"Les juifs sont solidaires entre eux et ils paient"
Ce sont les mots que le chef du gang des barbares aurait dit aux membres du groupe qu’il dirigeait dans le tragique et lamentable enlèvement du vendeur de téléphones portables. Mais lui et ses amis n’étaient même pas décidés sur la somme qu’ils souhaitaient pour rançon… et la communauté juive ne s’est mobilisée qu’après le décès du jeune Ilan Halimi, faute d’avoir eu connaissance du drame.
Le procès de Youssouf Fofana et de son gang débute mercredi, à huis clos et sous haute tension. Le parquet de Paris va ouvrir une enquête préliminaire pour tenter d’identifier le ou les auteurs d’une lettre reçue mardi par le procureur de la République, menaçant Youssouf Fofana, qui comparaît mercredi pour l’assassinat d’Ilan Halimi, a-t-on indiqué de source judiciaire. La mère de la victime demande un procès public à vertu pédagogique, mais l’âge de la majorité n’étant pas atteinte au moment des faits pour 2 des inculpés, les débats demeureront secrets. Le mal social qui ronge la banlieue restera sans doute sous le sceau du secret.
Dans cette lettre de menaces, également adressée en copie à l’Agence France-Presse, à la veille de l’ouverture du procès des ravisseurs et assassin présumés du jeune homme, un groupe inconnu baptisé L’Organisation Juive annonce sa création. Il dit vouloir répondre à l’incapacité des pouvoirs publics à nous défendre face à la recrudescence des attaques antijuives. Le ou les auteurs du courrier dactylographié préviennent que chaque agression sera recensée et punie comme elle se doit, puis promettent 400.000 euros à qui s’occupera de Youssouf Fofana. Le tribunal ne s’est pas encore réuni que les têtes sont déjà mises à prix.
Ilan était un ange, il était généreux, mais aussi un peu naïf, raconte sa fiancée à des journalistes : c’est sans doute ce qui l’a perdu. Faut-il être naïf pour croire possible de vivre en bonne intelligence en société ? Tout est prétexte aux agressions, les plus lointaines parfois, comme la guerre dans la bande de Gaza, rejaillissent sur nos cités pour enflammer nos cœurs de plomb durci. Lundi, deux journalistes s’étaient rendus dans le quartier populaire de la Pierre-Plate, une cité de 800 logements, où Ilan Halimi était retenu, ont été pris à partie, et se sont fait voler leur matériel de tournage en tentant de fuir. Ils se sont vus bloqués dans une rue par un autre véhicule, ce qui a permis au premier agresseur de les rejoindre, cette fois accompagné par plusieurs autres personnes qui se trouvaient dans deux voitures.
Les semaines pendant lesquelles ce procès doit se dérouler vont être électriques. Bagneux, la commune où opérait le gang des barbares, aimerait bien qu’on l’oublie. Mais c’est également mercredi le jour où Nicolas Sarkozy a l’intention de lancer son grand projet du Grand Paris, une opération formidable en vue de réorganiser toutes les relations interurbaines et l’urbanisme de la capitale et des villes qui l’entourent. Après l’affaire Ilan Halimi, le ministre de l’Intérieur de l’époque a reçu les proches de la victime. Nous avons échoué, leur avoue-t-il. Quelques mois plus tôt, les banlieues s’enflammaient à la suite d’une interpellation qui a mal tourné.
Youssouf Fofana, troisième d’une famille de 6 enfants, est né à Paris le 2 août 1980, mais c’est un enfant de la banlieue. Dans sa cité de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, il s’est forgé une réputation de dur, oscillant entre séduction et cruauté pour asseoir son autorité sur sa bande. Âgé de 28 ans, il a 4 condamnations sur son casier, principalement pour des vols avec violence, et pointe à l’ANPE comme des milliers de jeunes de sa génération. Paranoïaque, mégalomane, pervers : ce jeune d’origine ivoirienne âgé aujourd’hui de 28 ans a marqué les avocats qui l’ont rencontré, en particulier certaines pointures du barreau comme Jacques Vergès ou Éric Dupond-Moretti, qu’il a récusés ou qui ont préféré ne pas le défendre.
L’horreur qu’inspire ce crime l’amène à penser dès le jour de son arrestation en Côte d’Ivoire, le 23 février 2006, qu’il va être condamné à perpétuité ; du coup, il refuse de se défendre, explique un de ses conseils avant de jeter l’éponge. Car tout ce dont notre société a horreur paraît incarnée dans ce mauvais garçon. Celui qui se faisait appeler Oussama ou Mohammed semble fasciné par les exactions des talibans. Une fois, se rappelle sa fiancée, un ravisseur, sans doute Fofana, m’a récité une prière au téléphone. La barbarie acquiert alors un visage, certainement mensonger, mais qui attire sur lui tous les regards bleus d’appréhension. Ce procès, à l’évidence, doit être celui de l’antisémitisme. C’est en tout cas le vœu de Me Francis Szpiner, avocat de la partie civile. Ce sera sans nul doute celui du racisme ordinaire.
La banlieue est trop grande et son centre étriqué,
Trop juste en son corset qui le rend remarquable,
Mais dans les faits la ville en devient implacable
Pour brouiller tous ces gens dans du préfabriqué.Nous voulons le progrès et nous l’avons manqué
Quand l’existence, hélas, est tout sauf applicable
Dans son principe où pour ne plus péter de câble,
Mieux vaut avoir le sens des mots plutôt bloqué !Tasser l’humain dans tout espace est peu valable,
S’il est grégaire, il n’est vraiment pas contrôlable
Et tout le monde en plus d’un chef devient toqué.Tant d’additions de gens et nous serons minables,
Au pied des murs un grand mal être est provoqué
Pour les pouvoirs qui sont un soir ingouvernables.