Les Actifs pourris des Banques passés par Pertes et Profits
Les projets de recyclage de créances toxiques détenues par les établissements financiers ont fait long feu. La décision lundi du géant HSBC de procéder à une augmentation de capital de 12,5 milliards d’euros sonne ainsi le glas des spéculations relatives à la gestion des dépréciations d’actifs : les banquiers sont désormais condamnés à vivre avec, jusqu’à ce que les pertes soient définitivement résorbées grâce au soutien des pouvoirs publics et à des recapitalisations en cascade.
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Stephen Green, président de l’établissement sino-britannique, a reconnu que les politiques de rémunération ont échappé à tout contrôle et des mesures d’incitation pernicieuses ont conduit à des pratiques dangereuses à l’annonce de résultats catastrophiques. Ce dignitaire de l’Église anglicane, fort de son autorité morale, n’a pas subi la contestation de ses actionnaires comme ses confrères un peu partout dans le monde. Les solutions qu’il propose pour restaurer la réputation et les marges de manœuvre de la banque : augmentation de capital et 6.100 suppressions d’emploi, ont été avalisées sans difficulté.
HSBC a vu sa valeur boursière divisée par deux depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre, mais elle a dominé le secteur, grâce à un bilan jugé plus solide. Elle se classe au 4ème rang mondial par sa capitalisation boursière. En 2008, son bénéfice imposable a chuté de 62% à 9,3 milliards de dollars (7,4 milliards d’euros) contre 24,2 milliards de dollars l’année précédente, après prise en compte de l’impact d’une charge de dépréciation de 10,6 milliards de dollars aux États-Unis. Son coût du risque est en effet passé l’année dernière à 127 millions d’euros contre 52 millions un an auparavant.
Pourtant, HSBC France rapporte un résultat avant impôt multiplié par deux pour son exercice 2008, dopé par une plus-value d’un milliard et demi d’euros liée à la vente cet été aux Banques populaires de 7 banques régionales. Les banques concernées sont la Société Marseillaise de Crédit, la Banque de Savoie, la banque Chaix, la Banque Marze, les Banques Dupuy, Pelletier, de Parseval et le Crédit Commercial du Sud-Ouest. Sur le marché français, la banque britannique, qui conserve le CCF, racheté en 2001, a ainsi dégagé l’an dernier un bénéfice avant impôt de 1.853 millions d’euros contre un bénéfice de 905 millions en 2007.
Les difficultés du groupe sont essentiellement liés aux conséquences de l’effondrement des cours de créances adossées aux crédits hypothécaires américains. Les pertes de HSBC en Amérique du Nord ont totalisé 15,5 milliards de dollars l’année dernière, dont 10,6 milliards de dépréciations, liées principalement à l’acquisition en 2003 de la société de crédit à la consommation Household pour 14,8 milliards de dollars, la plus grosse opération de croissance externe jamais réalisée par le groupe. Avec le recul, c’est une acquisition que nous aurions préféré ne pas avoir faite, a reconnu Stephen Green. Le fonds Knight Vinke, actionnaire de la banque, s’est amèrement réjoui que celle-ci ait enfin compris que ce qu’elle décrivait comme un portefeuille de rêve n’a plus aucune valeur, et a prédit 34 milliards de dépréciations possibles supplémentaires liées aux prêts américains.
À l’échelle de l’ensemble du groupe, les pertes sur créances douteuses ont bondi de 44% par rapport à 2007 pour atteindre 24,9 milliards de dollars. Pour HSBC comme pour tous les établissements financiers, ces actifs pourris constituent un handicap très important, qu’il n’apparaît plus possible de surmonter en utilisant les méthodes classiques de recyclage. En effet, détenir des actifs pourris n’est pas toujours une mauvaise affaire. Le milliardaire François Pinault l’a prouvé en bâtissant sa fortune dessus. Au début des années 1990, il pressent qu’il pourrait exploiter les obligations américaines classées à haut risque par les agences de notation financière. Une filiale du Crédit Lyonnais, qui était alors une banque publique, en avait récupéré beaucoup lors d’une opération financière aux États-Unis.
En 1992, l’homme d’affaires décide de créer la holding financière Artémis. Grâce à elle, il achète pour 10 milliards de francs de ces obligations pourries au Crédit Lyonnais. La banque lui fait même un prêt pour soutenir ce rachat. À l’occasion de la restructuration financière des sociétés émettrices, ces obligations à haut risque sont transformées en actions. Celui qui avait démarré en tant que modeste négociant de bois se retrouve alors actionnaire principal d’une vingtaine de sociétés américaines, telles que Samsonite, la société de traitement domestique de l’eau Culligan ou le producteur de meubles Broyhill et Lane.
Mais ces créances douteuses qui plombent les comptes bancaires à l’heure actuelle ne sont pas susceptibles d’être à nouveau valorisées ! Elles ne concernent pas un outil de production qu’il est possible de redresser, mais des produits immobiliers dont la valeur fluctue avec le marché. Par ailleurs, les détenteurs de ces biens désormais hypothéqués sont désormais ruinés, ils sont condamnés à l’abandonner ou, ce qui semble très probable, y demeurer grâce à l’action protectrice des pouvoirs publics. Dès sa prise de fonctions le 20 janvier dernier, le président des États-Unis Barack Obama s’est immédiatement attaché à suspendre les expulsions des propriétaires impécunieux. Ainsi, d’une façon ou d’une autre, les biens immobiliers à la source du désastre financier ne pourront être cédés qu’à très long terme.
Les banques se trouvent donc condamnées à conserver les créances douteuses qu’elles détiennent, jusqu’à ce qu’elles disparaissent d’elles-mêmes grâce à la valorisation des actifs sains auxquelles ces créances ont été associées au moyen de montages complexes… Les conséquences directes sont l’assèchement du crédit à court et moyen terme, et des besoins en capital toujours plus grands exprimés par les établissements financiers. Le citoyen et l’épargnant, qui sont bien souvent la même personne, sont ainsi sollicités pour renflouer des banques auxquelles elles ont peut-être souscrit un emprunt immobilier ou confié une hypothèque… La boucle est bouclée ! Mais la constitution de bad banks destinées à racheter les actifs pourris est de moins en moins conçue comme une solution viable, tellement l’intoxication est importante et pernicieuse du fait de la complexité de ces créances.
Pas de bol pour la banque où ses actifs pourris
Vont plomber le bilan sans d’autre alternative,
La sanction qu’on y voit reste encore éruptive
Et se verra longtemps comme un gros panaris !Quand nos financiers font sans délai des paris
En jugeant d’une action sa puissance olfactive,
Il faut craindre après coup sa débâcle effective
Dont la fragrance a la lourdeur des pets fleuris.Ainsi, pour ces erreurs qui n’ont d’équivalence
Que chez les vents produits par toute flatulence,
Au goût certain succède un grand vide importun.La gêne est à son comble aussi dans l’assistance,
Elle a conscience alors que l’absolu mage est un
Méchant coquin qui n’a pour lui que sa prestance.
Avec AFP, Reuters et Le Chasseur français.
