Clotilde Reiss bientôt de retour en France
La jeune universitaire française Clotilde Reiss a quitté la prison de Téhéran où elle était détenue dimanche soir et sera hébergée par l’ambassade de France en attendant le verdict du tribunal iranien. Une étape nécessaire que Nicolas Sarkozy n’hésite pas à franchir immédiatement dans un communiqué de l’Élysée.
Clotilde Reiss a plaidé coupable d’avoir participé à des manifestations hostiles au pouvoir iranien, d’avoir transmis des informations et des photos à l’institut français de recherche en Iran. Libérée dimanche soir comme l’a réclamé la diplomatie française depuis plusieurs jours, la jeune femme doit encore attendre le verdict du tribunal iranien. "Clotilde Reiss est en bonne santé et garde un bon moral", indique un communiqué de presse sur le site Internet de l’Élysée.
Tout comme sa libération dimanche, le prochain retour de Clotilde Reiss en France paraît acquis. À la télévision dans la journée, Bernard Kouchner assure que sa libération est imminente : "On a attendu semaine après semaine, puis jour après jour et maintenant peut-être minute après minute"… Dans le communiqué délivré par la présidence de la République, "Il a été convenu avec elle qu’elle serait hébergée à l’Ambassade de France dans l’attente de son retour en France".
Une expulsion de la jeune femme dans les jours ou les heures qui viennent ne fait donc pas l’ombre d’un doute. On s’oriente vers un scénario identique à l’expulsion de John Yettaw, l’Américain condamné à sept ans de travaux forcés pour avoir violé les conditions d’assignation à résidence de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, avant d’être libéré lui aussi dimanche. Sa peine s’est subrepticement transformée en "peine avec sursis" et "expulsion pour des raisons humanitaires".
Cet élargissement-surprise met fin à plusieurs mois de tension entre l’administration démocrate à Washington et la junte birmane. Intervenue avec la mission de bons offices du sénateur Jim Webb, proche de Barack Obama, l’expulsion de John Yettaw s’accompagne d’une volte-face immédiate de la diplomatie américaine, soudain moins encline à infliger des sanctions économiques à la Birmanie, arguant de leur effet contre-productif et de la nécessité de conserver des liens avec un pays situé dans l’orbite de la Chine dans un contexte géostratégique épineux.
Mais le parallèle avec Clotilde Reiss s’arrête là. "Les autorités françaises demandent maintenant qu’il soit mis fin au plus vite aux procédures judiciaires à l’encontre de Clotilde Reiss et de Mme Nazak Afshar, que rien ne peut justifier", refusant d’accorder par avance la moindre légitimité à une imminente décision de la justice iranienne. Gesticulation verbale ? Peut-être. La France n’aura de toute façon pas les moyens, ni le pouvoir de s’opposer au verdict du tribunal, quand bien même les faits reprochés à la jeune universitaire paraissent minces vus de Paris. Pierre Haski relève qu’en faisant mine de la rejeter, la diplomatie française "cautionne une répression dont sont d’abord victimes les Iraniens".
La justice birmane a rapidement été fustigée par l’ensemble de la communauté internationale, mais le piège constitué par l’interpellation, puis l’inculpation d’un ressortissant américain a rendu les États-Unis à la raison. De même, Nicolas Sarkozy va s’abstenir de jouer les fiers-à-bras même après le retour de Clotilde Reiss en France, dans la mesure où l’employée franco-iranienne de l’ambassade de France en Iran, Nazak Afshar, libérée mardi, devrait être protégée. Enfin, bon… Disons dans les prochaines semaines.
Bernard Kouchner a souligné que la somme réclamée pour la caution de Clotilde Reiss ne constituait pas un tribut, et demeure raisonnable : "Ce n’est pas plusieurs centaines de milliers d’euros", a-t-il déclaré pour démentir les allégations du père de la jeune femme. Toutefois, le rôle de médiation de la Syrie semble avoir été déterminant dans l’issue heureuse de l’affaire. Le président de la République "remercie les pays de l’Union européenne et d’autres pays amis, comme la Syrie, de la solidarité et de l’appui qu’ils nous ont apportés et continueront de nous apporter jusqu’à ce que nos deux compatriotes aient recouvré leur pleine liberté".
"Damas est parvenu à faciliter le processus", a confié au journal Le Monde Ayman Abdel Nour, un analyste politique syrien de renom. "La Syrie a servi de médiateur entre la France et l’Iran avec pour résultat la libération de Nazak Afshar". Avec la Birmanie comme avec l’Iran, la Realpolitik l’emporte finalement sur toutes les considérations idéologiques. "Les membres du Conseil de sécurité expriment une grave inquiétude au sujet de la condamnation de Daw Aung San Suu Kyi et de son impact politique", peut-on lire dans le texte adopté aux Nations Unies, une formulation atténuée par rapport aux ambitions initiales des pays occidentaux.
Clotilde Reiss bientôt de retour à la maison ? Le procureur de Téhéran, Saïd Mortazavi, a déclaré qu’elle resterait "tant que le verdict n’aura pas été prononcé et qu’elle n’aura pas été punie pour ses crimes". Bernard Kouchner estime qu’un verdict pourrait intervenir "peut-être dans huit jours". D’ici-là, les autorités iraniennes auront les mains libres pour agir à leur guise à l’égard de leurs propres ressortissants impliqués dans les manifestations contestataires.