L’ambiguïté du champ national
Dans au moins trois chansons, j’ai trouvé réponse à l’identité nationale, avec des tons différents qui me correspondent, moi la Singette apatride et fière de l’être. Je ne rate pas non plus l’occasion de fustiger le foot et sa gloriole tricolore Je convie aussi l’historien Maurice Rajsfus sur la question du Pétain élevé au groin guerrier où on veut nous enterrer jusqu’au cou !
Boris Vian flanqué d’Henry Salvador visèrent déjà le sujet de l’identité nationale à la sauce dérision, la seule à mon humble avis qui vaille de se gausser toutes et tous en cœur avec le fameux Faut rigoler (Mambo des Gaulois). Goscinny qui cherchait un personnage franchouillard pour aiguiser son esprit ne perdit rien des Cheveux blonds et / Tête de bois / longues moustache et / gros dadas par les esgourdes, Astérix était né !
Faut rigoler / Faut rigoler / Avant qu’le ciel nous tomb’ sur la gueule / Faut rigoler / Faut rigoler / Pour empêcher le ciel de tomber (refrain)
Nos ancêtres / Les Gaulois / eurent le tort d’être / Grands papas / C’est leur faute si / On est là / Et si on a fait le mambo des Gaulois (fin de la chanson)
Plus proche de nous encore ! Mon ami Ramon Pipin, digne descendant de Boris Vian par la dernière marche de l’humour odoriférant, composa pour le groupe Odeurs en avant la zizique sur des paroles de Costric un Youpi la France à mettre en transe les constipés du débat national.
Les femmes françaises, elles sont jolies / Elles sourient toujours quand elles marchent / Les milliardaires de Miami / Pour les avoir se les arrachent / On est les plus fort en amour / Et on a vachement d’esprit / Chez nous c’est la Gaule tous les jours / Les étrangers nous envient / Dans notre beau pays de France / Les soucis sont sans lendemain / …/ (Refrain : ) Oh oh oh / oui oui ouiiii / Je suis content de vivre en France Oh oh oh / oui oui ouiiii / Je me sens bien dans mon pays …
Même que je me le rappelle sur scène, Ramon en costume blanc et ses aminches musicos étaient à la fin de la chanson masqués du public par des fouteurs de merdre de merdre en imper cuir marchant au pas de l’oie, qui provoquaient à l’avanie cet hymne national en détournant les paroles : Oui oui ouiiiii / je me sens bien dans ton pays.
Un autre gus beaucoup plus sérieux, mais digne quand même, sur lequel je reviendrai bientôt sur son actualité brûlante, un certain Kent, auteur / chanteur / compositeur / dessinateur… avait aussi commis J’aime un pays. Avec les paroles et le contexte, vous pourrez aisément y mettre une certaine époque !
J’aime un pays qui a le PAF tout ramolli / Dans ce pays, il y avait des chanteurs pour l’Arménie / Mais il y a surtout un paquet de béni-oui-oui / Et quand ça chie, on n’est pas beaucoup dans le maquis /
J’aime un pays pour la liberté d’expression / A condition que ça puisse rapporter des ronds / Tout est permis, de Charles Pasqua à Bernard Tapie, / Aussi tant pis pour ceux qui croient à tout ce qu’ils disent. /
J’aime un pays où tout le monde à la parole / Surtout les jeunes qui aiment bien le rock n’roll / Celui qui brille, celui qui mousse et fait des bulles / Belle jeunesse, qui rit quand on l’encule / (clin d’œil que j’adresse aux Brainbox alias de la daube dans la box !)
J’aime ce pays, j’y peux rien c’est dans ma nature / Je dis tout ça pour faire le malin, ça s’est sûr / Tant pis pour moi si après ça on est en brouille / Mais mon amour, tu sauras qu’au moins j’ai les boules.
J’aurai aussi bien pu convoquer le père Léo Ferré avec sa Marseillaise à lui ! Une autre fois peut-être si le cœur m’en dit !
Je sais que ce soir, à l’heure où j’écris ces lignes, va encore s’exprimer le pire des pires des nationalismes autour de vulgaires gus qui tapent dans un ballon et portent les couleurs tricolores dans un stade d’une ville que j’aime, elle et ses habitants. Si je vous en parle, c’est que le Bartos qui est aussi allergique que moi aux hordes footballistiques des supporters qui se gavent de bière et se fichent sur la gueule la haine de l’adversaire en se gargarisant qu’Un sang impur abreuve nos sillons ! comme dans la célèbre guerrière chanson. Il a séjourné dans cette ville quand il était ado en rupture de banc. Il ne parlait pas un mot de gaélique et baragouinait quelques bribes d’angliche et était complètement paumé.
Il cherchait l’auberge de jeunesse pour crécher. Un paroissien, une fois n’est pas coutume à son égard, au sortir de l’église s’est pris de fraternité pour le Bartos beatnik crado et a réussi à le renseigner. Après quoi, dans un pub le Franckos avait rencontré un couple de Bretons qu’il ne connaissait pas, dont l’homme était insoumis au service national de l’armée française. Ils ont tout de suite sympathisé et l’ont convié à dormir sous leur modeste toit. Si je m’abuse, les Bretons sont des Celtes tout comme les Irlandais…. Alors à quoi bon se tirer dans les pattes un ballon à la con ? Je vous le demande un peu !
Enfin, vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai choisi cette illustration pour mon article où l’on voit un vieux croûton rassis qui vous interroge sur votre prétendue nationalité. Je laisse la libre parole à un raconteur d’histoires à sa sauce : Maurice Rajsfus :
Un demi-siècle plus tard, les murs de nos villes étaient couverts d’affiches à la gloire du maréchal Pétain, chef d’un état croupion à la solde des nazis. Au-dessus du portrait de cette vieille baderne militaire, cette interrogation : "Etes-vous plus français que lui ?" C’est le même facho à la sauce française qui dans le même temps, nous servait des leçons d’identité et d’attachement à la glèbe, avec son célèbre : « La terre ne ment pas ». Ce que Nicolas Sarkosy allait nous resservir à la fin du mois d’octobre 2009 dans un discours aux agriculteurs de Poligny.
(Maréchal nous voilà )…. Du programme du Conseil national de la Résistance, il ne restera bientôt plus que le vote des femmes. (in le monde libertaire numéro 1572 du 12 au 18 novembre 2009, page 11)