Schnock la revue des vieux entre 27 et 87 ans en kiosque le 25 mai
Au mois de mai fait ce qu’il te plait ! Semestriel, Schnock sur 176 pages au format livre passe au crible certaines époques écoulées autour des années 70, comme viatique d’une génération toujours en alerte. Elle se définit comme « Une revue comme on n’en fait plus ». Jean-Pierre Marielle en couverture, c’était de très bons augures. Je me suis coulée dedans avec un certain plaisir.
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A notre époque où même les viocs ont l’air plus jeune que leurs mouflets. A notre époque où la presque seule valeur qui a cour, c’est l’argent. L’argent sinonyme de pouvoir qui achète tout et même une conduite, mais aussi l’info, les corps, les esprits et les recrache comme un produit manufacturé. Quel plaisir de replonger au cœur d’un temps révolu où il sa passait des choses entre les gens.
Il est des personnages de mémoires qui aiment confier des souvenirs qui les taraudent. Alors Schnock l’archétype d’une revue rétrograde pour des réacs qui se morfondent en actes dans le passé ? Pas si simple après tout !
Avec un dossier consacré à Jean-Pierre Marielle qui a publié « Le grand n’importe quoi », on ne s’étonne pas de l’homme grande gueule si attachant qui s’arrache à la marge du cinoche pas très sage. « J’aime quand ça dérape », c’est tout lui ! Le grand admirateur de Louis-Ferdinand Céline ! « Ah, ah (grand cri « je bande »)… Ben oui. Y’a pas un mec qui prend une plume comme lui maintenant… Ah Céline ! Il a été pompé et sur pompé… » (page 36) On entend sa voix grave et sa gouaille.
Difficile d’évoquer 50 balais derrière les caméras lors d’une interview ! D’autant que le cher zigue n’a jamais sa langue dans sa poche. Merci Schnock de mettre replongée dans les films de Séria et ses comédies hilarantes des années 70 avec un Jean-Pierre Marielle au mieux de sa branchitude dans les rôles d’un beauf génial jamais égalé. « Ah nom de dieu de bordel de merde », j’ai adoré l’article consacré aux perles de Pont Aven en galettes ! Egalement les hommages émouvant au sieur de la toujours superbe Andréa Férréol (quelle femme !) et même Jean-Paul Belmondo et d’avoir donné la parole enfin à Joël Séria que l’on n’a trop oublié.
Il y aussi parmi les articles une interview de grain de riz alias Kouchner à propos de la revue Actuel. Bravo, pour une fois, ce n’est pas du tout une interview complaisante ! Il y a aussi Kaminsky le faussaire magnifique de la Résistance, un de ces hommes militant des causes universelles. Collaro sous son vrai visage de tyran de l’audimat qui ne m’a jamais été très sympathique avec son humour très publicitaire. Le concepteur des derniers gadgets de Pif le chien, étonnant. J’ai retrouvé la revue AH !NANA rédigée exclusivement par des femmes entre 1976 et 1978. Avec le regard de la dessinatrice Chantal Montellier pas tendre avec ses jeunes consœurs actuelles. « Depuis quelques années, je vois tout ce qui a reculé depuis les années 70, où les femmes pouvaient s’exprimer. Il y a des dessinatrices branchées girly qui parlent d’elles, de leurs fringues, de leurs copains, de leur intimité. C’est peut-être une nostalgie de vieille connasse, mais je trouve qu’au début il y avait plus d’originalité, comme chez Nicole Claveloux, des styles contrastés, des préoccupations diversifiées, pas de thématiques récurrentes, mais un vrai regard sur la société. Aujourd’hui, il y a un resserrement sur la sphère intime. Cet aspect m’enquiquine un peu… » (page 125).
D’autres articles très originaux mettent en relief des portraits de personnages qui sortent de l’ordinaire. Ainsi Marcel Mathiot, en titre : « Le vieil homme qui aimait les femmes », est adorable et surprenant. Il y a même un cahier critique de livres et autres trésors cachés. Il y a boire et à manger et on ressort rassasié.
Un premier numéro très réussi et vraiment éclectique. Avec une mise en page, vivante qui laisse le texte cligner de l’œil aux illustrations. Une revue qui ne prend pas son lectorat pour des débiles. Ça existe.
C’est le tout jeune bébé des éditions la Tengo qui se sont toujours épargnées les facilités littéraires et visent la grande qualité.
Dans ce contexte propice au grand partage, je n’ai pas été trop étonnée du
ton donné à l’ouvrage qui reviendra bientôt dans six mois. Laurence Rémilla et Christophe Ernault alias Alister sont aux manettes avec toute leur équipe. Alister en connait un rayon chanson au niveau Eddy. Il pousse l’autodérision à nous conter « Comment j’ai raté mon interview d’Eddy Mitchell » ! Quel toupet, quel tempérament, ça promet !
J’ai tout lu, à part peut-être Comment s’habiller Schnock ? qui n’est pas du tout de mon tempérament, moi qui me fringue avec seulement ma peau et mes os pas trop vieux, comparés au vioc de Franckos, une épave parfaite. Un vieux schnock, c’est comme ça qu’on dit, n’est-ce pas, de ces personnes plus très fraiches !
Schnock, la revue des vieux de 27 à 87 ans, n°1, 176 pages, 14 euros, 25 mai 2011
