Suicide en prison d’un maire qui en savait trop
Accusé de corruption et de prise illégale d’intérêts avec d’autres membres de la municipalité, le décès prématuré de Jacques Bouille va faire obstacle à la poursuite d’une enquête judiciaire aux multiples ramifications. Son suicide en prison suscite la compassion de l’ensemble du personnel politique et la gêne de ses administrés, alors que beaucoup d’entre eux déplorent le modèle mafieux de la gestion des Pyrénées-Orientales.
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Étrange affaire que le suicide en prison de cet élu local, maire d’une petite ville balnéaire située à quelques kilomètres du chef-lieu, Perpignan. Jacques Bouille et une dizaine d’autres personnes, parmi lesquelles se trouvent des responsables de la mairie, sont poursuivis dans le cadre d’une enquête du SRPJ de Perpignan, sur l’achat par la commune de statuettes, tableaux de maîtres et oeuvres d’art, en 2006 et 2007, dont certaines auraient disparu.
Parmi elles, figurent l’épouse du maire, Marie-Antoinette Bouille, ainsi qu’un adjoint, Marc Blasco, qui ont été mis en examen pour complicité et recel des délits pour lesquels Jacques Bouille était poursuivi. Le directeur général des services de la mairie et directeur de l’office de tourisme, Francis Montor, a pour sa part été mis en examen début avril et placé en détention. Il est poursuivi pour complicité de détournement de biens publics avec le maire dans l’affaire d’achat d’œuvres d’art par la commune. À la différence de son homologue Gérard Dalongeville à Hénin-Beaumont, il n’a pas été suspendu de ses fonctions, mais Jacques Bouille a été exclu de l’UMP par le comité départemental le 5 janvier dernier…
Le 17 décembre 2008, après deux jours de garde-à-vue, le maire et conseiller général de Saint-Cyprien est mis en examen et écroué. Il est soupçonné de blanchiment, corruption par personne exerçant un mandat électif, trafic d’influence, prise illégale d’intérêt, détournement de biens publics aggravé, entrave à la manifestation de la vérité, subornation de témoin, faux et usage de faux. L’accusation dont il relève est intervenue après la transmission d’informations sur des mouvements de fonds suspects par le TracFin, la cellule parisienne contre le blanchiment d’argent. Cette institution dépend des ministres de l’Économie, des finances et de l’emploi ainsi que du Budget, des comptes publics et de la Fonction publique.
Le désordre dans la gestion de Saint-Cyprien, pour autant, ne faisait mystère pour personne dans la région… Un déficit de plus de 40 millions d’euros pour un peu plus de 10.000 habitants, des dépenses somptuaires et l’augmentation effrénée de la fiscalité locale… sans compter cette affaire de statuettes ! Mais la lutte contre la corruption a parfois été l’occasion de procéder à des purges au sein d’un appareil politique. 21 informations judiciaires ont été ouvertes en 2008 en matière de délinquance financière, contre 88 en 2007, et 101 l’année précédente.
L’avocat de Jacques Bouille, tout comme Martine Aubry et l’ensemble du personnel politique ayant réagi à la nouvelle du décès de l’élu incarcéré, ce qui est en cause, c’est le principe de la détention provisoire. Le procureur, lors d’une conférence de presse dimanche, a reconnu que depuis son incarcération, il a développé un état dépressif, le moral n’était pas bon. Jacques Bouille se serait étranglé à l’aide de la ceinture de son peignoir, mais aucun élément ne permettait de présager son geste.
Jacques Bouille était suivi par un psychiatre et des rondes un peu rapprochées avaient cependant été mises en place pour le surveiller. On n’a pas estimé devoir prendre des mesures supplémentaires, sachant qu’il était suivi par le psychiatre de l’établissement, a signalé le procureur. Plus que le problème des suicides en prison, cette affaire paraît révéler une accumulation de négligences qui pourraient avoir des répercussions sur le bon déroulement de l’instruction. Rappelons-le, Jacques Bouille n’est pas le seul à faire l’objet de poursuites. Lâché par ses pairs et ses amis avant même qu’il ait demandé sa remise en liberté, l’homme ne s’expliquera plus sur les faits qui lui sont reprochés, ni sur d’éventuelles pressions ou complicités.
Présumé innocent, le disparu aura beau jeu d’être chargé par d’autres prévenus dans une affaire complexe, diligentée depuis la capitale. Dimanche matin, Jean-Paul Alduy, qui se représente au suffrage municipal à Perpignan après une sordide histoire de fraude électorale à la chaussette, a dénoncé l’acharnement judiciaire et médiatique pour expliquer le suicide de son homologue. Y a-t-il quelque chose de pourri dans le département des Pyrénées Orientales ?
