La France renonce à ses Paradis fiscaux
La Principauté d’Andorre a finalement cédé à la volonté de son coprince pour reconnaître les standards de transparence et d’échange d’informations de l’OCDE. En d’autres termes, le secret bancaire ne sera plus invoqué dans les cas d’évasion fiscale. C’est évidemment une grande victoire pour Nicolas Sarkozy sur ce petit territoire montagneux, dont il partage avec l’évêque d’Urgell la souveraineté depuis des temps immémoriaux.
Qui peut imaginer que ce petit État féodal, sans accès à la mer, coincé entre l’Espagne et la France, puisse avoir une quelconque velléité de mener une politique contraire aux vœux de ses puissants voisins ? Et bien, oui : il semblerait que le président de la République française ait encore moins d’influence au pied des Pyrénées que dans la lointaine Guadeloupe… Pour preuve, le gouvernement ombrageux de la principauté a conservé le catalan comme langue officielle : pas facile pour un Nicolas Sarkozy monoglotte de se faire entendre au siège d’un gouvernement qu’il ignore d’ailleurs superbement.
Avec le Lichtenstein, dont le sort à l’égard de l’Allemagne est en tout point identique, Andorre s’est donc tardivement plié aux exigences de ses puissants voisins en ce qui concerne la lutte contre l’évasion fiscale… En premier lieu, il s’agit de se voir rayé de la liste noire des paradis fiscaux non-coopératifs dressée par l’OCDE. Nicolas Sarkozy se réjouit que le gouvernement d’Andorre entame aujourd’hui une négociation avec l’OCDE pour mettre en uvre un dispositif d’échanges d’informations fiscales, a-t-il fait savoir jeudi. Une mesure qui vient à point avant le prochain Sommet du G20 qui se réunira à Londres le 2 avril prochain, où le coprince français d’Andorre a décidé d’afficher une coopération sans faille avec la Chancelière allemande.
En effet, stipule un communiqué de l’Élysée, la France et l’Allemagne ont souligné leur détermination à poursuivre et à renforcer la coordination de leur politique économique contre la crise économique et financière et à travailler ensemble à ce qu’une telle crise ne se reproduise pas. Est-ce un effet retard des exhortations du pays de Voltaire à s’attaquer aux racines du mal en ce qui concerne les méthodes bancaires de gestion, réitérées depuis l’été 2007 ? Le rebond de la crise des subprimes en septembre 2008 a fait long feu, balayant à peu près tout sur son passage.
Est-ce un hasard si l’on apprend maintenant que les plus grandes entreprises françaises se servent des paradis fiscaux pour leurs flux financiers de façon tout à fait courante ? Le secteur financier se révèle être le plus engagé dans les paradis fiscaux. BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale disposent de 361 entités offshore, révèle le magazine Alternatives économiques. Mais son enquête a tourné court : pourquoi cette banque a-t-elle besoin d’une présence plus de trois fois plus importante que la Société générale dans ces territoires douteux ? En dépit de contacts téléphoniques répétés, il ne nous a pas été possible d’obtenir de justifications, lit-on à propos de BNP Paribas.
Une chose est sûre, la levée du secret bancaire au Lichtenstein et à Andorre ne signifie pas l’émergence d’une transparence nouvelle… Les réquisitions des autorités fiscales tutélaires seront certes facilitées, mais celles-ci auront fort à faire pour démêler l’écheveau des transferts multiples et croisés que leurs établissements ont mis des décennies à rendre parfaitement opaques. Nul n’ignore qu’à l’heure actuelle, tout est informatisé, que les échanges pourraient être validés par une autorité internationale compétente, mais qu’à défaut, les listings produits nécessiteront une armée de juristes spécialisés dans les questions financières… Autant oublier tout ça !
Par ailleurs, pour procéder à des transferts de fonds douteux, il reste toujours de nombreuses places dans le monde, où les effectuer : des Bermudes à la Suisse en passant par Malte et Panama et… le Royaume-Uni. Eh oui, nul besoin de communiquer aux Caraïbes ou au bout du monde pour blanchir de l’argent sale, ou pour procéder à l’évasion de profits par trop voyants : Jersey et Guernesey conservent leur statut particulier, Monaco pareillement, et si la Suisse cède à son tour, les Russes préparent à l’abri de contrées plus ou moins livrées à la loi de la jungle, comme la Transnistrie ou l’enclave de Kaliningrad, une réponse des plus adaptée aux besoins et aux ressources de la finance occidentale.
Chacun songe à garder des rapports amicaux
Avec ses gros voisins restés juste immobiles
Puisque tout allait bien avec les gens habiles,
Mais ce n’est plus le cas des paradis fiscaux…S’ils sont juste à fournir les distingués locaux
À de grands épargnants aux mains indélébiles,
Ils seront estimés d’être un peu plus volubiles,
Et tout juste au regard des cailloux tropicaux !Mais à celui de nos nations aux corps robustes,
Ils ne sont franchement que de chétifs arbustes
Dont les princes sont les vassaux de nos États !Quand viendront les talents de l’argent apatride
Prêter main forte à ceux de nos grands potentats,
Il sera toujours temps, mais pour un jeu putride.