La pédophilie ecclésiastique catholique expliquée aux parents

La pédophilie ecclésiastique catholique expliquée aux parents

Avec Gare au gorille !, la collection Propos mécréants des éditions Libertaires s’enrichit d’un titre qui apporte une nouvelle pièce au scandale pédomaniaque planétaire qui frappe l’Église catholique.

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« Les prêtres catholiques pédophiles ? Je connais. Je suis tombé dedans à l’âge de onze ans. » La première phrase du livre de Narcisse Praz n’y va pas par quatre chemins. Nous sommes dans les années 1940. Le nom du cureton par qui le malheur arrive pourrait prêter à rire si nous n’étions pas dans une affaire aussi tragique. « Le Père Sourire officiait alors en qualité de Père Directeur du Juvénat de Bonlieu, près de l’Étang du Jura, en la ville (sainte ?) de Fribourg et s’était distingué devant l’Eternel comme grand recruteur de vocations précoces. Je dis bien : précoces, c’est-à-dire entre 10 et 15 ans. L’âge idéal… »

Le Père Sourire était originaire du même village que Narcisse Praz. De ce fait, il n’ignorait rien de la situation douloureuse de sa famille. Membre de la « prestigieuse armée suisse », le père, mineur dans le civil, était pontonnier. Il avait pour mission de faire sauter les ponts sur les fleuves et les rivières pour éviter l’invasion de la Suisse par l’armée allemande. Victime d’un accident cérébral, devenu invalide, le pontonnier Praz fut démobilisé sans la moindre pension. Pour nourrir ses quatre enfants, Innocente, la mère, fut obligée de travailler dix heures chaque nuit à la mine de charbon de Chandoline. L’occasion était belle pour démontrer l’immense générosité de l’Eglise catholique. Narcisse fut invité à rejoindre le petit séminaire. Une bouche en moins à nourrir.

Dans son discours de bienvenue, le Père Sourire ne manqua pas de mettre en garde les gamins vis-à-vis des « amitiés particulières entre séminaristes ». La mise en garde fut réitérée dans le dortoir. Comment prendre soin de son corps sans offenser Dieu ni le regard d’autrui ? Comment mettre sa chemise de nuit sans montrer ses « parties honteuses » ? Sans oublier, ultime recommandation, de bien garder les deux mains au-dessus des couvertures quand on se met au lit : « N’oubliez jamais que l’œil de Dieu est présent partout dans l’univers et jusque dans vos draps et sous vos couvertures. ». « En obéissant, dès le premier soir de mon entrée au juvénat des pères salésiens, à l’ordre intimé par le Père surveillant, j’entrais tout de go dans le processus de négation qui devait faire de moi le jouet de tout futur prédateur. Les développements ultérieurs de ma métamorphose me confirmèrent que je ne représentais pas une exception parmi les appelés de Dieu mais bien la règle », explique l’auteur en précisant que les victimes avaient ensuite le choix entre suicide physique ou social. « J’ai opté, quant à moi, pour le suicide social. Toute ma vie en témoigne. »

Dans le chapitre Une journée d’un garçon de onze ans chez les talibans de Saint-François de Sales, Narcisse Praz décortique les mécanismes qui conduisent à l’insoutenable. Comme dans toute secte, la mise en condition du sujet passe par une discipline militaire et un emploi du temps serré et contrôlé dès cinq heures du matin. Cours. Messes. Études. Silences. Prières. Confessions. Lectures. Méditations. Le règlement du petit séminaire ne laisse rien passer. Même l’humour ramène à l’obsession fondamentale. « Jeux de mains, jeux de vilains, jeux de pieds, jeux de curés. » Mais tout le monde n’a pas l’humeur à la plaisanterie. Surtout pas les jeunes séminaristes qui, après des mois de pressions, de répression et de dépression, souffrent d’incontinences urinaires nocturnes. En plus de la honte, ils ont droit à des douches écossaises à l’heure de la récréation. Double peine.

