Témoignage sur le tourisme de la mort : "J’ai accompagné ma soeur"

Témoignage sur le tourisme de la mort : "J'ai accompagné ma soeur"

Daniel Gall est un acteur de télévision français connu pour avoir doublé les voix notamment de l’adjoint de l’inspecteur Derrick (Harry Klein), d’Actarus dans Goldorak, de Lennie Briscoe (interprété par Jerry Orbach) dans New York District, ou encore de David Banner dans "L’Incroyable Hulk", pourtant c’est une autre voix qu’il nous fait partager dans " J’ai accompagné ma soeur", un témoignage bouleversant et pudique sur le tourisme de la mort.

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Présentation de l’éditeur

« Ma soeur, ma chère soeur, je te tiens la main et te regarde à travers des larmes que je ne peux plus retenir. Ton sourire s’efface, ta bouche s’entrouve, tes yeux se ferment. Une dernière fois, tu respires longuement, puis c’est fini. Cette mort volontaire, tu la souhaitais, la revendiquais depuis des mois et je n’ai pas su t’en dissuader. Tu refusais l’idée de ta déchéance, ne supportais plus les souffrances de la maladie. Aujourd’hui, j’ai accompagné tes derniers instants, témoin impuissant d’un insupportable suicide assisté... »

Chaque année des centaines d’Européens effectuent un voyage sans retour en Suisse pour mettre fin à leurs jours. La Confédération helvétique est en effet l’un des seuls pays au monde à ne pas réprimer le suicide assisté. Il y a un an, après des mois d’hésitation, Daniel Gall a accepté d’accompagner sa soeur dans cette traversée vers une mort choisie. Entre refus et compréhension, espoir et indignation, il nous offre un récit d’une grande pudeur sur cette expérience douloureuse.
Un témoignage qui interroge notre rapport à la vie et relance le débat sur l’euthanasie.

Notre avis :

"J’ai accompagné ma soeur" raconte le dernier voyage à Zurich de Geneviève et Yves PENINOU, médecins de 81 et 86 ans qui ont décidé de mourir en Suisse grace au système mortifère imaginé et organisé par l’Association DIGNITAS. Daniel Gall est là pour vivre les dernières heures de sa soeur et de son beau-frère. Ce livre a été construit à partir des notes de Daniel écrites de l’automne 2007 au printemps 2008, notes qui n’ont pas été enjolivées comme le dit l’auteur lui-même.

Le livre commence par évoquer dans son prologue le processus de mort en suisse puis revient en un flash back très sensible et pudique sur la genèse de cette volonté de mourir ainsi, sur le lien d’un frère et d’une soeur, sur les questionnements que l’on peut avoir par rapport à l’euthanasie.

Une mort volontaire, certes mais qui va se faire dans des conditions terribles au sein d’une organisation parfois cynique qui ne fait que peu de cas de ses clients en partance vers l’Au-dela. On y découvre une zone commerciale glauque et sans âme, un personnel peu chaleureux, de la paperasse pour éviter les poursuites judiciaires, de la tristesse en camaïeu noir et gris.

Daniel Gall offre un témoignage unique, son drame familial devient ainsi universel et nous interroge sur notre rapport à la vie, à la mort. Que ferions-nous dans un tel cas, peut-on accepter d’arriver à une telle extrémité pour un de ses proches ou soi-même ?
Un livre qui, espérons-le, relancera le débat sur une normalisation européenne sur l’euthanasie et mettra la focale sur des systèmes autorisés par la loi mais insuportables pour la condition humaine.
A lire absolument.

J’ai accompagné ma soeur, Daniel Gall, 160 pages, Michalon, 15 €

le 13/01/2009
Impression

3 Messages

  • 14 janvier 2009 11:05, par pmrb

    Je viens de vivre la mort de ma soeur, que j’aimais profondément, et qui elle aussi aurait voulu mourir avant d’être vaincue par la déchéance de son corps.
    La question essentielle à se poser est celle-ci : aimons nous assez nos proches pour les aider à vivre la fin de vie qu’ils souhaitent ? Ne devons nous pas passer par dessus notre propre souffrance de perdre un être cher pour lui offrir la fin de vie qu’il souhaite ? Dieu sait si ma soeur me manque, mais j’ai le plus grand remords de ne pas lui avoir fait le cadeau qu’elle espérait.
    DIGNITAS est la seule organisation au monde à donner à tout un chacun la possibilité de se suicider autrement que par un moyen violent. Si quelqu’un trouve que cette organisation ne fait pas bien son travail, qu’elle lui fasse concurrence en faisant mieux. Et qu’il me le fasse savoir. Merci d’avance.
    • Témoignage sur le tourisme de la mort : "J’ai accompagné ma soeur" 25 janvier 2009 22:18, par Cornette Véronique

      Je comprends votre sentiment, mais je pense que cela vaut la peine de lire ce livre en entier pour avoir une vision éclairée de la façon dont l’association Dignitas ’travaille’ ...
      Je pense que ce livre plaide justement pour qu’il puisse exister quelque chose de mieux.
      VC
  • 26 janvier 2009 08:48, par Esprit, es-tu la ?

    La mort choisie est peut être une solution pour les gens qui souffrent tant qu’aucune autre issue ne parait aussi souhaitable, rapide et facile.
    Néanmoins il me semble probable qu’une autre vie après la vie est possible, que rien ne s’achève définitivement, qu’une autre perception de l’univers se produit au moment du trépas. Faut-il volontairement quitter ce monde par tant de souffrances ou bien accepter la déchéance, attendre et retrouver le pur esprit que nous fûmes. Les grands médecins ont une connaissance approfondie du corps humain mais l’esprit reste encore une énigme totale. Mystère ...