La Scientologie jugée comme une Entreprise

La Scientologie jugée comme une Entreprise

Le parquet a créé la surprise en requérant la dissolution de l’Église de Scientologie en France. Le jugement du tribunal doit être rendu à l’automne prochain. La Scientologie nie les charges et se dit victime d’une atteinte à la liberté de religion.

Les Français ont eu l’impression d’une nouvelle donne en matière de religion depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Non seulement le chef de l’État s’est affiché avec Tom Cruise dans le passé, mais il propose une réflexion originale par rapport au principe de laïcité inscrit comme un dogme en république. Dans le procès qui oppose d’anciens adeptes qui s’estiment floués par la Scientologie, prétendant avoir été dépouillés en 1998 de 21.000 et 49.500 euros, le ministère public a refusé de disserter du sexe des anges.

"Religion prétendue ou réelle, ce n’est pas le lieu d’en débattre. Le fait religieux pas plus que le mobile religieux ne constituent une justification en droit pénal", a fait valoir le procureur Maud Coujard, soutenant que l’organisation utilisait une série de techniques frauduleuses pour dépouiller ses adeptes. Le but est d’obtenir de l’argent contre des promesses, a dit le magistrat. Selon elle, cette entreprise d’escroquerie a été créée sciemment aux États-Unis dès l’origine, dans les années 1950, lors de la fondation de la Scientologie par l’écrivain de science-fiction Ron Hubbard.

Des responsables de la Scientologie ont déjà été condamnés pour escroquerie à Lyon en 1997 et Marseille en 1999. Sa branche francilienne a été sanctionnée de 8.000 euros d’amende en 2002 pour le fichage informatique d’anciens adeptes. Les présentes réquisitions sont une surprise puisqu’à la fin de l’instruction, en 2006, le parquet avait demandé un non-lieu général, estimant que les prévenus avaient agi de bonne foi en raison de convictions religieuses. Les peines requises sonnent également comme un coup fatal pour la Scientologie : amendes substantielles, prison (avec sursis) et dégradation civique…

Jugé depuis le 25 mai pour escroquerie en bande organisée en tant que personne morale, la Scientologie pourra-t-elle s’en relever en cas de dissolution ? "C’est une demande de condamnation à mort pour la personne morale de la Scientologie", a dit Me Patrick Maisonneuve, avocat du groupement d’origine américaine, annonçant qu’il plaiderait la relaxe lors des ultimes audiences. L’accusation a demandé des amendes d’un total de quatre millions d’euros contre les deux principales entités juridiques de la Scientologie en France, l’Association spirituelle de l’Eglise de Scientologie-Celebrity Center et la librairie SEL (Scientologie Espace Liberté).

Le jugement, avons-nous relevé, n’interviendra qu’à l’automne prochain. Si la dissolution est prononcée par le tribunal, elle n’entrera en vigueur que si elle est confirmée en appel et en cassation, ce qui prendrait des années. D’ici là, beaucoup d’eau va couler sous les ponts, et la Scientologie, qui bénéficie de statuts plus favorables à la réalisation de ses activités dans d’autres pays européens, aura peut-être trouvé la parade. Quoi qu’il advienne et quel qu’en soit le bien fondé des raisons avancées par les pouvoirs publics, la censure n’a jamais fonctionné. Les idées possèdent une faculté à se répandre qu’aucune barrière ne saurait empêcher.

 

 


L’église est si prudente avec ses préventions,
Car le commerce est la valeur de notre envie
D’échange ici, et quand la table est desservie
La promesse a plutôt nourri plus d’afflictions.

Les gens ont le penchant pour les juridictions
Et font un trouble à toute annonce inassouvie,
Le dogme au fond n’est point vital à la survie
Quand l’affaire aboutit ensuite à des frictions.

Si la doctrine est telle, une offre est de façade,
Personne en fait, ne voit après une ambassade
La conséquence au terme et le bien du produit.

Si le divin demeure en somme incontournable,
Quand chacun se fait fort d’être assez introduit
Au fond du ciel où rien ne paraît plus minable.