Ce que Barack Obama ne nous a pas (encore) dit

Ce que Barack Obama ne nous a pas (encore) dit

L’investiture du 44ème président des États-Unis suscite une attente exceptionnelle dans le monde entier, nous rapporte la presse, en nous relatant les moindres faits et gestes qui précèdent le moment tant attendu où Barack Obama doit prêter serment sur la bible d’Abraham Lincoln mardi 20 janvier. Et les journaux y voient dans chacun de nouveaux symboles.

Point d’orgue de cette cérémonie dont l’importance paraît déterminer notre avenir, le discours que le nouveau président a l’intention de prononcer à l’endroit même où Martin Luther King s’est exclamé qu’il avait fait un rêve : I have a dream… Un songe prophétique rappelant les Écritures, où le loup et l’agneau seraient appelés à manger dans la même auge, et que chacun croit toujours près de se réaliser.

En fait, ce seront peut-être les dernières paroles que nous entendrons de lui réellement méditées par le président élu. Barack Obama s’attache d’habitude à leur rédaction, et ce sera certainement le cas mardi, mais ses nouvelles fonctions le retiendront ensuite loin de l’écritoire, et il n’aura que plus besoin des talents de Jon Favreau pour porter sa plume. Ce jeune homme de 27 ans travaille dans l’ombre du candidat démocrate depuis 3 ans. Il n’en avait que 22 lorsque, stagiaire au service de John Kerry dans sa campagne de 2004, il est sollicité pour écrire les discours du candidat qui venait d’être déserté par ses rédacteurs après sa défaite dans l’Iowa.

Jon Favreau lui a été recommandé par Robert Gibbs, son directeur de la communication. Il a pour atout, aux yeux de son mentor, une expérience du travail communautaire, un domaine où Barack Obama lui-même, a fait ses classes à Chicago : parallèlement à des études en sciences politiques à Holy Cross, une institution catholique du Massachusetts où il est né, Jon Favreau a lancé un service de bénévolat pour la défense des droits à l’assistance sociale alors que l’État menaçait d’en priver les bénéficiaires pour les forcer à trouver un emploi. La confiance de Barack Obama en Jon Favreau est telle que même la controverse qu’a déclenchée une photo de l’intéressé en train de faire un geste déplacé devant un portrait d’Hillary Clinton ne l’a pas affecté.

Mais Barack Obama reste cependant le seul maître de ses paroles dans les moments cruciaux, comme il l’a démontré en mars dernier, lorsqu’il a mis sa campagne entre parenthèse pendant 3 jours pour se consacrer à l’écriture d’un discours très applaudi sur la question raciale. Le discours faisait écho à des remarques très polémiques de Jeremiah Wright, son pasteur à Chicago. C’est sans doute également depuis longtemps qu’il médite celui qu’il tiendra sur les marches du Lincoln Memorial, et chacun imagine la part d’émotion qui l’étreint dès lors qu’il mettra ses pas dans ceux de ses prédécesseurs les plus illustres.

Les professeurs d’université américains le disent : Barack Obama est capable de faire appel à la raison en même temps qu’à l’émotion, et tout le monde attend avec impatience un discours plein de passion et d’espérance. C’est ainsi que John F. Kennedy avait demandé aux citoyens américains de ne pas se demander ce que leur pays pouvait faire pour eux, mais ce qu’ils pouvaient faire pour leur pays ! De la même manière en 1933, confrontée à la Grande Dépression, le président Franklin D. Roosevelt avait lancé à la foule : la seule chose dont nous devons avoir peur c’est de la peur elle-même… Le peuple américain et Barack Obama, de nouveau, doivent faire face à une crise économique parmi les plus dévastatrices de notre histoire.

Abraham Lincoln n’a pas pu empêcher une guerre civile fratricide qui laissa 620.000 morts sur les champs de bataille, et Barack Obama s’est déclaré décidé à mettre fin à la guerre en Irak, où plus de 4.000 Gi’s sont déjà tombés, et 31.000 blessés. Or les États-Unis, s’ils n’ont pas connu de conflit armé sur leur sol, ont bien été confrontés à la guerre le 11 septembre 2001, et ressentent l’agression terroriste d’Oussama ben Laden comme un acte de guerre. Et d’une manière générale, 8 années de politique économique libérale ont laissé le pays exangue. Barack Obama a récemment souligné la gravité de la situation économique et n’a pas exclu un taux de chômage à deux chiffres, soulignant qu’une telle crise ne pouvait être réglée du jour au lendemain.

Il a promis d’agir vite, et de s’occuper des problèmes du monde en même temps que des questions intérieures, et déjà de toutes parts, des voix l’ont pressé de prendre position sur l’agression israélienne à Gaza. On attend énormément de l’administration Obama, cela ne s’était jamais vu à ce point. Il est considéré comme le sauveur du pays, explique William Keylor, professeur d’histoire à l’université de Boston : quoi qu’il fasse, il sera toujours au-dessous des attentes extraordinaires qui ont été placées en lui.

 

 

La route est longue avant le bout de nos chemins,
Car le monde est en crise et la crainte est partout
Tout file et nous fait peur ailleurs, et puis surtout
L’argent nous pèse à fuir encore entre nos mains.

Tant il nous tarde en plus de voir les lendemains
Vibrer de l’espérance et pour son moindre atout,
Je doute aussi d’apprendre avec un touche-à-tout
Que tout n’est pas possible au sujet des humains.

Nous ne devons céder quand les gens sont à bout
Qu’un seul pas de terrain où le courroux qui bout
Nous a fait perdre un peu d’orgueil et nos moyens.

Tout est en nous sans doute à laisser dans le coup
Ce qui n’a pas bien pris dans l’art de nos doyens,
Or, en ce qui nous tient nous y devons beaucoup…

 

Avec AFP, Reuters et Le Journal de Mickey.