À la lumière de cet élément majeur, comment ne pas éprouver une certaine tendresse pour les plus de 6 millions d’électrices et d’électeurs qui ont choisi d’accorder leur suffrage à leur hypothétique protectrice, tels des enfants réveillés dans la nuit par un terrifiant cauchemar et réclamant leur maman. Des mauvais rêves pourtant potentiellement évitables si cette mère délinquante cessait enfin de les endormir en leur contant des histoires peuplées d’étrangers forcément belliqueux et de musulmans évidemment terroristes. Si ses récits ne présentaient pas inlassablement l’autre comme un ennemi à combattre. Si le marchand de sable ne se muait pas éternellement en marchande de sabre.
Ainsi éviterait-on les réveils difficiles d’une France métissée devenue la hantise des froussards de la République. Ces prolétaires craignant de se faire voler leur emploi par une envahissante main d’œuvre étrangère, alors que leurs entreprises délocalisent malgré les bénéfices sur simple décision d’actionnaires. Ces habitués de l’assistance publique trop occupés à vociférer contre les pauvres d’origines diverses, laissant ainsi les gouvernements successifs démanteler les restes de la solidarité nationale. Celles et ceux qui ne peuvent que constater avec exaspération l’accroissement de leur précarité tout en redoutant qu’elle soit due uniquement à d’autres individus de même conditions. Bref, toutes celles et ceux qui ne se trompent pas de colère, mais de peur.
Dans une société mondialisée dans laquelle les marchandises et les capitaux circulent quasiment librement, où Internet permet de communiquer instantanément à des milliers de kilomètres, et où les liaisons aériennes couvrent presque la totalité du globe, les humains s’enferment encore et toujours dans des frontières factices au sein desquelles ils se sentent en sécurité. Mais à l’intérieur desquelles ils sont en fait prisonniers. Laissant la finance mondiale se charger de gérer le sort d’une humanité incapable de se penser comme un ensemble, préférant s’organiser en communautés hostiles.
Une terreur instrumentalisée à des fins politiques, responsable et coupable d’engendrer deux types de victimes. Celles vivant recluses dans leur angoisse, redoutant la rencontre avec d’autres cultures, d’autres habitudes, d’autres traditions. Et celles souffrant de ce manque d’ouverture d’esprit, subissant insultes et mépris face à leurs différences.
L’enfer, c’est la peur des autres.
Guillaume Meurice, le 29 avril 2012
