Serge Llado : "Je ne vois rien de Brassens chez Pierre Perret"
Pierre Perret vulgaire plagiaire de Georges Brassens, affabulateur lorsqu’il raconte avoir fréquenté Paul Léautaud… Que reste-t-il à cet homme qui a enchanté notre enfance à la radio ? Pas grand-chose après que Sophie Delassein a démonté cette arnaque encore plus dingue que celle de l’affaire Madoff. D’accord pour qu’on nous pique nos éconocroques, mais il est hors de question qu’on nous sucre nos rêves d’enfant ! Nous avons donc demandé à Serge Llado, qui collectionne les chansons qui se ressemblent à la radio dans l’émission de Laurent Ruquier de faire le point sur les similitudes supposées entre celles de Georges Brassens et celles de Pierre Perret. Notre chansonnier ne laisse planer aucun doute :
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Le MAGue : Quel est votre sentiment par rapport à la polémique dont Pierre Perret fait l’objet en ce moment ?
Serge Llado : La plupart d’entre nous sommes consternés par la violence de l’attaque. Ça ressemble à un déboulonnage. J’ai lu le livre de Pierre Perret, A Capella. Il y a eu un malentendu quelque part entre Pierre Perret et Georges Brassens et il n’est mentionné nulle part. Ce que l’on sait aussi, et ce dont j’ai eu connaissance également, est que Georges Brassens n’était pas un saint. J’ai reçu plusieurs témoignages dans ce sens, et par des personnes dont il était proche : C’était un homme qui pouvait avoir la dent dure, il était parfois cassant, cinglant ! Jacques Brel s’en est d’ailleurs souvent plaint : ce con de Brassens qui m’appelait l’abbé Brel, transcrit dans l’autobiographie de Jacques Canetti On cherche jeune homme aimant la musique. Il faut savoir que Georges Brassens était aussi un chef de bande… Ceux qui étaient ses compagnons de scène aux Trois Baudets en ont témoigné en privé. Pierre Perret, qui avait connu Brassens avant d’être dans le métier, s’en est éloigné après. Il y a sans doute eu un malentendu entre Brassens et lui, mais Pierre Perret ne le mentionne pas expressément dans son livre.
Le MAGue : Vous qui êtes devenu en quelque sorte un spécialiste en la matière, voyez-vous Pierre Perret en plagiaire ?
Serge Llado : Pierre Perret aurait plagié Garcia Lorca… Mais il a parlé lui-même d’une réminiscence ! Pierre Perret a raconté comment il a employé l’idée qu’il a trouvée dans l’œuvre du poète espagnol. On ne peut pas dire qu’utiliser la même métaphore soit un plagiat sinon, il faudrait payer des droits d’auteur chaque fois qu’on emploie une expression qu’on n’a pas inventée ! Un jour, Henri Crolla s’est rendu compte qu’il avait repris une musique de Georges Moustaki. Il en fait part à ce dernier pour s’en excuser, car il se sentait redevable. Moustaki a marqué sa stupéfaction avant de lui taper sur l’épaule : mais tu ne me dois rien ! Quand une idée est dans l’air, il se peut qu’elle sorte de plusieurs cerveaux à la fois… Nul ne peut s’exonérer des influences qui l’ont marqué. Georges Brassens lui-même, alors qu’il a fui le STO, remplissait les nombreux recueils qu’il lisait de tout un tas d’annotations qu’il a utilisées ensuite. On en a d’ailleurs fait l’étude. Mais jamais il ne lui serait venu à l’idée que Pierre Perret serait un plagiaire, à mon avis elle vient de la bande à Brassens, qui le sanctifient.
Le MAGue : D’un point de vue technique, avez-vous remarqué des similitudes entre les textes ou la musique des chansons de ces deux auteurs ?
Serge Llado : Je n’ai rien retrouvé de Pierre Perret dans la poésie baroque, mais à vrai dire je la connais peu… Qu’il ait lu quelques auteurs et qu’il en ait retiré quelque chose, c’est forcé. Mais qu’on retrouve des passages entiers d’autres auteurs, non ! Cela ne me semble pas crédible. La seule ressemblance que je vois entre Georges Brassens et Pierre Perret, c’est la moustache que le second s’est très vite rasée… Ce sont deux chanteurs qui s’accompagnaient à la guitare, à une époque où ils étaient peu nombreux à le faire. C’était en général le pianiste-maison qui mettait en musique les textes que chantaient les interprètes. Le précurseur des auteurs-compositeurs-interprètes s’accompagnant à la guitare se nommait Francis Lemarque. Georges Brassens avait beaucoup de charisme et d’ascendant, il a eu une influence sur tous les gens qui l’ont fréquenté. Mais en ce qui concerne les textes, je ne vois rien de Brassens chez Pierre Perret ! Qu’il ait récupéré des chansons paillardes pour les réorchestrer d’accord, mais tous ceux qui cultivaient ce style-là, notamment les pensionnaires du Caveau de la Bolée qui ont enregistré et réorchestré l’anthologie paillardes Les Plaisirs des Dieux l’ont fait dans les cabarets. Je l’ai fait aussi. C’est en fait une tradition chez les chansonniers. J’aimerais ajouter que Pierre Perret, c’est quelqu’un de très gentil, il n’a rien à voir avec le mesquin qu’on cherche à présenter. Je comprends néanmoins qu’il conçoive une certaine amertume de ne pas figurer parmi les héritiers officiels de Georges Brassens, comme on présente Maxime le Forestier ou Ronan Luce. Mais c’est une autre histoire…
Parce qu’il est mal vu de reprendre un artiste,
Parce que des gens bien l’ont trouvé arrogant,
Nos gens de presse ont fait rapine en intrigant
Sur un maître-chanteur et un je-m’en-foutiste !La charge est bien menée en se faisant autiste,
Elle est des procédés qui n’ont rien d’élégant :
Le procureur au fond n’a pas pris plus de gant
Pour qu’il se voie ici plus menteur que dentiste.Moi en fait, je n’ai pas composé tous ces vers,
D’ailleurs, si malgré moi je les rime à l’envers
Je dis à mes amis que ce sont ceux d’un autre.Mais qu’importe au final si l’oreille a pris goût
Quand le bonheur se voit, il est surtout le nôtre
Même après si ces vers vont se suivre à l’égout.
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