Bonnes nouvelles d’Eros en Espagne

Bonnes nouvelles d'Eros en Espagne

Lucia Etxebarria et dix autres écrivaines espagnoles de talent nous narrent dans le détail « Ce que les hommes ne savent pas, des nouvelles d’Eros au féminin. Ca donne faim et soif de les lire ! De l’imagination, elles en ont. Il suinte l’encre de leurs moiteurs torrides et des histoires libertines et fusionnelles. C’est bonnard !

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Lucia Etxebarria est née en 1966, à la fois romancière, journaliste et universitaire. Elle nous gratifie en début de recueil d’une savante analyse de L’ascension d’Eros, à la fois très lisible et documentée. Elle récuse le distinguo hypocrite entre l’érotisme qui consiste à suggérer alors que le porno montre et est vulgaire. Elle s’appuie sur des œuvres d’antan considérées comme pornos à leur époque et qui de nos jours nous font sourire. Elle s’appuie aussi sur Foucault et son Histoire de la sexualité à partir du triptyque : pouvoir / savoir / sexualité. Elle dissocie l’écriture littéraire des hommes et des femmes à propos d’Eros. Dans les textes féminins dominent le fantasme, le symbole et la sensation, alors que chez le masculin, c’est l’action qui donne vit et vie au récit. Autre sacré différence, les femmes sont plus sensorielles et les hommes plus visuels. Dans le SM, les auteures peuvent faire acte d’insoumission, voir même flirter avec la subversion. « Soumission et sadomasochisme sont nettement plus présents dans les écrits de femmes. De Pauline Réage à Emily Maguire en passant par Almudena Grandes, la soumission est un classique féminin. Mais c’est une soumission transgressive, subversive : en vérité, la victime supposée contrôle la situation puisque c’est elle qui en fin de compte, tient à sa merci le bourreau qui dépend d’elle pour sa jouissance ». Etonnant non ? Même si j’en doute parfois !

Ce qu’il y a de bath dans ce recueil, c’est la présentation de chaque auteure avant la lecture de sa nouvelle. Andrea Menendez Faya nous conte le rapport extravaguant entre Le violoniste et le papillon dans un lieu insolite voué au commerce des objets sexuels de plaisir. « Et puis il y a aussi les vibrateurs externes en forme de balle, avec changement de vitesse, les vibrateurs et stimulateurs de clitoris, les bunies, les stimulateurs du poing G, les modèles réalistes, sans vibration ceux-là, faits à partir du moulage d’une star du porno genre Nacho Vidal, avec même un triple décimètre pour vérifier les dimensions… Bref, on a tout. Absolument tout ». Tout, tout vous saurez tout sur les dérivateurs d’humeurs !

Le regard d’Olga de Lucia Etxebarria donne un autre zieutage de l’adultère. «  L’infidélité rajeunit les femmes : celles qui ont un amant sont 47 % à se préoccuper davantage de leur apparence ; 28 % à mincir et à retrouver la ligne ; 24 % à trouver leur peau plus lisse et pus lumineuse ; 52% à considérer l’adultère comme bénéfique à leur équilibre psychologique ». Qu’est-ce qu’on attend pour être heureuse, pour faire la fête ?

Attention au Blues du dentiste à la Boris Vian, quand une chicotière par jeu passe commande d’un escort boy pour l’accompagner à un congrès. « Jouer ? pensa-t-elle, frissonnant sous cette caresse électrisante dans son cou. Le sexe, un jeu ? Jamais elle en l’avait envisagé sous cet angle. Plutôt comme un travail, un prolongement des consultations ». (Laisse-toi faire de Lola Beccaria)

L’alphabet réappris de Cecele est un abécédaire de salive et de sève entre deux femmes qui écrivent corps à corps leur histoire d’amour. « Nous allons jouer à l’alphabet avec ma langue sur ton clitoris ».