« Il était convenu que l’heure d’étude du soir était aussi celle des confessions et des visites aux Pères directeurs de conscience. A qui savait avoir l’œil ouvert, le bon de préférence, il n’échappait point que certains parmi ces pénitents revenant en salle d’étude présentaient chaque fois un visage cramoisi et une chevelure trop fraîchement mouillée et plaquée au crâne pour n’avoir pas subi quelques épreuves ébouriffantes. » On comprend que le « confessionnal » des Pères Kaesch, Moret, Rey, Monnard, Lathuile, Dubassat… ne sentait pas l’encens. « Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume des Cieux leur appartient », disait un certain Jésus Machin. Suprême consolation pour les violeurs à la conscience tourmentée ? La formule ne fonctionna pas toujours. Narcisse Praz souligne le nombre inexplicable d’« accidents de montagne » et de « noyades » chez les prêtres. Ultime délicatesse pour masquer des suicides embarrassants ?

C’est après avoir volé quelques pommes (!!!) que Narcisse Praz va connaître l’enfer à douze ans. À genoux devant le Père Clerc, Père Surveillant, on devine quelle genre de prière il va devoir exécuter pour recevoir absolution et même bénédiction. Ces dernières années, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Pologne, l’Amérique, la Suisse, l’Irlande, la France… ont eu leur lot de scandales. Des siècles durant, des millions d’enfants, garçons et filles, ont été la proie de curés, d’abbés, de moines et autres prédateurs pédomaniaques ensoutanés. Des millions de viols à jamais impunis. « Est-ce présomption de ma part que d’affirmer haut, clair et net : que le scandale planétaire dit des prêtres pédophiles ne saurait être attribué uniquement à leur célibat forcé mais au fait que, des siècles durant, par peur panique des paternités ecclésiastiques scandaleuses, l’Eglise catholique aurait délibérément inculqué à ses séminaristes la peur et la haine de la femme pécheresse confirmée depuis les désastres du Paradis terrestre ? Serait-ce faire preuve d’esprit aventureux que d’affirmer haut, clair et net que ce serait dans les séminaires que les prêtres catholiques ont appris, des siècles durant, à s’utiliser mutuellement comme autant de poupées gonflables ? Depuis une trentaine d’années, les scandales répétés révélés par les médias du monde entier nous prouvent qu’ils sont passés maîtres dans l’art, si l’on peut dire, d’utiliser leurs enfants de chœur et écoliers à eux confiés comme autant de poupées gonflables. Est-ce audacieux d’analyser ce choix comme un aléa offrant l’avantage, par comparaison avec une femme tentatrice, de n’encourir aucun risque de procréations choquantes pour l’opinion publique et dévastatrices pour le nom de la Sainte-Mère l’Eglise catholique apostolique et romaine ? »

Après avoir demandé pardon à Georges Brassens pour l’emprunt dévoyé de sa célèbre chanson Gare au gorille !, Narcisse Praz lance une idée intéressante : « Au nom des millions d’enfants violés, détruits, anéantis, ne serait-il pas opportun de déclarer l’Eglise catholique au ban de l’humanité ? Elle a donné, en Irlande notamment, la preuve qu’elle s’est d’elle-même mise hors la loi à l’instar de n’importe quelle Mafia napolitaine, calabraise ou de Chicago. »

Narcisse Praz, Gare au gorille ! La pédophilie ecclésiastique catholique galopante expliquée aux parents, éditions Libertaires, 130 pages. 10 €.

