Barack Obama pourra fermer les Banques après Guantanamo
Geste fort du président des États-Unis d’Amérique après avoir rebouché son stylo, Barack Obama a demandé à être informé tous les jours sur la situation économique par ses conseillers, a déclaré jeudi le porte-parole de la Maison blanche Robert Gibbs.
Évidemment, le départ de l’ancien patron de Merrill Lynch de son bureau doré de la Bank of America fait du bruit jusqu’à la Maison-Blanche. La semaine dernière, le gouvernement américain a octroyé une aide de 20 milliards de dollars à la plus grosse banque du pays pour absorber Merrill Lynch et annoncé le partage des pertes sur un montant de 118 milliards de dollars de dettes. Bank of America a racheté Merrill Lynch le 1er janvier 2009 pour 19,4 milliards de dollars. Kenneth Lewis et John Thain ont négocié la fusion en moins de 48 heures, le week-end durant lequel Lehman Brothers a déposé son bilan.
Bank of America avait menacé de ne pas racheter Merrill Lynch après le vote des actionnaires des 2 sociétés le 5 décembre, mais Lewis avait dit avoir fait l’objet de pressions de la part des autorités de régulation pour que la fusion aille à son terme. Bon nombre d’investisseurs et d’analystes ont reproché à Ken Lewis d’avoir surpayé la banque d’affaires et de n’avoir pas renégocié l’opération au moment où ses pertes sont apparues dans toute leur ampleur. Merrill Lynch a perdu 15,31 milliards de dollars au quatrième trimestre 2008. En outre, Bank of America a perdu elle-même 1,79 milliard lors du trimestre. Il s’agit de son premier déficit en 17 ans.
Plusieurs plaintes ont été déposées contre Bank of America cette semaine. La banque est accusée d’avoir conclu cette fusion en toute hâte ou encore de n’avoir pas révélé l’étendue des pertes à temps. Après avoir rejoint Bank of America, John Thain passait pour être candidat à la succession de Lewis et le bruit a couru qu’il n’avait pas l’intention de rester longtemps le subordonné de Ken Lewis, 61 ans. Selon les observateurs, le montant des pertes de avait rendu très précaire la situation de John Thain. La semaine dernière, le directeur général de Bank of America s’est montré effaré par l’ampleur des pertes liées aux crédits immobiliers et à certains encours douteux dans les livres de comptes de Merrill Lynch.
Il pourrait s’agir d’un épisode à mettre sur le compte des conséquences de la crise financière s’il n’était pas révélateur d’un malaise beaucoup plus profond au sein des milieux bancaires. Ainsi, le très sérieux quotidien économique The Wall Street Journal se fait en même temps l’écho des conditions d’attribution du plan d’aide aux établissements financiers américains demandé par George Bush à hauteur de 700 milliards de dollars et mis au point par son secrétaire au Trésor Henry Paulson. C’est totalement arbitraire, y déplore Mark Sanford, gouverneur de Caroline du Sud : si vous disposez du lobbyiste adéquat et du représentant qu’il faut avoir à Washington, ou tout simplement si vous avez mis la bonne cravate en vous rendant à Washington, alors vous avez droit à la tape en or sur l’épaule ! Ici et là, des témoignages amers se succèdent au bureau des pleurs et la nouvelle administration démocrate à la Maison-Blanche est déjà sollicitée pour injecter des fonds publics à nouveau.
Le public s’étonne, alors qu’en France également, un nouveau plan de relance est à l’étude, de constater que ses banques de dépôt engrangent des bénéfices tout en tendant la sébile au Trésor Public. Le fait est que le crédit hypothécaire a nourri de nouveaux produits financiers, les établissements financiers ouvrant de nouvelles lignes de crédit fondées sur des dettes. Une quantité disproportionnée de masse monétaire a été mise en circulation, mais elle n’est pas fondée sur une création équivalente de valeur. Les banques, engagées à proportion de leurs fonds propres sur les crédits consentis, se sont retrouvées incapables de faire face au retournement de situation qui s’est soudain produit à la mi-septembre 2008.
