Anges & Démons : Comment faire du neuf avec du vieux ?
À la veille de la sortie en salle du second volet du Da Vinci Code, réalisé de nouveau par Ron Howard, les critiques se révèlent tout aussi mitigées que lors du premier film du genre. La théorie du complot a-t-elle du plomb dans l’aile ? Il semblerait, puisque le réalisateur n’a pas hésité à puiser son inspiration dans un grand film du cinéma franco-allemand.
Quoi de plus étranger pourtant, au thriller qu’on espère haletant que le conte philosophique de Wim Wenders, Prix de la Mise en Scène à Cannes en 1987 ? On connaît déjà l’histoire de cette course-poursuite dans les caves du Vatican, puisqu’elle a donné lieu à un best-seller de Dan Brown, dont la trame est la découverte d’un complot qui se dénoue avec la mise en échec d’un attentat contre le Saint-Siège… Ron Howard a préféré acquérir les droits d’un livre à succès pour faire un carton au Box-Office, appliquant l’adage célèbre d’Alfred Hitchcock, selon lequel la recette d’un bon film est d’abord une bonne histoire, ensuite une bonne histoire, et enfin une bonne histoire !
Le scénario des Ailes du Désir a lui aussi été confié à un écrivain de renom, Peter Handke, avec lequel a planché Wim Wenders. Mais dans ce film de 1987 situé sous le ciel de Berlin, deux anges recueillent incessamment le monologue intérieur des hommes, sans toutefois accéder à leur condition, éprouver des sentiments qui leur apparaissent finalement essentiels à une existence accomplie. Pas d’intrigue policière, malgré la présence de Peter Falk dans son propre rôle de l’Inspecteur Colombo…
Mais à bien y regarder, ces deux histoires tellement différentes utilisent des ressorts identiques. Il s’agit pour l’une comme pour l’autre d’une quête mystique, celle de l’amour pour les anges Damiel et Cassiel, incarnés respectivement par Bruno Ganz et Otto Sanders, et celle de la salvation pour Robert Langdon et Vittoria Vetra, joués par Tom Hanks et Avelet Zurer. Chaque histoire tourne autour d’un vieux mythe religieux, l’aspect philosophique en moins pour le film de Ron Howard.
Étonnant concours de circonstances, les deux réalisateurs à 22 ans d’intervalle, ont confié le premier rôle à leur acteur fétiche. La ressemblance ne s’arrête pas là. Dans les deux longs-métrages, deux personnages masculins recherchent l’alliance d’une femme pour accéder au dénouement. Qu’il s’agisse de trouver l’amour dans Les Ailes du Désir, ou l’assassin démoniaque dans Anges & Démons. Pour une fois, Ron Howard, réalisateur par ailleurs de Splash et de Cocoon, réalisé au tournant de la période américaine de Wim Wenders, en 1985, n’a rien laissé au hasard pour réussir son film.
Les reproches formulés à son encontre ont donc de grandes chances de tomber à plat cette fois-ci : excès de mièvrerie et chantage émotionnel, académisme un peu laborieux… La promotion fonctionne à plein, alors que la sortie d’Anges & Démons est programmée pour le 13 mai. Des extraits vidéo circulent depuis un certain temps sur Internet, où il est frappant de s’apercevoir de la proximité des deux œuvres… Les Ailes du Désir n’ont-ils pas emporté le Prix de la Mise en Scène en 1987 à Cannes ?

Le diable est dans les détails. Même la couleur si particulière de Wim Wenders est mise à contribution, le traitement de la lumière du réalisateur allemand est facilement identifiable dans le film de Ron Howard. Jusque dans la bande-annonce, où la tendance pour le noir et blanc et les vues du ciel caractéristiques des Ailes du Désir sont utilisées sans vergogne. Enfin, les affiches d’un film franco-allemand distribué aux États-Unis n’ont pas été oubliées, elles ont également été passées au tamis des graphistes hollywoodiens.
En somme, tout est réuni dans ce film pour satisfaire un grand nombre de spectateurs, en Europe comme aux États-Unis. Et ce n’est pas la première fois qu’un remake américain fait plus d’entrées en salle que le film européen original. Doit-on s’en plaindre ? Il vaudrait mieux étudier l’art et la manière de réussir du premier coup la promotion et la distribution des œuvres plutôt que d’en laisser l’opportunité à d’autres. Tant il est vrai que se côtoient avec plus ou moins de bonheur le savoir-faire et le faire savoir.