Quand Roger Karoutchi se fait Mousser

Quand Roger Karoutchi se fait Mousser

J’irai jusqu’au bout ! C’est ainsi que Roger Karoutchi affichait sa détermination pour emporter le droit de porter haut les couleurs du parti de la majorité présidentielle à l’assaut de la région Ile-de-France en 2010, alors même qu’un sondage défavorable semblait discréditer sa candidature au profit de Valérie Pécresse.

Sur l’ensemble des Franciliens interrogés, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, élue des Yvelines, allait même jusqu’à recueillir un total d’opinions favorables supérieur à l’actuel président de la région Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon. Valérie Pécresse obtint alors 35% de bonnes opinions contre 31% pour Jean-Paul Huchon et 15% pour Roger Karoutchi.

Tout le monde a eu vent de ce fameux sondage OpinionWay paru dans les pages du quotidien Le Figaro le 8 janvier a soulevé d’indignation du secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, qui lui conteste toute valeur. Roger Karoutchi met en doute les conditions de réalisation de l’enquête. Selon la fiche technique l’accompagnant, l’enquête a été réalisée les 7 et 8 janvier auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population francilienne âgée de 18 ans et plus.

Mais le pauvre homme assure que le mardi 6 janvier au matin circulent sur les bancs des députés UMP les résultats de ce sondage non encore réalisé, et même que le mercredi 17 décembre, dans l’hémicycle, le député socialiste Julien Dray annonce à Roger Karoutchi la publication d’un tel sondage début janvier avec les résultats exacts. Le lendemain de sa parution, Roger Karoutchi téléphonait à l’AFP : j’irai jusqu’au bout ; on veut faire joujou avec moi, eh bien moi je vais faire joujou !

En effet, Roger Karoutchi est allé jusqu’au bout, semble-t-il. Dès vendredi après-midi, le bruit circule après la mise en ligne d’un billet sulfureux par Élise Karlin sur le blog du service politique de L’Express : à 57 ans, ce membre du gouvernement Fillon, qui brigue la tête de liste UMP en Ile-de-France aux prochaines élections régionales, révèle son homosexualité dans le magazine L’Optimum. Ce magazine people, souvenez-vous, s’était déjà distingué l’été dernier en faisant sa couverture sur Jean Sarkozy, où le fils du patron expliquait dans les pages intérieures que son engagement politique dans les Hauts-de-Seine n’était pas téléguidé par son président de papa.

Et ce n’est que le début du plan média de Karoutchi ! Car le ministre prépare la sortie d’un livre qu’il publie chez Flammarion, Mes quatre Vérités (où il dit tout et plus encore, affirme un bandeau rouge sur la couverture). Dimanche, il sera l’invité de Thierry Demaizière pour l’émission 7 à 8 sur TF1, nous raconte Élise Karlin. Alors forcément, les notes et les articles plus ou moins savamment tournés sur le ton de la confidence surgissent et se multiplient sur le réseau mondial germanopratin, histoire de faire chauffer le buzz

Tout ça pour 3 pages dans un livre hagiographique prévu pour les jours prochains, fait mine de s’étonner le secrétaire d’État. Si je n’en avais pas dit un mot dans une autobiographie de 300 pages, on aurait dit tiens, il n’a pas de sphère privée. J’en ai une et je la vis bien, prétend Roger Karoutchi. Le fait est qu’il nous la baille belle, et le fera jusqu’à ce que le volume soit mis en rayon dans toutes les bonnes librairies. Il paraît que c’est pour faire la nique à sa rivale qui l’aurait outragé en affirmant pour résumer son programme politique : et je suis aussi une mère de famille avec 3 jeunes enfants. Mazette !

Roger Karoutchi, qui a pris sa carte à l’UDR en 1968, est pourtant un vieux routier de la politique, et sait bien qu’une campagne ne se fait pas sur des coups de com’ bidons et surtout qu’elle se gagne en labourant le terrain. Donner le dernier coup de rein plus d’une année avant la clôture des débats demeure le plus sûr moyen de se faire battre avant l’arrivée. C’est aussi ce qui s’est passé l’an dernier, lorsque notre brillant homme d’État ne faisait pas mystère d’arracher la commune de Nanterre au démon du communisme.

Juste après les vacances suivant les élections législatives, il battait en retraite le 18 septembre 2007 : ce n’est pas l’échec qui m’inquiétait. J’étais d’accord pour tout faire soit pour gagner, soit pour faire le meilleur score possible mais je suis bien conscient qu’à Nanterre, pour faire ça, il faut se battre pendant 6 mois, jour et nuit. Et Roger Karoutchi, dont les équipes collaient à tour de bras dans la foulée de l’euphorie de la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, a laissé Rachid Kaci se débrouiller tout seul pour récolter 14,33% des suffrages dans une ville ancrée à gauche depuis l’avant-guerre.

Ce n’est pas la première fois que Roger Karoutchi a préféré la facilité au courage politique. Déjà en 1995, il avait renoncé à briguer la mairie de ce bastion communiste où il était conseiller municipal depuis 1989 pour se replier sur des positions plus sûres à Boulogne-Billancourt et au Conseil régional d’Ile-de-France, tenus par la droite. Au final, il n’a encore jamais été élu sur son nom.

 

 


Ils ne font plus campagne à présent comme avant,
Avec de grands discours pour la foule en goguette
Dont les yeux sont juste au niveau de la braguette
En cherchant du regard si leurs mots font du vent !

Quand le front des tribuns est au mieux décevant
Avec leurs tics pas nets et ce stress qui les guette,
Nous les poussons avec plaisir vers l’échauguette
Où l’oubli les attend pour qu’on passe au suivant.

Si l’œil vise haut, mais par le bout de la lorgnette,
Nous les sentons flanquer des coups de patinette
Et tant de crocs-en-jambe au plus fort des débats.

Mais le pouvoir va leur presser le pamplemousse,
Quand le public se gausse en plus de leurs ébats,
Ils font n’importe quoi du moment que ça mousse.