SEPTEMES-LES-VALLONS, capitale européenne de l’Overlittérature !
Connaissez-vous Septèmes-les-Vallons ? Si vous n’êtes pas du coin, les chances sont réduites que vous ayez un jour entendu parler de cette petite commune limitrophe de Marseille, pourtant remarquable à plus d’un titre.
Par sa gestion, tout d’abord, car il s’agit d’une de ces dernières municipalités communistes s’avérant d’indéboulonnables bastions : petit village d’irréductibles cocos qui résiste encore et toujours à l’évolution politique ! Il faut donc croire que les habitants sont contents…
Septêmes, séparée de sa grande soeur par la largeur d’un simple trait rouge, barrant en diagonale MARSEILLE sur un panneau de signalisation. Une frontière presque inviSEPTEMES-LES-VALLONS, capitale européenne de l’Overlittérature !sible et pourtant tout y est différent, comme de l’autre côté du Rio Grande.
Marseille où la bonne volonté s’épuise inexorablement noyée dans le pastis, et le rendez-vous idéal de Marseille 2013 (capitale européenne de la culture, eh oui) ne semble pour l’instant guère parti pour changer la donne, hélas !…Car c’est parti comme d’hab pour mes pauvres amis Marseillais, acteurs culturels et artistes locaux, qui s’annoncent déjà comme les futurs grands oubliés de la Canebière, pour parodier le titre d’une biographie de Sarvil lui rendant justice*…Car malgré la mésestime du fromage de têtes qui préside malheureusement à la destinée du grand évènement, je prétends moi que ce n’est pas le talent qui manque dans cette ville que je connais bien, non, mais la considération ! 2013 serait pourtant l’occasion idéale de rendre à César** ce qui appartient à César, pour ne pas faire de jaloux et n’en citer qu’un, si illustre à Marseille…
Un tel rendez-vous manqué serait-il une opportunité pour les communes dynamiques qui bordent la vieille cité phocéenne de se démarquer, offrant une alternative à ce futur carnaval ? Attirant les regards sur d’autres choses plus intéressantes quoique plus discrètes, une sorte de « off » face au prévisible déploiement culturel en super carton-pâte du « on ». C’est de toute façon la carte à jouer pour Septêmes, par exemple, avec l’esprit d’indépendance et de dissidence qui semble la caractériser. D’autant que dans les petites communes tout est plus simple à décider et à organiser, il suffit de cœur à l’ouvrage… et que l’on connaît le dicton, qui distingue à son avantage la petite qui frétille face à la grosse qui roupille. C’est peut-être la voie que trace déjà, sans sembler y avoir réfléchi, la municipalité septémoise.
C’est ainsi que Septèmes, terre d’accueil, s’est déclarée officiellement, comme un clin d’œil, capitale européenne de l’Overlittérature : une école littéraire née à Marseille avec un quarteron d’auteurs du cru (Gilles Ascaride, Henri- Frédéric Blanc, Serge Scotto, Philippe Carrese, etc.) qui ne rentraient pas dans la case toute faite du « polar marseillais », et qui avec une brave dose d’inconscience ont jeté les bases d’une littérature plus indisciplinée que la moyenne de l’édition germanopratine et ouverte aux auteurs impubliables et éditeurs suicidaires qui s’y reconnaîtraient.
Déjà, la troupe a priori marseillaise des Tchapacans***, atterrie presque par accident à Septèmes il y a trois ans, y a essuyé les plâtres de l’Over en y créant « Madame Olivier », née d’une expérience d’écriture collective in situ, une farce bouffonne et réaliste qui tourne depuis dans toute la région, où elle remporte un succès aussi spectaculaire qu’inattendu par les prophètes !
L’aventure continue, puisque la municipalité a décidé d’être partie prenante, en coproduction avec le Théatre du Millénaire, pour la création au théâtre courant 2010 du texte « Le sultan est dans l’escalier » de Gilles Ascaride, dont Le Mague a déjà dit du bien.
Afin de populariser ce projet de théâtre et de rechercher des partenaires qui souhaiteraient l’accompagner dans cette aventure, la ville de Septêmes organise une lecture publique de ce texte (faite par Gilles Ascaride) :
le jeudi 17 juin à 18h30 au Centre Culturel Louis Aragon à Septèmes
Pour ceux qui pourront s’y rendre, bien sûr… Mais, ami sponsor ou mécène lointain qui me lirait, voici tout de même l’argument de ce spectacle :
Un vieil homme, Frédéric Audibert, hante l’escalier d’un ancien immeuble bourgeois marseillais et soliloque. Il raconte sa vie et celle des autres. Ancien ouvrier de la réparation navale, il va nous apprendre l’incroyable histoire de sa dynastie. Car il est roi. Du moins le prétend-il en s’empêtrant dans le comique de sa majesté. Il va ainsi à travers son grand-père, puis son père, puis lui, raconter le Marseille colonial, le Marseille de la guerre, le Marseille de l’après-guerre et celui qui veut se faire reconnaître dans Euroméditerranée. Cet homme seul, obstiné, acariâtre et drôle, va nous parler de son fils et aussi surtout de ses voisins. Des occupants de cet immeuble décati qu’il déteste avec rancœur. Émotion et rire iront donc de pair avec l’histoire d’un homme qui va de pair avec celle d’une ville.
« Le sultan est dans l’escalier » sera la troisième collaboration de Gilles Ascaride (le plus fada des Ascaride, de l’avis même de sa sœur Ariane) avec la Troupe du Millénaire.
On est over ou on ne l’est pas : ce spectacle ovni ouvrira un nouveau champ de création, par l’incursion de projections vidéos, composées de saynètes burlesques, qui retraceront certaines étapes de la saga familiale des Audibert, sur quatre générations. Gilles Ascaride, excellent comédien lui-même, interprétera ces illustres aïeux en compagnie de Claire Deffilippi et de la collaboration amicale de Gérard Meylan, que les amateurs du cinéma de Guédigian n’ignorent pas. A noter encore que les autres acteurs seront les habitants de Septèmes-les-Vallons ! Pour une reconstitution grandiose de la manifestation de la grève des ouvriers du chantier naval « Terrin vivra »
Et comment Le Mague a-t-il eu vent de ce beau projet ? Ultime originalité, par une lettre largement distribuée du maire de Septêmes, qui mouille sa chemise et a signé lui-même cet appel aux dons nouvelle formule ! En dehors de toute caution politique, on ne peut que trouver sympathique cet engagement personnel, finalement une solution très moderne et citoyenne, pour soutenir la création ; les derniers mots de la lettre de monsieur le maire, aux armoiries septémoises :
« Nous serions ravis de votre présence à cette lecture et à l’apéritif qui suivra afin de pouvoir partager nos impressions sur l’entreprise.
Le Maire,
Vice-président de la communauté urbaine
Marseille-Provence-Métropole
André Molino »
Je ne pourrai y être, je m’en désole,
tant pis pour l’apéro,
mais de toute façon mon impression est faite… et elle est bonne !
* Sarvil l’oublié e la Canebière, Georges Crescenzo & Michel Allione, ed. Autre Temps 2006
** Ainsi le musée César, projeté par Robert P. Vigouroux et illico annulé par son successeur à la mairie Jean-Claude Gaudin.