisabeth avant sa disparition. Dorothéa a cru la voir, par sa volonté ? Ou celle de sa sœur ? Au pensionnat, la directrice voit d’un mauvais œil cette escapade nocturne.

Depuis le troisième volet de Skydoll, la série Monster Allergy, Barbara Canepa fait son chemin dans le 9eme Art après un passage au studio Disney en Italie. Et elle trépigne, elle attend, travaille ses essais... l’artiste coloriste, et scénariste, passe par la case de co-directeur de collection avec Clotide Vu : Métamorphose : un repère d’artistes hors norme, au graphisme fin et libre, des histoires sous forme de contes, avec une mise en page et d’une présentation du livre comme celui que l’on trouve dans la bibliothèque de nos grands parents, sur les étagères d’un grenier...(une collection primée ici au Mague , lors des Magues de la Culture )

Barbara Canepa veut retourner à l’écriture et au dessin, mettre en place une histoire magique, de conte de fée, de croyances. Ainsi apparaît END.
L’ambiance est sombre, sous les couleurs de la verdure de la végétation, la nuit, tout se déforme, rien ne se distingue vraiment, se développent les peurs et les angoisses d’un lieu vu depuis les hauteurs d’une architecture gigantesque gréco-romaine, habillé par des feuillages divers, entouré par une verdure impressionnante, imposante. Dessinés et colorisés avec un côté plus réaliste, la lumière joue avec les fenêtres, pour dévoiler quelques coins d’une pièce, d’une chambre, le dortoir du pensionnat. Un épais brouillard couvre le tout, déformant les ombres des plantes, des arbres, des branches. Une nature de la peur, sans issue possible pour en sortir.
Les personnages de Canepa sont exclusivement féminin … les jeunes filles de Élisabeth à Dorothéa, Nora, les filles du pensionnat, les directrices. Les adolescentes sont aux grands yeux, entre « Manga » et « Disney », mais surtout elles sont fragiles, blanche de peau, les joues légèrement rosies, habillées de jupons large, de la dentelles, des froufrous, le chapeau en cône ouvert, jusqu’aux mitaines, tout est très détaillé. Elles sont des poupées de porcelaine.Tout ce qui est mâle est animal .. réduit à des mélanges les plus étranges. Saut les oiseaux et quelques insectes ne sont pas touchés par ce phénomène. Élisabeth a tout de même un signe distinctif , en plus de son vêtement noir donné par les Éphémères, la couleur de ses yeux est rouge écarlate, comme ceux de nombreux « fantômes » issues de quelques films d’horreur, ou d’épouvantes, ceux d’un loup-garou ou d’un vampire.
Pour les couleurs, Anna Merli prête sa tablette graphique, et le pouvoir de Photoshop pour alléger et donner sa pointe du stylet, des formes de pinceaux, pour donner l’ambiance mortelle et sombre du livre.

END est un conte sur la mort, et sur ce qui pourrait bien se passer après la mise en terre. Un réveil, l’oubli. Élisabeth en fait des cauchemars, celui de son propre enterrement, où elle reste invisible pour toute sa famille. Le court de l’histoire laisse à penser que Élisabeth est là depuis longtemps, elle a confiance en Napoléon le chat à queue de serpent. La jeune fille se laisse aller à son sort auprès des éphémères, et garde en elle, ce secret espoir de revoir sa sœur Dorothéa. Cette rencontre entre les deux sœurs va frissonner dans le dos lors de l’escapade dans cet immense manoir.
L’histoire, l’ambiance donnée au fil des pages, est à la fois gothique, et surnaturel, la croyance en un esprit avec un pouvoir manipulé ici par ds spectres au visage fermé : les Éphémères. Le premier récit consacré à Élisabeth, a tout sa touche féminine, la plume et le pinceau (numérique de Photoshop), donne un effet appliqué, soigné, le détail d’un relief, d’une ombre, de la projection de la lumière, une importante part est consacré à du « off » dans les cadres, pour refléter les paroles du personnage principal, en plus d’un dialogue plus direct avec ses questions sur l’endroit où elle se trouve, son pouvoir mortel... Une histoire originale, entre tendresse et épouvante, la peur de cette question : « après la vie » ?! Barbara Canepa nous propose à la lecture de END, une vision mystifiée, fantomatique, et au texte, en prose libre, inspiré de la poésie romantique, et la littérature anglaise de Virginia Wolf à Lewis Caroll.

END va ouvrir l’esprit, vous poser les questions, vous plonger dans l’angoisse d’une autre forme de vie ou de mort après celle vécue sur terre .. une fois dans le cercueil, le cauchemar pourrait bien commencer ! Il est temps de l’affronter en ouvrant ce premier livre .

END : Élisabeth / Barbara Canepa (idée originale, scénario, dialogue, dessins et couleurs) et Anna Merli (dessins et couleurs ) / Collection Métamorphose – Soleil production

le 27/07/2012
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