Van Gogh, Autoportrait

Van Gogh, Autoportrait

Van Gogh, Autoportrait, spectacle conçu et interprété par Jean O’Cottrell, s’articule autour de textes tirés de la correspondance de Vincent Van Gogh et de Van Gogh le suicidé de la société d’Antonin Artaud. Depuis sa création en 1976 au Grenier de Toulouse, Jean O’Cottrell habite sur la scène l’homme Van Gogh...

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D’emblée, sur la petite scène du Lucernaire, la ressemblance frappe : cheveux roux, barbe fournie, regard frémissant de pauvre loup zigzaguant entre douce euphorie et inquiétude métaphysique. Mais l’intérêt de cet Autoportrait, outre cette insolite similitude, provient d’une autre sorte de performance.

A travers une remarquable prestation, l’acteur Jean O’Cottrell nous fait découvrir un Van Gogh moins connu : un homme à la fois cultivé et méditatif, qui expose avec calme ses théories picturales révolutionnaires, qui s’interroge sur l’orientation stylistique de son ami Gauguin, qui fait partager ses rêves de phalanstère artistique. Ce même Van Gogh, exalté et vindicatif, qui lance ses imprécations contre un monde bourgeois jugé stupide, pourri et corrompu.

« Comment incarner Vincent Van Gogh, ce pauvre peintre, alcoolique, fou et maudit, qui maintenant vaut si cher ? » , s’interroge Jean O’Cottrell.
Notre équilibriste du Lucernaire a un choix lumineux : il donne à cet être foncièrement ambivalent, mi-homme sage, mi-artiste fou une véritable intimité, soulignée symboliquement par un espace scénique à la fois bohème et recueilli, métaphore de l’univers mental de Vincent : une chaise paillée, le fauteuil de Gauguin, une brassée d’iris, le grand vase de terre cuite, un chevalet, la valise, une toile…

Dans cet espace confiné aux lueurs de maison auversoise, le pauvre diable roux nous confie autant sa fascination pour cette dernière halte printanière que sa méfiance envers le docteur Gachet, vampire bourgeois à l’affût de ses toiles. Par un jeu simple et évocatoire, Jean O’Cottrell nous rappelle tout le mal de vivre de celui qu’Antonin Artaud qualifiait de « suicidé de la société » : un séjour psychiatrique en terre provençale, l’offrande ensanglantée de son oreille à une amie, la rupture familiale à la suite d’un séjour à Amsterdam, la dépendance financière - qui le fait tant souffrir - avec son frère Théo.

Mais subtilement, l’acteur nous dévoile un homme plus complexe. A l’imagerie d’Epinal de premier peintre punk du XIXe siècle ou d’un Claude Lantier hystérique addict à des couleur jaune-orange psychédéliques, Jean O’Cottrell juxtapose un autre homme plus humain, plus cultivé, presque tranquille, qui propose de fines analyses psychologiques et esthétiques révolutionnant le monde de la peinture (les lettres à Théo). Avec grand talent, Jean O’Cottrell tente sur scène de percer le secret d’un artiste fondamentalement paradoxal.

durée : 1 h 10

Van Gogh, Autoportrait de et par Jean O’Cottrell
Théâtre le Lucernaire (salle Paradis), du 14 septembre au 5 novembre 2011, du mardi au samedi à 21 h

53, rue Notre-Dame des Champs – Paris 6e
(métro : Notre-Dame des Champs ou Vavin)

le 09/10/2011
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