JE SUIS UN PETIT POETE

JE SUIS UN PETIT POETE

Je suis un petit poète. J’ai commis une dizaine d’ouvrages tirés chacun à moins de deux cents exemplaires dont un certain nombre me reste sur les bras. Mon petit monde est en vase-clos.

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Chaque année au Marché de la Poésie, place St Sulpice, je me mélange à d’autres petits poètes et petites poétesses, grisonnants et bedonnants. On reconnaît un poète, à son âge certain, à sa barbe en bataille, à ses longs cheveux négligés et à son ventre souvent proéminent. On reconnaît une poétesse à … non, j’arrête là, un peu de galanterie, voyons ! De toute manière les poétesses sont jolies, fréquentent assidûment le coiffeur et l’esthéticienne. Mais revenons à notre petit poète. Je suis un petit poète qui pense que la postérité lui rendra justice. Ignoré de ses contemporains, son tour viendra, c’est sûr ! Le problème c’est qu’on parlera enfin de lui, bien des années après sa mort ! Si on parle de lui...Gloire posthume et poésie sont souvent synonymes...

En attendant, notre petit poète va de cercle en cercle, de cénacle en cénacle, propager la bonne nouvelle ! On s’apprécie mutuellement, on se lit entre poètes à défaut d’être lu par un public plus large ! Tout va bien dans le meilleur des mondes. Populaire est un gros mot, succès une injure, célébrité et reconnaissance un blasphème. Cependant, ce petit monde demeure attachant, sorte de village culturel à la traîne de notre époque, en dehors du temps et de la mode. Les gardiens du temple poétique sont des baby-boomers soixante-huitards qui veillent au grain mais pour combien de temps encore ?

Que réserve l’avenir à notre petit poète ? De gros nuages menacent son ciel.

Toujours l’argent, toujours l’argent ! L’argent manque à certaines revues de poésie qui peu à peu disparaissent. Le petit poète meurt symboliquement. Il est peut-être déjà mort depuis longtemps !

le 07/06/2010
Impression

3 Messages

  • 16 juin 2010 13:56, par Raphaël Zacharie de Izarra

    La poésie de nos jours, surtout la poésie d’auteurs inconnus, est tombée en totale désuétude.
    Par le simple fait que n’importe qui écrive de la poésie aujourd’hui, autant dire tout le monde, elle ne vaut plus rien. La poésie de nos jours ronronne. Et lorsque la rime pour se démarquer cherche à aboyer, hurler, rugir, elle ne fait que lamentablement braire : la corde poétique a été archi usée depuis un siècle. Ecrire en vers, c’est mal écrire.
    Défenseurs des Lettres, au lieu de vous alarmer du déclin de l’intérêt du public pour les ouvrages de rimes, huez plutôt les derniers poètes qui s’ingénient à parasiter la littérature de leurs "admirables inspirations" couchées à travers recueils, feuillets et autres minces supports voués à une glorieuse mais -Dieu merci !- hypothétique postérité ! Compatissez au sort que réservent ces méchants poètes à leur lectorat sombrant dans une fatale léthargie au contact de leurs rêveries nombrilistes... La poésie en vers est bel et bien morte, et c’est tant mieux !
    Le naufrage de cette poésie maintenue sous perfusion dans les cercles ultra confidentiels, autarciques et sclérosés n’en est que plus pathétique : chaque jour ressuscitée grâce au mirage de l’auto congratulation entre adeptes, elle perd progressivement en crédibilité.
    La poésie, je veux dire la poésie versifiée, ne vaut rien si elle n’est pas baudelairienne.
    Personnellement j’ai la décence et le bon goût de ne pas versifier afin de ne pas faire mourir d’ennui mes lecteurs. N’oublions pas que le versificateur se fait surtout plaisir à lui-même. J’ai compris depuis longtemps que la poésie versifiée ne valait rien si elle n’était pas baudelairienne. Ou hugolienne.
    Bref, un Dupont qui versifie n’est qu’un tueur de poésie.
    Le versificateur à notre époque n’est qu’une plume décidément bien légère cherchant à donner corps à ses jolies niaiseries et fausses profondeurs -qui ne sont que fosses- auprès d’un lectorat aussi minoritaire que complaisant. Je considère la poésie versifiée contemporaine comme de la masturbation littéraire dans sa grande majorité.
    La vraie poésie versifiée est avant tout une technique. Elle doit se distinguer des poisseux, pesants, maladroits mouvements du coeur en mettant en avant le caractère aérien d’une technique parfaitement mâitrisée porteuse de messages limpides, essentiels, digestes et non pas remorquer de manière informe les surcharges de l’âme en proie à ses délires "nombrilistiques"...
    L’authentique poésie est un dessert léger qui s’apprécie à petites doses (et encore, pas tous les jours !) au lieu de cette habituelle mélasse tantôt insipide, tantôt écoeurante.
    En un mot, Verlaine ou rien !
    C’est cela avoir le sens de la littérature et de la poésie : savoir se taire pour laisser les maîtres perdurer. Ce que je fais précisément en ne versifiant JAMAIS. D’autres l’ont fait avant moi bien mieux que je ne saurais le faire, alors pourquoi s’ingénier à faire moins bien ?
    Raphaël Zacharie de IZARRA
    • LA POESIE RONGEE PAR SES VERS 16 juin 2010 18:16, par ERIC DUBOIS

      Mon article concerne aussi les poètes néo-classiques ( qui écrivent des vers rimés, des sonnets..) que les poètes qui usent du vers libre proche de la prose et sans ponctuation ( inventé par Mallarmé, perennisé par les Surréalistes et la plupart des poètes du XX ème siècle et du début de ce siècle). C’est un texte qui se veut un peu humoristique.
      J’ai voulu parler des poètes et des poétesses, de l’influence quasi nulle de la poésie dans les grands médias. A lire l’article de Bernard Mazo dans le dernière numéro de la revue Décharge ( n°146).