Quand tu es dans la dèche… « Heureusement que pour joindre les deux bouts, j’ai l’Institut Sadiana. Car mon second métier est dominatrice professionnelle : je l’exerce à temps partiel, quatre après-midi par semaine, ce qui me permet de vivre à peu près correctement ». (L’Institut Sadiana de Silvia Uslé)

Un jeune cadre d’une agence raccompagne une collègue rédactrice. Elle le considère comme un « blaireau pur et simple », « un prétentieux, superficiel, velléitaire ». Bon voyage et bonjour chez vous ! (Papillons jaunes de Marta Sanz)

Je ne savais pas encore l’importance des papillons en sensations exquises chez les sujets féminins en Espagne. Sonia se remémore. « C’est avec lui qu’elle découvrit que les papillons qui lui chatouillaient le ventre dès qu’elle l’apercevait à l’horizon migraient parfois vers son clitoris ». (… Que mal accompagnée de Sylvia Grijalba)

Comment une jeune fille se métamorphose en femme sous l’objectif aimant d’un photographe, son mentor, son guide physique. « J’étais comme dans un autre corps, je prenais la place de l’appareil photo ». (La peau et l’animal de Espido Freire)

L’autocar ne compte pas de Coché Echarren. « Ne t’en fais pas, ce qui se passe dans l’autocar quand on dort ne compte pas, et il m’a embrassée, la suite, je vous laisse l’imaginer ».

Quand la présence d’une femme surgit du passé présent, bouleverse un homme. « La femme qui approcha de son banc n’était pas une inconnue. C’était une femme éternelle, une femme comme nous en avons tous connu et qui est en réalité, toujours la même. Il était déjà autrefois tombé amoureux de cette femme incarnée dans d’autres corps ». (A l’intérieur d’un volcan de Imma Turbau)

Une femme entretient des relations posthumes avec des écrivains. Sur les tombes, parfois on rencontre certaines présences, de drôles de papillons de nuit. « Je fermai les yeux. Il avait dû venir à tire-d’aile : les cultures indigènes considèrent que les papillons noir sont des âmes de défunts qui n’ont pas quitter notre monde. Je rangeai immédiatement mon inconnu dans la famille des Attaciadae, qui compte le plus beaux papillons de nuit du monde, aux ailes pourvues d’ocelles circulaires très voyants ». (Les amants des tombeaux de Maria Frisa)

Quand une femme veut faire payer au prix fort l’abandon de sa personne par son amant, elle se mute sorcière et se voue au culte des sortilèges au cimetière. « Dans l’astrologie héritée des Arabes, et qui est surtout pratiquée de nos jours, la planète Saturne est considérée comme la source de tous les malheurs. Saturne gouverne les morts, les cimetières, les rats, les chauves-souris, les lieux sombres, la solitude, la tristesse, l’envie, l’avarice, la cupidité, la méfiance. Pour toutes ces raisons, toute malédiction jetée sous son influence voit sa force décuplée ». (La descendance de Saturne de Lucia Etxeberria)

« Chacun(e) trouvera dans ce recueil ce qu’il (elle) y cherche. Nous espérons que dans tous les cas, il (elle) y trouvera plaisir et que le livre ne lui tombera pas des mains – ou plutôt de la main, si l’on en croit la vieille gauloiserie selon laquelle la littérature se lit d’une seule main, la gauche de préférence ». C’est le souhait que vous adresse Lucia Etxebarria en connaissances de ses sens et je pense sincèrement qu’on peut lui faire entièrement confiance. Je n’ai même pas parlé de la couverture du livre avec cette créature brune aux yeux verts, au regard qui vous perce lectrices et lecteurs à entrer en osmose par delà son enveloppe physique et draper votre imagination des bons mots de ces nouvelles. Même que le Bartos, ce cave d’humanos voulait découper l’image de la brunette exquise pour son goûter ! Non mais sans dec !
Bon appétit insatiable et sensuel de lecture, pour sûr, avec ce recueil de nouvelles sur mesure !

Lucia Etxebarria présente Ce que les hommes ne savent pas, de Andrea Menendez Faya / Lucia Etxebarria / de Lola Beccaria / Cecele / Silvia Uslé / Marta Sanz / Sylvia Grijalba / Espido Freire / Coché Echarren / Imma Turbau / Maria Frisa, Editions 10 / 18, 249 pages, mars 2010

le 13/07/2010
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