Les Nations-Unies victimes d’un boycott à Genève
La conférence des Nations-Unies contre le racisme doit se tenir à partir de lundi, mais en raison de l’opposition de l’État d’Israël et des États-Unis appelant la communauté internationale à ne pas s’y compromettre, elle enregistre jour après jour les défections qui s’accumulent.
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À ce jour, 40 pays seulement ont confirmé leur participation, selon une source proche des négociations, alors que la précédente conférence contre le racisme organisée par l’Organisation des Nations-Unies (ONU) en avait réuni plus de 160, à Durban en 2001. Je vous exhorte à transcender vos différences et à trouver un consensus, a déclaré Navanethem Pillay, Haut Commissaire de l’ONU pour les Droits de l’Homme au cours d’une réunion préparatoire.
En coulisse, les discussions s’intensifient pour parvenir à un consensus sur la déclaration finale qui devra être adoptée à l’issue de la conférence, le 24 avril. Préparée dans un climat houleux, la conférence avait produit mi-mars un premier projet de déclaration finale, nettoyé des sujets de discorde — dont la question de la diffamation des religions et la mise en accusation d’Israël — lui permettant de disposer d’un plus large consensus au sein des États participants. Ce colloque doit passer en revue les progrès accomplis depuis celle de 2001 en matière de lutte contre le racisme.
Si certaines sources diplomatiques occidentales voient les négociations sont tout proches d’un accord, personne n’a envie que se reproduisent les événements fâcheux qui avaient entachée la précédente édition, qui s’est déroulée en Afrique du Sud du 31 août au 8 septembre 2001. 8 ans après, les promesses et les mesures anti-racistes n’ont pas réussi à reléguer les pratiques discriminatoires et l’intolérance dans les poubelles de l’histoire, a déploré Navanethem Pillay. Mais l’annonce cette semaine de la venue du président de la République islamique d’Iran, réputé pour ses provocations négationnistes, a jeté de l’huile sur le feu.
Le mois dernier déjà, Rama Yade s’exprimait sur l’embarras de la France par rapport aux débordements qui ont terni la conférence de Durban, et le souhait qu’elle exprime de ne pas revivre ce genre de troubles : avec ses partenaires européens, la France avait été particulièrement vigilante pour que ces textes demeurent équilibrés et acceptables. En réalité, c’est à l’occasion du forum des ONG, en marge de la conférence, que des attaques très dures à l’encontre des États-Unis et d’Israël avaient amené ces pays à quitter la conférence de Durban. Ce forum des ONG s’était achevé par l’adoption d’une déclaration tout à fait inacceptable qui, fait exceptionnel dans ce genre de Conférence, n’avait pas été repris dans les documents finaux.
La Suisse, hôte de la conférence, a déjà décliné la proposition que l’ONU lui a faite de présider la manifestation… C’est alors la Libye qui a été élue à la présidence de cette conférence, et Cuba en occupe la vice-présidence. Des symboles du respect des Droits de l’Homme qui font frémir bon nombre de nations invitées. Jeudi, c’est donc au tour de l’Allemagne de jeter l’éponge, encore un signe fort eut égard à l’attachement de Berlin d’effacer le souvenir qu’elle évoque pour la plupart des gens. Günter Nooke, membre du gouvernement de coalition chargé des questions des droits humains, déclare que son pays ne participera très certainement pas à la conférence. Et il en appelle au sens des responsabilités de l’union européenne, et lui enjoint également de s’abstenir d’y siéger.
C’est un coup de théâtre, car c’est la première fois que l’Allemagne fait le boycott d’une manifestation de l’ONU. L’Italie de Silvio Berlusconi non plus, n’y assistera pas. En somme, il est probable en ce qui concerne la lutte contre le racisme, que le combat cesse faute de combattants.
