Fellini la joie, ciao Federico l’ami !

Fellini la joie, ciao Federico l'ami !

Quinze ans déjà, c’est long ? Drôle de drame que cet anniversaire de la disparition de Fellini. Paname a fêté dignement les facéties du cinéaste incomparable qui déchiffrait et mettait en scène les méandres de son monde imaginaire, bien réel gravé sur l’écran blanc de nos salles obscures. Fellini au travail édité par Carlotta Films nous offre en édition collector deux DVD, des documents pour la plupart inédits autour du personnage et de l’homme cinéaste et son univers. Il était un peu fou ce Romain !

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Pour celles est ceux qui ont la joie de ne pas vivre à Paris et respirer l’air trépidant de la capitale des Gaules, et qui forcément ont échappé à l’expo du Jeu de Paume et l’intégrale de Federico à la Cinémathèque, rien de plus simple que de se plonger au cœur des méandres de cet homme pour le moins singulier, avec l’édition de ce double DVD si riche à plus d’un titre dans sa pellicule.

Fi des idées reçues autour du mythe créateur de l’homme qui créait plus vite que son imaginaire ! Certes, Fellini était un excellent dessinateur qui croquait ses rêves et pouvait les resservir en images, mais il était surtout un observateur de son monde et de la vie autour de lui. Les faits réels trouvaient toute leur véracité sous sa caméra. Ses principales sources d’inspirations provenaient de la culture populaire, de la presse écrite, la télévision, le cirque, le music hall…Sans doute, son plus grand succès la Dolce Vita qui s’ouvre sur deux hélicoptères qui transportent, après le Christ marchant sur l’eau sans se tremper, nous assistons au Christ volant ! Quelle santé ce hippie ! Question pour un champignon hallucinogène : quel rapport avec la fête du travail, un certain premier mai 1956 à Milan ? Tout simplement la réalité pure et dure, ce qui suppose justement que Fellini ait assisté à cette scène comique et qu’il s’en soit tout naturellement inspiré pour la célèbre scène de son film ! Résultat : censure pour blasphème en Espagne, étonnant non ?

De même qu’Anita Ekberg, cette grande tige suédoise qui avait la manie de tremper ses jolis petons dans la fontaine de Trevi, il n’a rien inventé. Deux ans auparavant qu’elle ne crève l’écran et trouble tous les mâles à phone, elle était mannequin devant le crépitement d’un photographe de mode. Elle avait la fâcheuse manie de marcher pieds nus, jusqu’au jour où lors d’une fameuse séance devant la célèbre fontaine, elle se coupe le pied et se rince ensuite. Ses photos publiées ne sont pas tombées sous le regard d’un niais !

Je passe toutes les célébrités qui ont tourné sous sa diction. Non, ce que je trouve de plus remarquable dans le génie de Fellini, c’est qu’il accordait une place prépondérante au recrutement de ce qu’il appelait les « gueules ». Dans le Bloc notes d’un cinéaste, il nous convie à sa rencontre lors de ses déambulations nocturnes dans le Colisée à la quête justement de figurants à la stature et au physique personnalisé tels des travestis, prostituées, SDF… Une autre scène nous invite à le suivre aux abattoirs où il rencontre des ouvriers qui devaient correspondre à la distribution d’un film. Autre manière de recruter de véritables tronches sur pelloche, lorsqu’il était sur le point de tourner, il passait une annonce dans le journal : Fellini est prêt à rencontrer tous ceux qui veulent le voir. Débarquait alors à Cinetica, sa seconde maison, une foule riche multicolore et bigarrée avec des superbes gueules comme seul lui savait les mettre en scène et les cadrer. Il concevait aussi un album de photos à partir de ces tronches invraisemblables mais tellement magnifiques et évocatrices de la culture populaire presque toujours ignorée.

Avec le bigophone, il y a des personnes qui gribouillent des hiéroglyphes, d’autres comme Fellini leur préfèrr des femmes aux poitrines très généreuses. Ses univers étaient traversés par ses créatures plantureuses et tellement féminines qui sortaient de ses crobars pour nous gamberger des suçons charmants. Sans être en désaccord vivant avec divan le terrible, je me fiche complètement d’où lui venaient depuis son enfance ses images à saisir à pleines mains et sentir le palpitant se faire la malle dans les étoiles. Quel lien depuis sa jeunesse entretenait-il avec sa fascination pour le cirque et Charlie Chaplin, nains de jardin à côté des formes et volumes de ces femmes opulentes de plateau ? Quelle vie tout de même ! « Pour moi, faire un film est plus qu’une occupation. C’est une façon de me réaliser moi-même et de donner du sens à ma vie. Chaque film est un épisode de ma vie ». (Federico Fellini)

Tous ses films se lisent selon une loupe différenciée et merdre de merdre aux donneurs de leçon de lecture. Tous les documents donnent aussi la part belle à ses actrices, acteurs fétiches et ses proches collaboratrices et collaborateurs, où l’on apprend un peu plus sur le comportement de Federico sur et en-dehors des plateaux.

Encore jamais, un portrait de l’artiste et ses interviews aussi conséquent et hétérogène n’avait été abordé dans sa vérité crûe. Un grand merci à Carlotta Films d’avoir rassembler tous ces documents qui nous permettent de redécouvrir Federico Fellini sous un jour nouveau, presque intime au cœur même de son acte de jouir la création cinématographique puisque réaliser des films, « cela me permet d’établir un lien avec le monde et c’est pour moi le seul moyen d’avoir un rapport avec les autres ». (Federico Fellini)

Fellini au travail, éditions collector 2 DVD / Un catalogue de films rares et de trésors cachés autour de l’œuvre et la vie du maestro, plus de 7 heures de visionnage !

DVD 1
Bloc-notes d’un cinéaste (1969 / couleur / 49 minutes), un film inédit de Federico Fellini
Le journal secret d’Amarcord (1973 / couleur et noir et blanc / 43 minutes), un film inédit de Liliana Betti et Maurizio Mein
El il Casanova di Fellini ? (1975 / couleur / 73 minutes), un film de Gianfranco Angelucci et Liliana Betti
Suppléments :
Fellini au travail (26 minutes) / Fellini et la publicité (9 minutes)

DVD 2
Fellini (1961 / noir et blanc, 132 minutes), un film inédit d’André Delvaux
Cia Federico ! (1970 / couleur / 60 minutes), un film de Gideon Bachmann
Suppléments :
Le premier mai international 1956 (7 minutes)
Essai de Walter Santesso (3 minutes)
Making-of de la Dolce Vita (5 minutes)
Fellinikon (17 minutes)

Distribué par Carlotta Films, novembre 2009 / prix 19,99 euros

Coffret prestige limité et numéroté contient : l’édition double DVD Fellini au travail / le livret exclusif de 52 pages : Fellini c’est moi ! / 5 cartes collector / un poster inédit en couleur, prix 29,99 euros

le 15/01/2010
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