Il y a cinquante ans, Godard soufflait un nouvel air révolutionnaire !
Cinquante ans déjà, cinquante seulement, j’ai envie de dire quand je visionne à nouveau au cinoche la version restaurée haute définition des copies neuves de A bout de souffle de Godard ! C’est du grand art, du cinéma visionnaire, du cinéma révolutionnaire qui saborde tous les codes en vigueur du 7 ème art et surfe déjà sur la Nouvelle Vague. Jean Seberg est tout bonnement superbe et Jean-Paul Belmondo époustouflant. Ah La belle équipe autour de Godard nous a apporté un bol d’air !
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1960, cinquante ans déjà…Après tout je suis un con … C’est vraiment dégueulasse ! Du premier au dernier mot, Jean-Paul Belmondo dans le rôle de Michel Poiccard est criard de vérité dans sa mortelle randonnée qui va de Marseille à Paname. Le truand trousseur de jupon se voit estampiller ennemi public par la police nationale, du fait qu’il a tiré et tué une volaille à deux roues. Le casse cou, l’as du volant, le steward recyclé retrouve Patricia (la sublime Jean Seberg), une étudiante américaine avec laquelle il a une liaison amoureuse très libre court. Elle veut devenir journaliste, suit des études à la Sorbonne et vend le New York Herald Tribune pour manger la soupe à sa faim.
Le film file la caméra en quatrième vitesse au plancher. Fonce Alphonse ! Finalement ça a du bon de manquer de rond, quand Jean-Luc Godard tourne son premier long métrage. Du reprisage de la pelloche noir et blanc Ilford utilisée en principe pour la photographie de reportage, Godard la colle bout à bout pour se fabriquer une bobine de film. En plus, ce cave il voit trop loin. Forcé de réduire la voilure de son film à seulement 90 minutes, il ventile au montage des plans en supprimant le dérisoire artifice du réel, estampille pourtant d’un certain cinéma dit de « qualité française ». Le rendu stupéfiant à couper le souffle justement avec son rythme synchronique et les mouvements de caméra carrément innovants deviennent sa marque de fabrique, hérésie cinématographique pour les puristes : les faux raccords ! Lui préfère surfer sur la Nouvelle Vague de ses collègues François Truffaut sur les 400 coups et Claude Chabrol qui participent de près à son film. Truffaut pour l’idée originale et Chabrol en tant que conseiller technique. La fine équipe d’inconnus tant à l’image (Raoul Coutard), au montage (Cécile Degurgis) et les acteurs se surpassent sur un thème musical de Martial Solal, solaire et débonnaire, qui ne nous quitte plus. Le seul qui s’arrache les cheveux, c’est le producteur au nom prédestiné Georges de Beauregard, qui zieute noir, la méthode assez nonchalante de Godard d’il n’y a pas le feu au lac, même si dans le film Belmondo fume comme un pompier. Résultat sur les écrans : un succès sans précédent, lauréat du prix Jean Vigo 1960.
« Jeune homme, je me souviens d’avoir été abasourdi la première fois que j’ai vu A bout de souffle. Je l’ai revu assez récemment, et le film est toujours aussi passionnant ». (Woody Allen)
« Dans l’histoire du cinéma, seuls quelques rares films peuvent véritablement être qualifiés de révolutionnaires, et A bout de souffle de Godard en fait partie. (…) Comme tous les grands films, il demeure aussi surprenant et novateur qu’il y a 50 ans ». Martin Scorsese
« 50 ans après, A bout de souffle est toujours stupéfiant, Belmondo et Seberg sont plus jeunes que jamais ». Wim Wenders
Quant à la relation entre les personnages de Jean et Jean-Paul, ils se la jactent sous forme de tragédie à laquelle Jean est très attachée à son corps défendant. Ils s’envoient des salves dans la tronche et quelle écriture dans les dialogues et quelles répliques ! Je suis enceinte (Jean), Tu aurais pu faire attention (Jean-Paul) / De près tu as un visage de martien (Jean-Paul), Parce que je suis sur la lune (Jean), C’est très mal de dénoncer (Jean), Non c’est normal (Jean-Paul).
Je ne parle même pas des voix ni de l’accent de Jean et son air ingénu de gamine à gamberger une question à tout ce qu’elle ne comprend pas venant de la bouche de Jean-Paul. Même que le Bartos rêve d’écouter le film sans les images pour se refaire son film, le con ! Et en plus il est raide dingue du regard et de l’accent de Jean, C’est fou quand même ce que ces humanos peuvent voir dans les cordes vocales ! S’il ça ne tenait qu’à moi je lui achèterais une corde pour qu’il se pende.
A propos de folie meurtrière justement, Belmondo se la rejouera avec Godard, un tandem qui fonctionnera à la perfection dans son Pierrot le fou de géni à se faire éclater la cafetière ! Je suis complètement dingue (Jean-Paul), C’est quoi dingue ? (Jean), C’est moi (Jean-Paul).
Avec A bout de souffle, on rajeunit contre toutes les niaiseries et autres facéties des prouesses technologiques en images du cinéma d’aujourd’hui qui ne sont que des trompes l’œil pour aveugles. Le premier cinéma de Godard nous avait secoué le cocotier. Je rêve de nos jours, si c’est encore possible, d’un cinéma aussi novateur qui sache encore nous émouvoir avec peu de chose, mais des choses vraies qui nous concernent et ne soient pas un artefact de plus en actes manqués par défaut d’imaginaire à l’écran.
A bout de souffle, film complètement dément, ne manque pas d’atmosphère, atmosphère, même encore aujourd’hui, avec sa belle gueule de Jean et Jean-Paul !
A bout de souffle de Jean-Luc Godard, avec Jean Seberg, Jean-Paul Belmondo, 1960, 90 minutes, noir et blanc, version restaurée haute définition copies neuves, distribué par Carlotta Films, 23 juin 2010 sur les écrans des bon cinoches
Voir en ligne : CARLOTTA FILMS
