Wolinski, bon trait bon œil !
Wolinski a fait autant de dessins que s’il avait 1000 ans, le bougre. Né en 1934 à Tunis, Georges Wolinski est bien plus que le caricaturiste politique que l’on connaît depuis toujours et qui fait partie du décor de notre bonne vieille presse française. A côté de ses dessins et des séries d’illustrations politiques au sens strict du terme, il a réalisé d’innombrables bandes dessinées, écrit et illustré des livres, produit de très nombreux albums, rédigé des scénarios et des chroniques en images. Il a aussi conçu des pièces de théâtre et des films à partir de ses BD, travaillé pour la télévision et la publicité, imaginé de nombreuses affiches et d’autres choses plus inavouables encore.
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Le pire dans tout cela c’est qu’il n’est même pas devenu un vieux con alors que bon nombre de ses anciens copains d’extrême gauche ont plus que les symptômes. Oui c’est vrai sa femme Maryse est un peu (beaucoup) énervante lorsqu’elle parle à la télé de ses méthodes infaillibles pour maigrir ou de ses conseils niais de beauté, mais notre ami Georges, lui, n’a rien perdu de sa fougue libidineuse et de sa faconde experte et sexuée. Wolinki a une belle femme très chiante alors il se venge dans sa dernière publication satirique.
On s’aperçoit que notre homme a encore de la vigueur dans « Les droits de la femme (et de l’homme) », où on rit, on pleure de rire, on se marre, on se bidonne, on se moque et après même on réfléchit un peu.
Oui c’est vrai ces « soixantuitards » savent parler du cul d’une manière assez jubilatoire et c’est amusant même pour les nouvelles générations qui vivent sensiblement les mêmes rapports hommes/femmes que leurs aînés avec la capote en plus et Sarkozy qui rôde.
Non ma bonne dame, Wolinski n’est pas devenu ringard ou Has been et cela fait bien plaisir. Il faut dire que le bon Georges sait dessiner les femmes dans leurs courbes les plus aguichantes et sexy, c’est bien simple il a inventé un type de femme Georges. Alors que ses hommes sont plutôt laids et houellebecquiens, ses femmes son, elles, toujours délicieusement sexy, provocantes, ont des jambes longues et fines et n’hésitent jamais à montrer leurs nichons ou du moins à les mettre en valeur dans des tenues suggestives.
Le livre de Wolinsky, même s’il est peu vêtis de long en large et pourrait servir de catalogue pour un bon camp de naturiste ne fait pas que nous émouvoir par les beautés de courbes félines, car c’est aussi un bouquin très engagé, un manifeste politique. Sur 126 pages qui se lisent dans tous les sens, comme des positions du Kama Sutra, Wolinski disserte avec l’élégance qu’on lui connaît sur nos amies les femelles qui, puisqu’elles ont une journée dans l’année, ont aussi des droits élémentaires et particuliers.
Voici donc savamment illustrés, « le droit de vérifier la marchandise dans le slip du monsieur », « le droit d’avoir des idées tordues », « d’avoir des enfants qui ressemblent à l’époque » (…) C’est vraiment bien fichu comme les fesses et les seins des filles, c’est vraiment drôle, ce n’est pas fait pour plaire comme un livre de Yann Moix, on se rince donc l’œil tout en s’instruisant.
Car, mine de rien, Wolinski, en bon sociologue de la planche à dessins qu’il est, touche « là où cela fait mâle », a un véritable propos cynique, mordant et plein de signifiés derrière ses stylos.
A ce rythme-là on espère qu’il va encore en faire, des tas d’autres recueils thématiques comme celui-là, le papi Wolinski, car qui mieux aujourd’hui que les caricaturistes dans cette tradition bien française savent grossir leurs traits aussi justement et si plein de verve à culotte ou string. Il n’y a plus de critiques en France, les journalistes sont tous vendus et les hommes politiques sont des escrocs. Remercions donc ce Dieu qui n’existe pas de maintenir en vie artificielle Cabu, Wolinski et quelques autres, leurs bulles crayonnées sont des bouffées d’oxygène dans ce monde réactionnaire.
Les droits de la femme (et de l’homme), Wolinski, le cherche midi, 2002, 12 euros.