La chute brutale de l’activité à la fin 2008 conjuguée au ralentissement rapide de l’inflation alimente les craintes de déflation. Le taux d’inflation est tombé à 1,2% en décembre en France et à 1,6% dans la zone euro. Selon toute vraisemblance, il sera négatif en milieu d’année compte tenu de la chute des cours des matières premières, pétrole en tête, par rapport à leurs records de l’été 2008. Le baril de pétrole vaut dans les 40 dollars aujourd’hui, après avoir culminé à près de 150 en juillet 2008, malgré tous les efforts de l’OPEP pour relever son cours.
L’important pour les autorités est d’éviter que la baisse des prix engendre une modification des comportements des agents économiques propres à transformer un phénomène ponctuel en processus déflationniste, résument des économistes dans leur dernier point mensuel sur la conjoncture. Le vrai problème de la déflation, c’est quand on commence à avoir des baisses des salaires nominaux ; en France, ne serait-ce par les mécanismes d’indexation automatique du Smic, je n’y crois pas un instant et c’est pour cela que je ne crois pas au mécanisme d’une déflation, fait valoir Karine Berger, qui reconnaît qu’une nouvelle aggravation brutale de la crise économique l’amènerait à reconsidérer sa position dans un sens pessimiste.
La plupart des économistes et les banquiers centraux ne croient pas à ce scénario catastrophe en France et dans la zone euro. Emmenés par leur président Jean-Claude Trichet, les ténors de la Banque Centrale Européenne multiplient les déclarations rassurantes. Il n’y a pour l’heure aucune menace de déflation, a déclaré Jean-Claude Trichet mercredi, en se félicitant de la désinflation qui favorise le pouvoir d’achat. Et la Banque de France a publié jeudi matin une étude fort à propos qui écarte le scénario d’une déflation.
La dynamique des salaires reste bien orientée, les actions massives des banques centrales et des États tendent à stabiliser le système financier et à relancer l’activité, et les anticipations d’inflation restent fortement positives, prétend-elle : la déflation n’est pas possible si les ménages et les entreprises continuent d’anticiper une hausse des prix. C’est, sans ambiguïté, le cas aujourd’hui. Elle affirme que plusieurs mois d’inflation négative ne suffisent pas à produire une déflation et elle énumère des obstacles puissants à l’apparition d’un processus continu et entretenu automatiquement par la baisse générale des prix.
Si nos banquiers si perspicaces pour n’avoir pas diagnostiqué un phénomène qui se profilait depuis l’été 2007 avec la fameuse crise des subprimes nous assurent que tout va bien à bord, nous avons peut-être du souci à nous faire en ce qui concerne la bonne marche du navire économique. Et le profil bas affiché par nos chefs d’État respectifs paraît confirmer nos craintes. En France comme aux États-Unis, les plans sociaux se succèdent, laissant de plus en plus de gens sur le sable, et ce ne sont pas leurs indemnités de chômage qui leur permettront d’anticiper une hausse des prix !
La crise est comme une hydre avec ses tentacules
Serrant dans son étreinte un homme et son espoir
D’ouvrir le lourd carcan même avec son coupoir :
Tous ses essais sont sans succès, tous minuscules.Ses gestes désordonnés sont beaux, mais ridicules
Avec l’amour qu’ont ces mineurs dans l’égrappoir
Pour leurs outils pas plus aigus qu’un vrai guipoir,
Mais dans l’attente, ils les ont mis sur les bascules.Quand l’usurier vient voir ici ces grands gaillards,
Il leur dit bien qu’ils ont tout l’allant des vieillards
Et qu’il ne peut pas plus pour remplir leur pécule !Nous connaissions tout l’art matois des chevillards
En montrant des remords pour que l’argent circule :
Voilà qui fait marcher bien droit les gens braillards.
Avec AFP, Reuters et Pif-Gadget.