La Cité de l’Immigration n’aura pas Lieu

La Cité de l'Immigration n'aura pas Lieu

Dernier rendez-vous manqué lundi au Palais de la Porte-Dorée : une délégation ministérielle réduite s’est précipitée à la médiathèque sous les huées de manifestants hostiles à la politique gouvernementale pour inaugurer la nouvelle attraction au pas de charge. Pour et contre, finalement, tous s’accordent pour faire un mauvais sort à cet héritage controversé du patrimoine national.

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— C’est pas vrai ! La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français.
— Bardamu, qu’il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n’en dis pas de mal !…
— T’as raison, Arthur, pour ça t’as raison ! Haineux et dociles, violés, volés, étripés et couillons toujours, ils nous valaient bien ! Tu peux le dire ! Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d’opinions, ou bien si tard, que ça n’en vaut plus la peine. On est nés fidèles, on en crève nous autres ! Soldats gratuits, héros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C’est lui qui nous possède ! Quand on est pas sages, il serre… On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention si on tient à pouvoir manger… Pour des riens, il vous étrangle… C’est pas une vie
… écrivait Louis-Ferdinand Céline au début du Voyage au Bout de la Nuit.

En définitive, cette vue de l’esprit à l’emporte-pièce n’a pas pris une ride, au sens où partisans et opposants à l’immigration se sentent soudain mal dès qu’il s’agit de s’accorder sur ce qu’est réellement la France, ce qui la constitue et comment ils la voient dans quelques générations. L’histoire du bâtiment qui abrite à présent la Cité de l’Immigration est déjà révélateur des nausées que provoque chez tant de nos compatriotes la pensée même qu’ils puissent appartenir de près ou de loin à une population exogène.

Édifié à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931, cet édifice à l’écart des lieux touristiques habituels a changé 4 fois de destination. Lorsque Jacques Chirac a souhaité transférer les œuvres qui s’y trouvaient pour les abriter quai Branly, plus près des lieux de fréquentation culturelle traditionnels, il a prévu de le consacrer à l’histoire nationale de l’immigration. Il a donc rouvert ses portes le 10 octobre 2007, dans l’indifférence générale, plusieurs mois après une campagne électorale où le concept d’identité nationale a soulevé une intense controverse.

La Cité de l’Immigration aura reçu 100.000 visiteurs au cours de sa première saison, alors que son ministre d’alors se sentait toujours plus enclin à communiquer sur ses résultats en matière de reconduite à la frontière que sur un concept d’identité nationale auquel il aurait pu réfléchir. Mais Brice Hortefeux en est parti sans avoir pu achever cette réflexion… Le ministère dont il a donné les clefs à son collègue Éric Besson demeure une coquille vide, une structure destinée à produire des statistiques et dont l’action s’appuie essentiellement sur le personnel du ministère de l’Intérieur.

De l’identité nationale, nous ne savons pas encore — à mi-mandat — ce que Nicolas Sarkozy souhaitait formuler autrement qu’en terme électoral. Mais peut-être n’y a-t-il pas plus que cela… À quoi bon, dans ce cas, réagir violemment à chaque fois qu’un ministre se déplace à la Cité de l’Immigration, pour finalement donner à ce lieu une connotation détestable ? Bien que l’accès aux collections soit moitié moins cher qu’à celles du musée du Louvre, les visiteurs ne se pressent pas pour les admirer, et les Parisiens pour plonger dans les racines de leur histoire.

17 juillet 1453, l’armée française de Charles VII remporte une victoire décisive sur les Anglais dans le village de Castillon, en Gironde. Cette bataille marque la fin de la Guerre de Cent Ans, la fin de l’expansion britannique en Guyenne et en Normandie, un coup d’arrêt aux volontés séparatistes des Bourguignons.

25 octobre 732, Charles Martel, chef des Francs, arrête une armée arabe au nord de Poitiers. Les Maures, comme il était d’usage de les appeler, se retirent. C’en est fini des incursions musulmanes au nord des Pyrénées. 15 août 778, Charlemagne laisse son fidèle Roland se faire massacrer avec l’arrière-garde de son armée pour protéger le gros de ses troupes. C’est une défaite, mais la domination mauresque en deçà des Pyrénées est terminée.

20 juin 451, Attila est battu à la bataille des Champs Catalauniques, près de la ville de Châlons-en-Champagne par le Romain Ætius et ses alliés francs et burgondes. Il se replie vers le Rhin avec ses troupes. De tout temps et à toute époque, l’Histoire de France est une succession d’invasions, et les peuples que les Français ont soumis aux époques où ils étaient les plus nombreux en Europe sont aussi légitimes à apprendre nos ancêtres les Gaulois que les Français eux-mêmes… Car de Français de pure souche, il y en a si peu !

 

 


C’est le problème avec les travailleurs migrants,
S’ils sont là, on les voit, mais ils sont invisibles
Car en fait, on ne fait pas grand cas des fusibles
Et souvent, les desseins du mépris sont flagrants.

Les regrets qu’on en a ne sont jamais très grands
Dans la mesure où plus d’excès seront plausibles
Et pour nous, les effets ne sont pas plus risibles…
Mal nécessaire, ils font des concepts d’intégrants.

Mais, même en rêve ici, ils n’ont pas d’existence
Dès qu’on veut magnifier les effets d’importance
Quant à l’explication qu’on donne au mot nation.

L’intégration, chez nous est parcours de patience
Quand naître un jour français dénie une affection
À tout ce qu’on était pour chasser sa conscience !

 

le 31/03/2009
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