Nicolas Sarkozy réfléchirait à un smic-patron

Nicolas Sarkozy réfléchirait à un smic-patron

Tandis que le député Christian Estrosi menace de plafonner à 40.000 euros par mois la rémunération des patrons d’entreprises aidées, le secrétaire général de l’UMP Xavier Bertrand souhaite faire le mois prochain des propositions législatives très avancées sur la rémunération des dirigeants d’entreprise. L’affaire des stock-options de la Société Générale en France, comme celle des bonus d’AIG aux États-Unis sont restées en travers de la gorge de nos politiques les plus libéraux. Et comme d’habitude, l’Élysée est à la manœuvre.

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Le plus cocasse est tout de même cette tribune accordée par Le Figaro lundi à l’ancien administrateur d’un journal concurrent, qui fustige le comportement du patronat français en période de crise, qu’il assimile à une pulsion suicidaire… Le chantre du libéralisme aurait apprécié, lui qui siège d’ailleurs dans plusieurs conseils d’administration, voir les banquiers de la Société Générale renoncer d’eux-mêmes à une rémunération future et toute éventuelle. Que ne l’a-t-il fait en précipitant Le Monde au bord du gouffre ?

Le brillant clerc des temps modernes dit à ses amis de la classe dirigeante qu’en cherchant ailleurs l’exemple de la modération salariale, vous n’avez pas remarqué le code de conduite en temps de crise signé par le patronat et le gouvernement allemands. Il feint de penser que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous à leurs yeux les fautifs, alors qu’il en fut l’un des acteurs les plus pernicieux ! Pour donner des leçons, mieux vaut avoir la légitimité que confère un comportement toujours exemplaire, mais Alain Minc n’en possède pas le profil.

Il aura fallu qu’une égérie du socialisme arase le salaire des classes moyennes et des personnes modestes, pour que le parangon du libéralisme et le chantre de la libre entreprise entreprenne d’écrêter celui des grands patrons, qui figurent parmi ses amis et fondent l’électorat de son ancienne circonscription de Neuilly-sur-Seine… On marche sur la tête ! Notons tout de même que les dirigeants des groupes privés visés par ces nouvelles mesures de restriction sont également des salariés, qu’ils ne parviennent à se constituer une fortune personnelle qu’à force d’avidité sur le gras qu’ils ont réussi à faire en gérant au plus près les établissements qui leur ont été confiés.

Ainsi, 80% des gens interrogés se disent scandalisés par la suppression de 555 emplois chez Total, et parmi eux, 67% votent à droite. Ne voient-ils pas que la croissance ne peut s’acquérir dans un secteur d’activité en perte de vitesse que par une rentabilité toujours croissante ? Le même Alain Minc, qui délivre en ce moment ses prophéties dans Dix Jours qui ébranleront le Monde, aurait pu s’associer à Jacques Attali pour nous exposer le langage de la vérité. Mais il préfère parler par métaphores, sans doute pour éviter le sort des Cassandre…

Toujours est-il qu’à force de brider les prétentions des hommes à la rémunération de leur juste ambition, quels qu’en soient les résultats, les nations capitalistes s’acheminent doucement vers un système soviétique, la collectivisation en moins. Depuis des dizaines d’années, les dirigeants de sociétés sont contraints à multiplier les éléments de rémunération à côté de leurs salaires fixes. Ils peuvent cumuler des actions gratuites et les dividendes en résultant, des stock-options (possibilité d’acheter des actions à un cours fixé à l’avance et de les revendre avec plus-value), des parachutes dorés, des golden hellos (primes de bienvenue) ou encore des retraites chapeau (indemnités de retraite s’ajoutant aux versements légaux). Ces subterfuges leur seront bientôt proscrits.

La France était réputée pour héberger des grands patrons les plus chers payés au monde, alors qu’ils sont dans le même temps les plus nuls… Les symboles exemplaires abondent, de Jean-Marie Messier à Serge Tchuruk, en passant par… Alain Minc ! Le patron de Renault-Nissan l’a bien compris, lorsqu’il a été approché pour prendre la tête du géant General Motors en faillite : le jeu n’en vaut pas la chandelle pour Carlos Ghosn. Pour quoi se battront-ils désormais, alors qu’ils n’auront plus l’opportunité de faire suer le burnous en grappillant quelques centimes avec des économies de bout de chandelle ?

Pour quoi nous battrons-nous désormais, lorsque tout espoir de faire fortune en intégrant un grand groupe industriel ou bancaire, ou en cassant une baraque à Marne-la-Coquette nous sera retiré ? Monsieur le Président de la République, par pitié, laissez-nous quelques gens riches ! Ils sont déjà presque tous partis : ceux qui ne voulaient pas vous voir à l’Élysée, et ceux qui vous y ont vu…

 

 


Disons merci patron pour cette augmentation,
En fait, cet accessit est un genou qu’on panse,
Bien plus, fatalement n’ont pas la récompense
De tant d’efforts fournis dans la décontraction.

Si tout le monde est bien engagé dans l’action,
En fin de mois, tout chef regarde à la dépense
Pour observer ceci que plus rien ne compense :
L’argent des employés fait toujours distorsion !

En faisant tous par jeu la course aux bénéfices,
Nous devançons en fait de plus noirs maléfices
Que les patrons font bien d’entraver par devoir.

Eux seuls ont appris l’art de gérer la ressource
Tandis que nous perdons très tôt le peu d’avoir
Qu’ils ne nous ont pas pris aussitôt à la source !

 

le 24/03/2009
Impression

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2 Messages

  • 24 mars 2009 19:09, par Tronchedecake

    C’est pas un SMIC qu’il faut aux trop gros salaires, c’est un salaire plafonné !
  • 27 mars 2009 16:50, par le sabre et par l’epee

    Dans cette foire d’empoigne, les grands patrons français ne sont pas les derniers, quel respect peut on avoir pour ce genre d’individus. Il est plus que temps de mettre de l’ordre dans cette gabegie.
    La crise aura au moins ça de bon ; remettre cette espèce d’individus à leur vraie place.