le 02/05/2010
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2 Messages

  • 13 juillet 2010 23:32, par Julien Gunzinger

    Le quotidien jurassien continue sur sa lancée. C’est ainsi que samedi dernier, un article de Jean Louis Miserez a fait une présentation positive du dernier livre de Narcisse Praz qui est intitulé « Gare au gorille ! : La pédophilie ecclésiastique catholique galopante expliquée aux parents. » Tout un programme !
    L’auteur, qui a été victime d’un viol par un homme d’Eglise il y a 70 ans, n’en finit plus de régler ses comptes. Toute personne censée qui aurait été violée par un officier militaire, par exemple, chercherait à obtenir réparation du militaire sans établir un lien structurel entre l’agression dont il a été victime et l’armée, malgré la chaude ambiance virile qui y sévit. Mais Narcisse Praz lui n’en démord pas, l’Eglise est un gouffre de perversions. La ficelle est utilisée depuis des lustres par les plus hautes autorités morales ( de Celse et Néron à Terras en passant par Goebbels) pour discréditer l’Eglise.
    Après avoir lu une courte présentation du livre sur un blog libertaire(*) ainsi qu’un article de notre auteur où il expose les causes de ce qu’il appelle la pédophilie ecclésiastique, j’ai décidé de ne pas dépensé une trentaine de francs qui pourrait contribuer au prolongement de l’œuvre de Praz.
    Je me fonde donc ici sur l’article de Narcisse Praz que vous pouvez trouver sur internet sur le même sujet.
    Dans un coin de son esprit libertaire Narcisse Praz s’est convaincu que l’Eglise catholique est, de par son fondateur même, un système favorisant la pédophilie. Car, c’est là l’originalité de sieur Praz, il incrimine Jésus Christ. Praz soutient ensuite, contre toutes les études qui prouvent le contraire (l’Eglise-institution est moins frappée que les autres institutions ) que l’Eglise est une usine à pédophiles. Il traque de la façon la plus pathologiquement obscène ce qui dans les propos du Christ doit être compris, selon le brillant herméneute, comme des clins d’œil d’encouragement aux pédophiles.
    Avant d’analyser l’article que j’ai lu de Narcisse Praz, soulignons que notre libre penseur, estime que la théologie n’a rien à faire dans les universités au motif qu’elle est une «  contre-science par excellence et contresens intellectuel et rationnel ». Il faudrait quand même une fois expliquer à tous les nouveaux obscurantistes ( nouveaux parce que depuis l’ancienne génération d’obscurantistes, Sartre, Derrida, Bourdieu, certains ont progressé dans cette voie) qui se prennent pour les champions de la science et de la rationalité, que la science raisonne à partir de principes soustraits à toute démonstration apodictique. Si la science est autorisée à faire reposer l’ensemble de ses travaux sur des principes non démontrés, pourquoi la théologie et la métaphysique n’oseraient le faire dès lors qu’elles produisent un discours rationnel qui dégage du sens à partir de leurs principes, dès lors que le refus de leurs principes conduit à s’aveugler et à faire violence au réel en le mutilant, comme je vais le démontrer avec un exemple que je tire de l’article de Praz.
    Notre libre penseur qui, tout en pontifiant tout son soûl, ne sait donc pas ce qui est au principe de la science et de tout discours rationnel ( pontifier sur la rationalité sans avoir la moindre notion d’épistémologie est précisément le propre des obscurantistes depuis le XVIIe siècle) ne peut qu’immanquablement projeter sur le réel la confusion qui habite son esprit. Jésus Christ est ainsi présenté comme un vulgaire gourou du simple fait qu’il demande à ses disciples une fidélité et un abandon absolu à sa personne. Il échappe ainsi à la quintessentielle élévation spirituelle de notre libre penseur, qu’en règle générale, lorsqu’une personne élit celui ou celle avec laquelle elle veut passer le restant de ses jours, elle fait le choix de la préférer à toute autre ( au point qu’elle quitte père, mère, et renonce