PJ Harvey, Polly express musical
Je serais réducteur et cycliquement pauvre en image pieuse si j’allais vite en besogne pour vous parler de PJ Harvey. Je pourrais vous dire que Polly-Jean Harvey est la Patty Smith de son époque. Je serais un idiot de prétendre qu’après que l’ancienne ait envoûtée mon père, celle du Dorset ne vient pas de mettre le grappin sur mon cœur et mes entrailles de critique rock.
Robert Mapplethorpe se chargeait de peindre en photo la beauté animale de l’égérie du rock seventies alors que Maria Mochnacz s’occupe d’identifier en image le chien de la jeune. C’est donc normal que tout homme constitué de riffs angoissants, ayant une discothèque conséquente en matière rock, tombe amoureux de ce genre de fille quelle que soit son époque de prédilection.
Voilà donc cette femme des années 90, qui après plusieurs albums tout aussi importants pour le rock moderne que pour la condition féminine dans celui-ci, revient et demande, aussitôt l’emballage protégeant le disque retiré, sur la pochette intérieure, de lui laisser parler de sa brève histoire, de sa vie et de ses petits soucis comme de ses arrangements avec le fer d’un couteau.
Seule et responsable de ses actes, elle prend une dénomination imprononçable pour désigner son dernier album, elle pique des aiguilles dans sa peau pour sortir des titres acérés et c’est enfin elle, isolée, qui se charge, dans sa chambre d’enregistrer un album qu’elle pourrait facilement faire produire pour plusieurs millions de dollars. La légende est donc en marche. A écouter les titres de la belle anglaise on se souvient du « Nebraska » de Bruce Springsteen qui avait choisi la sécheresse d’un son pur et personnel pour parler de choses qui le tenait à cœur. Le moyen ici est identique et frise l’absolue perfection.
Ce disque marquera donc sa carrière comme une pierre brûlante, innovatrice. Il réduit sciemment à la peau de chagrin tout artifice pour ne garder que l’émotion brute. Passé la barrière de la langue qui nécessitera plusieurs écoutes pour s’imprégner de l’ambiance, vous vous laisserez guider par des mélodies tour à tour brutales comme « Cat On The Wall » ou tendres du style de « The Desparate Kingdom Of Love ».
Vous serez bercés par des bruits d’accordéons, de percutions ouatés, par le chant des mouettes du bord de mer anglais car la finesse de la dame vaut tous les coups de pieds dans l’oreille d’un sourd. PJ Harvey nous plonge dans des titres où sa voix de velours, mélangée à des éructions spontanées et cette fameuse sonorité de guitare personnelle si brillante : font merveille.
Pendant que « Who The Fuck ? » est de l’héroïne pure, “The Letter” un moyen comme un autre de se rappeler d’un amour passé, l’ensemble des autres chansons est d’une homogénéité parfaite. On ne peut décidément que succomber au charme de cette chanteuse qui réuni tous les chats sur un mur. Aristocrates de la musique, levez vous et saluez la reine !
PJ HARVEY, Hu Hu Heur,Island
PJ HARVEY, Hu Hu Heur,Island