Je viole donc je suis

Je viole donc je suis

" Ca y est voilà que ça me reprend. Il faut que je viole une femme. Impérativement. Je me tire à la campagne. " Voilà les premières lignes de ce premier roman inclassable, tâche de couleur sur la terne rentrée littéraire 2002 ; le miteux destin d’un pauvre type qui se tire au vert pour tirer des filles, "tranquille", comme qui dirait dans Loft Story 2.

Ecrit par une femme, Franca Maï qui visiblement a choisi ce thème comme un exercice de style périlleux, l’auteur livre une analyse très personnelle de la misère sexuelle ambiante dont elle se sort sans trop de fracas. Ce livre forcément dérangeant, énervant et provocateur, écrit tout en cynisme, met en scène les aventures libidineuses d’un Momo qui n’a pas les mots pour dire ses sentiments, ses angoisses, ses troubles et ses désirs. Aussi pour faire exister son " moi " profond dont il ignore tout, il viole à tour de bras dans une sorte de nonchalance jubilatoire, qui ne laissera pas le lecteur indifférent, lecteur séduit - oui oui -, amusé parfois, avec une note de honte rien qu’en l’écrivant, des agissements condamnables de cet anti-héros houellebecquien, ce serial killer limité qui débande lorsque ses victimes ont de trop petits seins. Curieux personnage que ce Momo qui a peur des chats, cela le fait transpirer, mais qui ne redoute pas la mort, ni la sienne ni de celle des autres. C’est un homme brûlé par la vie qui marche au vent mauvais, éclaboussant le paysage de violence en même temps que de sa précieuse semence intime. Quitté par sa femme et sa fille, marginal pathétique, l’agression de l’autre est son mode de communication privilégié , " le passage à l’acte " son plaisir narcissique et cruel.

Voilà la littérature, l’art, qui provoquent un état indescriptible, proche de celui qu’on avait pu éprouver à la lecture des premiers Angot. Ce qui veut dire qu’il se passe quelque chose, que cela touche juste.

Certaines scènes " limitées", comme Momo lui-même, feront hurler les chiennes de garde, comme ce viol où il utilise un légume de grande taille, qui fait un effet certain sur sa victime. Mauvais goût ? Provocations faciles ? Pas si sûr. L’ensemble est plutôt bien mené pour un premier écrit. La psychologie simpliste est extrêmement bien rendue et colle au millimètre à l’abruti qui la trimbale à longueur de pages. On frôle l’insupportable lorsqu’une de ses " victimes " donne le sein à son enfant pendant qu’elle est masturbée par un Momo très en "verge".

Pourtant certains épisodes comme cette discussion qui interroge et qui fait réfléchir : " La quantité de sperme avalé lors d’une fellation est-elle proportionnelle au degré d’amour ? " constituent de réjouissantes trouvailles. Franca Maï se lit sans déplaisir et on se surprend à sourire du plus inacceptable des actes au hasard d’une ligne de conduite atroce.

Alors on peut être puritain ou gêné par ce type d’ouvrage mais il est tout sauf inintéressant ou gratuit. Il soulève des questions essentielles pour mieux comprendre notre propre barbarie sociétale et c’est déjà pas si mal. Ce genre de type existe-il ? : OUI. Lorsqu’on a pas les mots est-on violent ? OUI. Faut-il essayer de décoder les maladies mentales ? : OUI. Vit-on dans un monde de fous ? : OUI. Faut-il parler de tout cela et l’intellectualiser ? : OUI. Les " serial killer " sont-il devenus des héros médiatiques ? : OUI. (...)

Faut-il lire Franca Maï ? : OUI, même si le livre n’est pas à mettre entre toutess les mains déséquilibrées. Bienvenue dans un monde sordide et glauque, bienvenue en 2002 ma bonne dame ! ! ! Il ne faut pas taire l’horreur, il faut la combattre. Et donc jeter les bases du débat. Ce que fait ce roman sous des dehors de fille facile.

Le site officiel de Franca Maï
" Momo qui kills ", Franca Maï, Le cherche midi, 125 pages, 10 euros
" Jean-Pôl et la môme caoutchouc ", Franca Maï, Le cherche midi.

Le site officiel de Franca Maï
" Momo qui kills ", Franca Maï, Le cherche midi, 125 pages, 10 euros
" Jean-Pôl et la môme caoutchouc ", Franca Maï, Le cherche midi.