à toute autre compagne ou compagnon). La personne avec laquelle on s’est engagé à passer le restant de sa vie le mérite, estime-t-on, et s’il fallait donner sa vie pour elle, l’amour nous y pousserait. Dans la vie quotidienne et naturelle nous faisons donc l’expérience de cette élection totale de l’autre. En admettant que la vérité existe, qu’y-a-t-il donc de surprenant, de la part de celui qui prétend en être l’incarnation, d’exiger de ceux qui veulent en vivre un total abandon à sa personne, une fidélité exclusive ? Le problème n’est pas l’exigence de total abandon à l’autre, de totale élection de l’autre. Le problème c’est que cet autre peut être un imposteur et qu’il peut nous blesser, nous faire du tort. Ainsi en est-il de l’amant qui avait caché à sa belle son alcoolisme, sa pédérastie… ou ses mœurs libertaires. Ainsi en est-il de Raël et autre Baghwan auxquels notre fin analyste compare Jésus Christ. Mais ce n’est pas forcément le cas de tous les époux ou de toutes les épouses, sans parler de Jésus Christ. Partant d’une idée de la science et de la rationalité totalement obscurantiste pour justifier son dégoût du christianisme, on voit donc que Narcisse Praz est totalement aveuglé dans son raisonnement et est obligé, dans cet exemple, de prononcer un jugement qui ne fait pas droit à la raison.
    Mais le meilleur suit. Narcisse Praz citant Luc (10,13-14)«  On lui présentait des petits enfants pour qu’il les touchât, mais les disciples les rabrouèrent. Ce que voyant, Jésus se fâcha et leur dit : "Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. » écrit : «  C’était donc déjà une habitude pour Jésus de toucher les enfants ? Et les parents ne se méfiaient de rien ? Pas futés ! Aujourd’hui on nomme cela des attouchements. Sacré gourou, va ! » Le reste est à l’avenant : Jésus est décrit comme amateur de chair fraîche, limite bisexuel, entretenant une relation trouble avec Marie Madelaine et Saint Jean etc, etc… L’obscurantisme touche ici le fond de l’abîme. Narcisse Praz, non content de ne rien comprendre au principe de la rationalité, incapable, par conséquent, de mener une réflexion qui fait droit à la raison, doit, pour nouer la gerbe de sa démonstration putride, recourir aux clichés anti-chrétiens les plus éculés, qui n’ont aucun fondement scripturaire ou historique.
    Seule circonstance atténuante que l’on peut trouver à l’auteur de cette triste démonstration d’obscurantisme, d’ignorance et de méchanceté, l’agression dont il a été victime il y a 70 ans et qui lui a malheureusement retourné la cervelle.
    Merci au quotidien jurassien de faire la promotion d’un si grand esprit…
    (*) il s’agit de la présentation qu’en fait un blog : « De plus, il met en relief les causes profondes à partir desquelles s’appuient leur comportement pervers. C’est bien l’aspect important de ce terrible problème et, pour nous, la remarquable partie théorique de l’ouvrage. Comment s’étonner que les médias occultent systématiquement cela au profit ...du sensationnel, c’est-à-dire rien !
    Saluons le courage de Narcisse et, assurément, nous nous ne pouvons que vous conseiller de le lire et de diffuser largement son Gare au Gorille !
     »
    L’article que je traite analyse précisément ces causes profondes qu’avance Narcisse Praz.
    Julien Gunzinger
    • Narcisse Praz le grand herméneute... 20 mars 2011 21:29, par Pascalain

      La comparaison avec l’armée est plutôt malhonnête. C’est (hélas) un fait maintes fois avéré : les ecclésiastiques ont abusé de jeunes enfants. Un rapport déjà ancien (2004) de l’Eglise américaine elle-même [A report on the crisis in the catholic church in the United States] indique que 4.392 prêtres ont violé 10.667 enfants entre 1950 et 2002. Rien de tel pour d’autres institutions. L’Eglise "héberge" quantité de pervers qui détruisent (et ont détruit) des milliers d’enfants. Narcisse Praz a grandement raison de le dénoncer, n’en déplaise à ce monsieur qui use de tant de mauvaise foi pour le combattre.