"Neuilly sa Mère !" à la gloire de Nicolas Sarkozy
Le film de Gabriel Julien-Laferrière, en traitant les aspects polémiques de la communication de Nicolas Sarkozy sous l’angle de la parodie, pourrait bien nous les rendre sympathiques.
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Présenté comme une comédie sans prétention, "Neuilly sa Mère !" reprend le thème du chef d’œuvre d’Étienne Chatiliez vingt après, pour dresser un tableau comique du communautarisme à la française. C’est Djamel Bensalah, le réalisateur de "Le Ciel, les Oiseaux et... ta Mère !" et de "Big City", un western dans lequel des enfants se retrouvaient sans adultes à lutter contre les Indiens, qui a eu l’idée de ce film. Il en a confié le scénario à Philippe et Marc de Chauveron et la réalisation à Gabriel Julien-Laferrière, son premier assistant.
Sami Benboudaoud (Samy Seghir), 14 ans, a toujours vécu dans une cité de Chalon-sur-Saône, qui aurait pu être celle où Rachida Dati a grandi. La précédente Garde des Sceaux a en effet passé ses jeunes années non loin de là, dans la cité de Saint-Rémy en Saône-et-Loire. Pour des raisons familiales, l’adolescent doit quitter sa cité pourrie, ses copains lascars, pour aller vivre à son grand regret chez sa tante, Djamila (Rachida Brakni), qui vit dans un hôtel particulier de Neuilly, une commune des Hauts-de-Seine rendue célèbre à cause de son ancien maire, l’actuel chef de l’État Nicolas Sarkozy.
Sami se retrouve brusquement plongé dans une famille française traditionaliste, les de Chazelle, aux rituels bien éloignés du quotidien habituel du garçon. Djamila, qui a épousé Stanislas de Chazelle (Denis Podalydès), aura bien des difficultés à intégrer son neveu dans une cellule familiale et un contexte social qui se situe à mille lieues du sien. Ils ont deux enfants : Caroline (Chloé Coulloud), une altermondialiste révoltée contre son milieu, et Charles (Jérémy Denisty), dont le rêve est de devenir président de la République. Très vite, Sami, obligé de porter des Ray Ban et d’adopter les bonnes manières, découvre l’enfer de la vie à Neuilly.
La campagne des élections de délégués de classes, et surtout l’amour, font évoluer ses certitudes, d’autant qu’il doit remettre dans le droit chemin ses copains des beaux quartiers qui font tout pour ressembler à des sauvageons. Mais n’est pas voyou qui veut, et devenir une "racaille" est aussi le fruit de toute une éducation ! Autant dire que les de Chazelle ressemblent énormément aux Le Quesnoy de "La Vie est un long Fleuve tranquille", mais les préjugés sociaux se manifestent sous des relents de discrimination ethnique, engendrant un comique de situation souligné par les clichés de la campagne pour les élections présidentielles de 2007.
À force de forcer le trait en ce qui concerne le cynisme de la "droite décomplexée", vue plus généralement telle qu’elle est décrite dans la presse pamphlétaire, plutôt que de la manière dont elle est réellement vécue dans les beaux quartiers, les spectateurs se découvrent une certaine tendresse pour les idées grotesques véhiculées par des personnages attachants dans leur caricature. "Depuis longtemps, j’avais envie d’une sorte de "La Vie est un long Fleuve tranquille", que je considère comme un chef d’œuvre de comédie", explique Djamel Bensalah. De la même manière, les attitudes de la bonne société, stigmatisées dans le film, deviennent acceptables parce qu’elles font rire.
"Neuilly sa Mère !", qui sort mercredi en salle, deviendra sans aucun doute un standard du cinéma français, à l’instar du film dont il s’inspire. En les banalisant, il augmente la perméabilité des idées droitières dont Nicolas Sarkozy s’est fait le héraut. À coup sûr, et grâce à la forte identité des saillies comiques, tout porte à croire que la carrière du film va suivre celle de l’homme politique auquel il s’identifie.
