Anges & Démons avec Tom Hanks recycle un Film primé à Cannes
Ron Howard, échaudé par l’accueil réservé au premier volet de la saga mise au point par Dan Brown lors du festival de Cannes 2006, n’en présentera vraisemblablement pas la 2ème partie au festival cette année. Mais les sifflets qui se sont manifestés à la fin du Da Vinci Code ne sont peut-être pas la seule raison d’échapper au public exigeant de la Croisette : Anges & Démons présente en effet de grandes similitudes avec le Prix de la Mise en Scène 1987, ce qui n’aurait pas échappé aux professionnels présents dans la salle.
Quoi de plus étranger pourtant, au thriller qu’on espère haletant que le conte philosophique de Wim Wenders, Prix de la Mise en Scène à Cannes en 1987 ? On connaît déjà l’histoire de cette course-poursuite dans les caves du Vatican, puisqu’elle a donné lieu à un best-seller de Dan Brown, dont la trame est la découverte d’un complot qui se dénoue avec la mise en échec d’un attentat contre le Saint-Siège… Ron Howard a préféré acquérir les droits d’un livre à succès pour faire un carton au Box-Office, appliquant l’adage célèbre d’Alfred Hitchcock, selon lequel la recette d’un bon film est d’abord une bonne histoire, ensuite une bonne histoire, et enfin une bonne histoire !
Le scénario des Ailes du Désir a lui aussi été confié à un écrivain de renom, Peter Handke, avec lequel a planché Wim Wenders. Mais dans ce film de 1987 situé sous le ciel de Berlin, deux anges recueillent incessamment le monologue intérieur des hommes, sans toutefois accéder à leur condition, éprouver des sentiments qui leur apparaissent finalement essentiels à une existence accomplie. Pas d’intrigue policière, malgré la présence de Peter Falk dans son propre rôle de l’Inspecteur Colombo…
Mais à bien y regarder, ces deux histoires tellement différentes utilisent des ressorts identiques. Il s’agit pour l’une comme pour l’autre d’une quête mystique, celle de l’amour pour les anges Damiel et Cassiel, incarnés respectivement par Bruno Ganz et Otto Sanders, et celle de la salvation pour Robert Langdon et Vittoria Vetra, joués par Tom Hanks et Avelet Zurer. Chaque histoire tourne autour d’un vieux mythe religieux, l’aspect philosophique en moins pour le film de Ron Howard.
Étonnant concours de circonstances, les deux réalisateurs à 22 ans d’intervalle, ont confié le premier rôle à leur acteur fétiche. La ressemblance ne s’arrête pas là. Dans les deux longs-métrages, deux personnages masculins recherchent l’alliance d’une femme pour accéder au dénouement. Qu’il s’agisse de trouver l’amour dans Les Ailes du Désir, ou l’assassin démoniaque dans Anges & Démons. Pour une fois, Ron Howard, réalisateur par ailleurs de Splash et de Cocoon, réalisé au tournant de la période américaine de Wim Wenders, en 1985, n’a rien laissé au hasard pour réussir son film.
Les reproches formulés à son encontre ont donc de grandes chances de tomber à plat cette fois-ci : excès de mièvrerie et chantage émotionnel, académisme un peu laborieux… La promotion fonctionne à plein, alors que la sortie d’Anges & Démons est programmée pour le 13 mai. Une dizaine d’extraits vidéo circulent déjà sur Internet, où il est frappant de s’apercevoir de la proximité des deux œuvres… Les Ailes du Désir n’ont-ils pas emporté le Prix de la Mise en Scène en 1987 à Cannes ?

Le diable est dans les détails. Même la couleur si particulière de Wim Wenders est mise à contribution, le traitement de la lumière du réalisateur allemand est facilement identifiable dans le film de Ron Howard. Jusque dans la bande-annonce, où la tendance pour le noir et blanc et les vues du ciel caractéristiques des Ailes du Désir sont utilisées sans vergogne. Enfin, les affiches d’un film franco-allemand distribué aux États-Unis n’ont pas été oubliées, elles ont également été passées au tamis des graphistes hollywoodiens.
Tout devrait donc bien se passer pour Ron Howard et son Anges & Démons au printemps prochain, car dans un monde à présent totalement googlelised, la redondance est élevée au rang d’art majeur. J’en sais quelque chose.
Sans peine à l’évidence et sans le moindre effort,
Ils font dans de vieux pots le meilleur des offices
Pour s’arroger sans craindre un seul des maléfices
Auprès du grand public les fruits d’un réconfort !La recette a ses mœurs aux joints d’un coffre-fort
Qu’il faut avoir d’un coup les plus gros bénéfices
En étouffant dans l’œuf les arts ! Quels sacrifices
Sont ainsi mis en œuvre au prix d’un vrai confort.Pris la main dans le sac et c’est la fin d’un monde
Quand le lien révélé n’est pas vraiment immonde,
L’auteur s’est fait violence en fait d’avoir souffert.Comme il voit dans le noir tout l’enfer sur la toile,
Tout le soin qu’on lui doit dans ce qui reste offert,
Il a moins de faux frais sauf pour sa bonne étoile !