Molex séquestre et Rolex boit la tasse !

Molex séquestre et Rolex boit la tasse !

Les salariés du site de l’équipementier automobile américain Molex, condamné à la fermeture en juin 2009, ont l’intention retenir 2 de leurs dirigeants pour contester le bien-fondé économique de cette décision. Ils retardent la procédure du plan social dans l’attente d’un rapport d’expertise demandé par le comité d’entreprise. Pendant ce temps, le secteur de l’industrie horlogère s’enfonce dans la crise économique.

La montre de Jacques Séguéla s’est vendue aux enchères à 8.000 €, mais à l’occasion d’une œuvre caritative. Dans la vie quotidienne des gens riches, la récession se fait également sentir durement, aggravée par les pressions qui s’exercent sur eux par les salariés mécontents de leur sort. L’industrie du luxe aussi apprend à vivre avec la crise, comme le démontre une enquête récente, menée par le cabinet international Pain & Company, spécialisé dans le segment haut de gamme. Selon un responsable, la situation est beaucoup plus sévère que ce que nous estimions en octobre dernier encore, où nos prévisions de recul de chiffre d’affaires pour 2009 s’élevaient à 7%. Aujourd’hui, Pain & Company table sur une baisse moyenne de 10% des recettes pour des grandes marques telles Louis Vuitton, Gucci ou Rolex !

Pas un marché n’échappe à la crise. Même les montres de collection souffrent d’une moindre demande. En un an, les prix ont chuté en moyenne de 30%. Pour William Rohr, patron d’une entreprise spécialisée dans les ventes aux enchères de montres, les prix ont été tirés par l’émergence de nouvelles clientèles comme les Chinois ou les Russes, qui sont très friands de montres. La forte hausse des prix des montres neuves a aussi soutenu le marché. Et Internet a participé à son essor. Les passionnés ont effet désormais accès à une meilleure information. Ces dernières années, marquées par une forte demande en direction des pays émergeants, sont également placées sous le signe de l’expansion, avec la création de nouvelles marques de montres de luxe telle que celle du Marseillais François-Paul Journe a stimulé la demande, explique l’expert.

Pour le cabinet international Pain & Company, même que le premier semestre 2009 verra une chute des ventes de 20% pour l’industrie du luxe, due avant tout à la récession qui frappe les États-Unis et le Japon, principaux marchés hors d’Europe pour des produits haut de gamme. Les branches les plus frappées seront la haute couture ainsi que le prêt-à-porter de marque, la joaillerie-bijouterie et l’horlogerie. Ainsi, selon le quotidien économique L’Agefi, Rolex et le groupe Richemont suppriment déjà des emplois. Franck Muller a pour sa part annoncé une réduction de voilure de 84 postes sur un effectif global de 550 personnes. Les marques, réalistes dans leurs prévisions — forcément revues à la baisse —, semblent avoir atteint leurs objectifs, explique Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère suisse. Elles ont été positivement surprises au niveau des commandes. Toujours est-il que 2009 sera une année difficile.

Un mois après le Salon international de Genève consacré à l’horlogerie de luxe, 50% des commandes seraient passées par pertes et profits. Au cours des dernières ventes organisées par William Rohr, les prix ont chuté de 30% depuis mars 2008, ils semblent avoir désormais atteint leur plancher, plaide-t-il. Cette baisse est évidemment liée à la crise financière mais aussi à la forte flambée de ces 10 dernières années. Jean-Daniel Pasche estime qu’il faut toutefois préciser que la branche a créé quelque 10.000 emplois ces cinq dernières années, une période incroyable pour l’horlogerie. D’après lui, l’outil de production est clairement formaté pour des années de croissance. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. D’où des besoins d’adaptation. Reste que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Toutes les entreprises ne licencient pas. Mais il ne parvient pas à expliquer l’écart de traitement qui se creuse entre les uns et les autres.

Quel que soit l’interlocuteur, il semble que la crise affecte sérieusement un secteur du luxe très dépendant des exportations vers les pays émergeants. Comme pour l’automobile, le marché occidental paraît avoir atteint sa saturation. Les entreprises qui ont fait de belles affaires ces dernières années dans le secteur du luxe devraient revenir à leur niveau de production de 2007, avec les compressions d’effectif qu’il induit. Rolex et Molex : même combat !