BLAISE (Opus 2) : il est con, et ses parents aussi.
Blaise ! Rien qu’un tel prénom, c’est tout de suite la crise de rire assurée dès le départ : Blaise ! Mais quel prénom de con ! Comment faire un gosse aussi con ! Oui bon, les parents, ce n’est pas mieux, ça respire la loose, ça prend un air de loose, comme une descente dans le ridicule des années soixante dix... Blaise ! Ho le con !
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Blaise est un con. Il ne le fait pas vraiment exprès. Même ses parents le sont un peu aussi, la génétique n’a pas sauté de génération. Nous sommes environs entre aujourd’hui avec une ambiance des années 70-80 dans le look vestimentaire. La pure ringardise à son paroxysme, avec un réaliste caricatural bluffant. Comme si vous aviez les Deschiens, dans une version citadine, avec autant de bêtises à dire, à en rajouter dans les pires moments.
Blaise est le garçon à l’âge mûre de l’adolescence, avec ses boutons de calculatrice à pleine peau sur le visage, Il est la risée des copains, à peine il ouvre sa bouche et la moquerie est assurée. Il fait pourtant des efforts le jeune Blaise : il entreprend une conversation avant la sonnerie de rentrée en classe, tout les soirs, il va créer et tester sur lui, les meilleures blagues de répartition dans une conversation.
Le maître enseigne avec sa voix, tant bien que mal, de prouver l’utilité d’apprendre, avec pas vraiment de succès ou presque. « L’intelligence ne rend pas ridicule »dira t-il .
Les parents font au mieux, entre travail, maison, vidéo club, entre amis de bureau, voisins, ce n’est pas tout à fait ça. La père, Jacques, n’est pas plus futé que le fiston, il a la parole maladroite et personne ne s’en aperçoit, ou presque. La vaisselle c’est son truc en tout cas. La mère, Carole, n’est pas aussi pire. Distraite, elle aime le contact humain avec le loueur de vidéo plutôt que le distributeur de cassette, au moins elle arrive à avoir un bon avis objectif. Mais ils vivent dans une époque apparemment de terreur, où chaque explosion est en attentat , et soudain ils connaissent celui qui est mort, un ami, un commerçant qui s’ajoutent au frère de Jacques : Hector. Ça fait toujours une personne en plus à connaître décédé dans un attentat ou pas.
Quand à la mère de Jacques, elle est vieille, et espère toujours un grand brin de conversation avec ses fils. Ils la rassurent, ça viendra, où elle a eu lieue la conversation.
A la télévision, tous suivent les enquêtes de l’ inspecteur STRAUSS, le flic qui n’’a pas peur de connaître le coupable, ou de savoir ce qu’il manque dans son sandwich ! C’est con , mais attendez deux seconde, je regarde la suite...
Le seul qui ne regarde jamais sauf si il lui arrive de l’allumer, ou en cas d’émission politique, c’est le Tonton Hector (le frère de Jacques) ! Haaa les fameux débats télévisés, la petite phrase qui choque, l’avis contraire... avec toujours l’invité dit « polémiste », il est de partout entre l’émission littéraire, politique, ou même le bêtisier : Pierre-André de Sainte Odile : il porte le président dans son cœur, il critique le gouvernement, il a parfois de l’humour, c’est la liberté de pensée incarnée rien que par sa présence sur un plateau TV.
Ils sont cons ! Et ça rassure tout les autres ! Ils sont les nouveaux « beaufs », l’appartement banlieue, à regarder des programmes télé avec des animateurs bien coiffés et souriant, avec le polémiste libre penseur de la philosophie et seul opposant à beaucoup de chose, un inspecteur prêt à mettre un sandwich en cellule, une mère presque à l’abandon, c’est une vie de con, et elle nous ressemble. On se voit à dîner mais on ne dit pas grand chose où on se répète sans s’en apercevoir, les adolescents sont toujours aussi craignos dans la cours de récréation du collège, et tous avec de l’acné prononcé, à trouver les vannes plus nulles les unes que les autres surtout si elles viennent de Blaise. Un esprit con dans un corps con. C’est ça ! Bon ce n’est pas tout ça , mais je voudrai juste regarder un peu « Inspecteur Strauss »... juste... oh...
Pour lâcher le contrôle de ces gens, il fallait un artiste de talent : Dimitri Planchon ! Non, il ne dessine pas ou peu, c’est un Fotoshoper ! Il fait du Fotoshop, rubrique ainsi appelée dans les pages de Fluide Glacial, d’où ont été tirés certains gags, maquetté pour le livre). Dans ses caricature, Planchon appuie sur les traits qui vont rendre le visage au plus moche, fini le dictat de la beauté avec « fotoshop » : il creusent les rides du front, sous les yeux, les cheveux sont gras, les boutons d’acnés sont nombreux, c’est l’état le plus con de la caricature. Les décors sont sobre , voir fournit selon, comme le supermarché, le vidéo club, le plateau de l’émission littéraire, ou le bureau de l’inspecteur Strauss (attendez, deux minutes …. hooo ). C’est de la pure photo, à peine retouché, et les couleurs donnent envie soit de décommander définitivement Valérie Damidot, soit de plus faire confiance au vendeur de papier peint du magasin de bricolage. C’est à la fois très flash, ou kitch, ou ou, disons de très mauvais goût, mais normal, nous sommes dans un milieu de cons. C’est tout ce qu’on aimerait pas avoir chez soi, mais ça arrive quand même ! Dimitri Planchon a le talent pour nous faire vivre là dedans, des moments de solitude pour rire de ses dialogues, des situations de dîner, d’ascenseur, de relation sociale, d’un niveau très niais et pourtant si réel !
Nous pouvons rire des cons , surtout si ce n’est pas nous, mais attendez vous à ce que ça vous arrive, voir même déjà fait ! Vous connaissez même certaines situations et d’un coup, vous allez en rire dans votre profond intérieur. Blaise est le parfait exemple, avec son univers tordu de tout sens, de la mémoire vive et pas très efficace. Nous avons tous été un Blaise ! Ce nom va être la prochaine expression de moquerie dans la cours du collège, ou au travail, au vidéo club, au rez de chaussée de l’immeuble. Vous allez être prochainement traité de « Blaise » ! Préparez vous y en lisant ce fabuleux opus 2 ! Et le précédent aussi !
Je suis Blaise, vous êtes Blaise !
BLAISE (opus 2) / Dimitri Planchon / Glénat
