« Nue et nue » l’amitié franco-allemande en images dans le Médoc !
L’association Médoc Culturel parrainée par le Consulat Général de la République fédérale d’Allemagne à la maison de la Boétie de Saint-Germain d’Esteuil propose du 15 au 22 octobre la réunion de deux artistes qui rendent un vibrant hommage à la femme intensive et nue. Claude Jacquot présente ses photographies de nus en noir et blanc des années 80 dans un style qui ne lui ressemble plus du tout, où l’audacieuse nudité se joue des colifichets en vogue à cette époque-là. Dans un style très personnel avec des négatifs retravaillés et triturés dans tous les sens, effets garantis ! Tandis que de son côté, Will Sensen nous offre des corps dépouillés de toute rigidité formelle et académique. Un regard expert dans un rendu de grand talent. A eux deux, dans cette épopée franco-allemande, on en redemande…
A chaque nouvelle rencontre avec Claude Jacquot photographe, il s’avère que le bonhomme détonne le hors norme des meilleurs augures. Une nouvelle fois à l’invitation de l’association Médoc culturel, les cimaises de la maison de la Boétie à Saint-Germain d’Esteuil ne sont pas du tout en deuil. Elles supportent à tous les sens du terme ses œuvres du temps des années 80 qu’il a tendance ouvertement à renier. « Je déteste ces photos de 1984 ! ». Les femmes exposées présentement sont tirées du pis des modèles calibrées d’une certaine beauté féminine qui n’ont pas grand-chose de naturel ni dans les poses ni dans le contextuel. Nues en fait dans l’artifice complice des colifichets qui creusent et exposent le sillon de la nudité calibrée selon les canons photographiques bien établis. C’est surtout le rendu qui m’a particulièrement marqué. Cette technique du noir et blanc qui se révèle tout en relief dans le grain du négatif retravaillé, griffé exposé par Claude Jacquot. On dirait presque des gravures sur bois ! Le public, les critiques, les galeries de l’époque ne s’y sont pas trompés. De Royan, à Genève, Berlin, Hambourg, Taipei, Linz, Palerme et Dunkerque, on s’arrachait ses clichés. Claude Jacquot aurait pu facilement établir son art, creuser le filon, s’en fiche plein les pognes et faire les couvertures des magazines.

Seulement c’est méconnaitre le sacré bonhomme en gestation justement de son amour des femmes, qui ne pouvait trouver place dans ce contexte avec son objectif photographique encore et toujours à la lisière du format de l’atelier. Il voulait respirer à l’air libre. De ce reniement salvateur de ces années d’artifices des corps morts est née l’œuvre actuelle que l’on sait. Ces femmes de tous les jours, de tous les âges, de toutes les conditions sociales acceptent volontairement de poser Nues tout simplement au tome 1 et 2… dans ses ouvrages, en choisissant librement le lieu et la pose mais aussi en écrivant leur ressenti de ce moment très fort de complicité particulière avec Claude Jacquot.
Franchement, cet artiste on ne peut plus respectueux des femmes ne choisit jamais le camp de la facilité et des chimères commerciales. Intègre, fraternel, franc, il est le photographe qui aime les femmes et les respecte. Elles le lui rendent bien l’appareil.

Les nus des arts plastiques de Will Sensen répondent au premier étage aux nus de Claude Jacquot. L’image picturale cette fois, par les arcanes des techniques multiples mises en œuvre par cet artiste allemand reconnu, dépassent l’entendement. Parfois ses corps nus représentent des charpentes corporelles épurées du grain de la peau. Légers, ils flottent sur la toile éthérée. Il s’en explique parfaitement et va à la rencontre des modèles nus sur les plages du Médoc : « Je vois passer devant moi des figures singulières, dos au soleil presque comme des silhouettes, puis le soleil et la lumière en font disparaitre les contours. C’est fascinant, mais réussir ces dessins demandent des années de pratique ».

Un documentaire présenté lors de cette soirée montre Will Sensen en phase de création dans son atelier du Médoc où après certaines opérations minutieuses apparait enfin l’œuvre qui nait sous nos yeux.
Will Sensen me rappelle avec enthousiasme les œuvres de Ernst Ludwig Kirchner (1880 /1938 ) qui aimait lui aussi sortir de son atelier pour peindre ses modèles nus sur les plages de l’Allemagne du Nord dans un procédé qu’il intitulait « le nu d’un quart d’heure ». Will Sensen prétend à la même luminosité artistique dans un style plus dépouillé où le mouvement des corps revêt toute son importance par l’immanence du trait tiré dans l’immédiateté qui saisit le modèle au vol. « Sur la plage « naturiste » bien sûr je ne peux pas déterminer la pose. Les modèles sont presque toujours en mouvement (c’est superbe), ce qui signifie pour moi que je dois longuement et intensément regarder et en dessiner immédiatement le souvenir direct. La diversité des modèles est très intéressante. Je peux choisir des personnes seules, des couples ou bien des groupes. J’aime jouer avec la lumière et l’ombre ».
Les pièces exposées à Saint-Germain d’Esteuil nous éclairent sur son art.
Nue et nue qui réunit Claude Jacquot et Will Sensen contredit pardi le titre de cette exposition puisque tant mieux le « dialogue impossible » ne réunit pas deux artistes sourds à l’art de son prochain et une fois de plus, l’amitié franco-allemande triomphe pacifiquement par le langage des arts.
C’est d’ailleurs tout naturellement par les maux des mots charnels que s’achèvera cette exposition le 22 octobre à 18 h en ce même lieu où sera dressé un pont lors d’une soirée lecture franco-allemande : poésie amoureuse Que tu es belle, mon amie avec des textes de Paul Eluard, Victor Hugo, Guillaume Apollinaire, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Paul Verlaine… ponctués d’interludes musicaux avec Richard Messyasz à la flute.
Dialogue impossible nue et nue de Claude Jacquot et Will Sensen, du 15 octobre au 22 octobre 2011 de 14 h à 18 h 30, entrée libre et gratuite, maison de la Boétie à Saint-Germain d’Esteuil, organisé par Médoc Culturel et parrainé par le Consulat Général de la République fédérale d’Allemagne à Bordeaux