Liberté pour les foufounes !
Nous y voilà : les normes de beauté à force de se faire plus précises envahissent désormais les culottes et les caleçons. « Elaguez ces poils donc ces poils pubiens que je saurais voir » s’exclame ce mois-ci le magazine Elle déchaînant toute sorte de réactions plus ou moins scandalisées Pas étonnant, me direz-vous, puisque nous sommes promis à un monde de moins en moins vêtu (du moins dans l’espace domestique et quand il ne fait pas trop froid) que les sexes des dames doivent faire l’objet du même soin que leurs cheveux.
Les nouvelles talibanes décapiteuses de poils s’appellent les « foufounistas », retenez bien le nom de cette dangereuse milice dont, espérons, les nervis seront bientôt boutés hors de nos rieuses contrées.
Car enfin quoi de plus beau qu’en sexe féminin naturel, avec sa toison plus ou moins dense, aux reflets changeants, qui, parfois, remonte même gracieusement entre les fesses jusques, tel le lierre ou le laurier d’Apollon ? Ce doux pelage dans lequel la main virile aimait perdre son index, qui s’enroulait autour des boucles avant de glisser dans l’orifice. Pas assez apollinien justement, trop dionysiaque, pas assez « visuel », insuffisamment formaté aux normes du porno chic et de la piscine de Loft Story (ou de la douche de Secret Story). ¡Qué lástima !
J’avais dit à l’historienne italo-américaine avec qui je batifolais l’été dernier : pas de rasage pendant un mois. A son esthéticienne surprise, elle avait dû avouer – consciente de son blasphème contre le féminisme : « It’s for my man ! ». J’ai repensé à cette histoire d’esthéticienne en relisant l’article. Et si toute cette affaire n’était qu’un complot des Vénus Beauté liguées avec Pornhub.com ? La manucure ne rapporte pas suffisamment, investissons sur le bas ventre.
Desmond Morris dans un livre qui reste hélas non traduit, the Naked woman, demeure une bible en matière foufoune. On y apprend tout sur les soins et même les ornements dont la gent féminine entoura son poil de chatte au cours de millénaires, ainsi que les mille avantages visuels et olfactifs de la toison pubienne.
Non messieurs et dames, je vous le dis : la toison au carré, en triangle, en ordre de combat, enrégimentée par le système capitaliste ne passera pas dans nos cités, pas plus que la malbouffe obésogène et les lèvres gonflées au collagène. ¡No pasarán ! « Ici radio Londres, les Français parlent aux Français. La petite poilue est allée acheter des fraises, je répète, la petite poilue est allée acheter des fraises ». Vive les figues velues des années 1960, au naturel et à l’air libre ! Mesdames les nouvelles sans-culottes rassemblez vous sur les places des grandes villes bottomless pour le proclamer ! Comme disait le leader chinois : « Que cent fourrures denses s’épanouissent au grand soleil ! ». Et nous irons enfin vers des lendemains qui chantent !