« DON CORLEONE », le parrain marseillais de la culture !
Dans « Vies de mafia », le livre tout chaud de Delphine Saubaber (ed. Stock), la journaliste de L’Express a réuni les confidences qu’elle a su tirer des « hommes d’honneur » : ainsi Bernardo Provenzano, le Parrain de tous les Parrains, y raconte comment, venu dans le sud de la France pour se faire opérer discrètement, n’avait pas résisté à la coquetterie de dîner au Don Corleone, le célèbre restaurant d’Alfred Mauro, à Marseille.
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Entre Siciliens, la conversation alla bon train et dans la langue, jusqu’à ce que le patron de l’établissement demande à son client son nom : « Provenzano », n’hésita pas à répondre l’homme le plus recherché d’Interpol. « Provenzano, comme… ? », l’interrogea Alfred Mauro : « La famille… », coupa court le chef mafieux, bâtissant par avance un peu plus sa légende et celle du lieu, avant que ne lui soit offert le limoncello. Bernardo Provenzano n’a pas oublié non plus avoir retrouvé ce soir-là le véritable goût des spaghetti al nero, immangeables partout ailleurs dans l’hexagone… Il faut dire qu’Alfred Mauro, par ailleurs président de l’association des Siciliens de France, a ouvert ce restaurant pour y appliquer les recettes toutes simples de sa grand-mère palermitaine, afin de ne pas être privé lui-même de cette cuisine authentique, qui coule dans ses veines et qu’il aime partager avec ses amis.
Mais sous ses airs de pizzaïolo, se cache aussi un amoureux de la littérature, qui a transformé le Don Corleone en un rendez-vous incontournable. Autour de dîners débats toujours très animés (par lui-même), Alfred Mauro a reçu tout le gratin des Belles Lettres et des faiseurs de livres, que ce soit Max Gallo, François de Closets, Alexandre Jardin, Daniel Picouly, Jean-François Khann ou encore les frères Bogdanov, Josiane Balasko, Boris Cyrulnik ou Claude Allègre, etc. La semaine dernière, c’était Edwy Plenel qui s’y collait et on attend Roland Dumas pour la fin du mois… Sans omettre tous les auteurs du cru, ceux qui marchent bien, tels Jean Contrucci, Philippe Carrese, Serge Scotto ou Michel Martin-Roland, comme tous ceux qui débutent : car le lieu a vocation de tremplin et prête volontiers son prestige aux auteurs marseillais moins connus, dans une ville où la culture a bien besoin d’être aidée… Sans l’être forcément, puisque c’est tout seul comme un grand et sans l’aide de personne ni de la moindre subvention, qu’Alfred Mauro porte à bout de bras ses « Mardis Littéraires » depuis bientôt dix ans.
Il faut dire que le Don Corleone est devenu la cantine de quelques uns, qui s’y activent en toute amitié autour d’Alfred, tels Gilbert Collard, François Missen (unique journaliste à cumuler Prix Albert Londres et Prix Pulitzer), Serge Scotto et son chien Saucisse ou Franz Olivier Giesbert. F.O.G himself est d’ailleurs le vice-président de l’association du Pôle Art, qui produit l’évènementiel entre ces murs, qui reproduisent pour l’anecdote et en trompe l’œil une place de village sicilien.
Ce cadre a également servi pendant un an de décor à « Marseille, lettres d’Afrique », une émission littéraire panafricaine, enregistrée en public et co-animée par Gilbert Collard, Serge Scotto et Alfred Mauro, et qui réunissait à travers le continent noir plus de onze millions de téléspectateurs ! Je ne crois pas que chez nous personne à la télé, même pas Pivot, puisse se vanter d’avoir fait mieux autour du livre… Tout ça à la bonne franquette, autour d’un plat de pâtes.
C’est pourquoi, si vous aimez les nourritures terrestres et spirituelles, et que vous passez par Marseille, je vous invite à découvrir, comme je l’ai fait moi-même, cet endroit si atypique… où l’on vous sert la tipica !
Don Corleone, 128 rue sainte, 13007 Marseille
