Ça déchire au Parti socialiste
Pour une fois que les syndicats ont trouvé une plate-forme commune pour exposer leurs revendications, le front social se dissout dans ses divisions politiques. Le livre de Ségolène Royal a fait l’effet d’une bombe à fragmentation, dans la mesure où tous ses camarades se trouvent exposés au phosphore blanc qui jaillit de l’écume des pages.
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C’est devenu la loi du genre au PS : les livres politiques écrits par ses ténors sont des règlements de compte, et Femme debout n’échappe pas à la règle. Il la fait même sienne, en transgressant allègrement ce qui restait de respect vaniteux à l’égard de ses adversaires.
Ce livre d’entretien écrit par Françoise Degois, dont Ségolène Royal est proche, porte un titre qui fait référence à un discours que la candidate malheureuse à l’élection présidentielle de 2007 a prononcé au cours de l’un de ses déplacements, dans les Antilles. Le Nouvel Obs en a publié quelques passages ici, qu’il est toujours instructif de consulter.
Qu’on en juge : à propos des éléphants, la décomposition du PS, au fond, ils s’en moquent, ils pensent que de toute façon ils gagneront au prochain coup. Ils pensent que l’agonie sera tellement lente qu’ils ramasseront inévitablement la mise. Leur vision de la politique : si on prenait le risque que le parti ait 700.000 adhérents, qu’on ouvre les grilles de Solférino, qu’on fasse revenir les artistes et les intellectuels, qu’on se remette à réfléchir joyeusement à la politique. Mon dieu, quelle horreur !
On y apprend que Ségolène Royal avait l’intention de délocaliser le siège du PS : avec moi, la rénovation était immédiate. Je lançais dans les cent jours une vaste campagne d’adhésion, tout le monde sur le pont à vingt euros. Et je déménageais. Dans un lieu vaste, clair, pas tarabiscoté comme Solférino, avec ses couloirs, ses escaliers. Non, un lieu moderne, sur deux plateaux, deux étages, très lumineux. Ah, c’est certain, ça aurait grincé, chouiné, tapé du pied, mais on déménageait.
Et que le litige avec son ancien compagnon n’est toujours pas réglé : en fait, François Hollande ne m’a pas contactée directement. Il a contacté mon attachée de presse en disant que la victoire était nette et incontestable. Il souhaitait me parler rapidement. J’étais en train de rédiger mon discours de victoire justement quand tout a commencé à changer. Le 1er Secrétaire sortant aurait-il joué double jeu, lui qui passait pour être libre de toute engagement après 10 ans de combines ?
La question n’est pas neutre, après que Roselyne Bachelot a ouvert la boîte à baffes la veille au soir : j’aime bien Martine Aubry, parce que c’est une femme qui a beaucoup d’allant, beaucoup de dynamisme et je lui souhaite bonne chance dans l’exercice difficile d’être à la tête d’un parti politique aussi divisé et aussi obsolescent que le Parti socialiste, a commencé par dire la ministre, avant de poursuivre avec un éclat de rire : elle a vraiment choisi une mission impossible, je lui souhaite de tout cœur qu’elle se casse la gueule, quoi !
Il ne fait guère de doute que le Parti socialiste n’a pas résolu ses querelles intestines. La question de savoir qui est à l’origine de la diffusion à la presse d’informations destinées à instruire une enquête de police sur la personne de Julien Dray demeure sur toutes les lèvres… En effet, ce pilier de la campagne de Ségolène Royal avait su ménager ses arrières, et demeurer en bons termes avec les chefs des autres courants socialistes. Il apparaissait comme une passerelle possible entre la rue de Solferino et le boulevard Raspail… Le pont a sauté après avoir été miné.
Martine Aubry prend soin de consolider ce qui peut l’être encore. Le parti doit donner l’apparence de l’unité retrouvée, quand bien même un tiers au moins des militants et des sympathisants l’a déserté. Il lui faut donc rassembler, quitte à ordonner des purges discrètes, comme à Claude Bartolone pour fustiger la voix discordante de Malek Boutih sur le plan de relance proposé par la cheftaine… Un courriel est promptement parti de son bureau à l’Assemblée nationale pour appeler ses fidèles à réagir aux critiques tenues dans Le Parisien le 25 janvier.
Qui sera le prochain à faire les frais de ce grand ménage par le vide ? Un parlementaire nous présente Benoît Hamon : la gauche du parti n’a jamais été aussi faible. Mais sur le plan personnel, il a bien joué. C’est un des gagnants du congrès. Il a su placer ses amis aux postes-clé du PS et s’est assuré de la fonction de porte-parole. Les anciens présidents du MJS ou de l’Unef ont beaucoup de place dans la nouvelle direction. Il serait dommage qu’ils exercent une hégémonie, déplore Patrick Menucci, proche de Ségolène Royal. La prochaine victime expiatoire est peut-être désignée aujourd’hui même dans Libération…
La guerre est déclarée entre nos éléphants
Et quant à celle ici qui s’en sait l’héritière,
Son solde est liquidé par l’ennemie altière
Qui sait sonner la charge avant les olifants.L’enfer est à côté des instants triomphants,
Si limitrophe et peu crédible en la matière
Qu’il devient adéquat et pour la vie entière,
Ne les installons pas avec ce jeu d’enfants !Pourquoi ne pas ouvrir la moitié de l’affaire
À chacune en présent et en les laissant faire
Chacune à sa façon pour se mettre à la paix ?Jamais personne au fond n’y a vu l’avantage
Car la discorde est grande et leur litige épais
Dans l’essor du parti qui s’en retrouve otage.
Avec AFP, Reuters et Pif-Gadget.
