Théâtre : L’AVARE…

Théâtre : L'AVARE…

« L’Avare » (1668), comédie de Molière en cinq actes et en prose, s’offre une nouvelle jeunesse. Après l’excellent « Amerika » (2008), Nicolas Liautard nous propose une réjouissante adaptation d’une des pièces cultes du roi du théâtre classique.

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« Bof l’Avare ! Ah oui Harpagon, le vieux grigou qui cache sa cassette !… J’ai vu ce truc poussiéreux il y a longtemps à l’école », tel pourrait être le leitmotiv légèrement désappointé de l’individu lambda.

Eh bien non ! Cette pièce, qui a priori nous renvoie aux spectacles de cour de préau et à des parfums lointains de naphtaline hérités du XVIIe siècle, vaut encore le déplacement. Il s’agit quand même d’un animal extraordinaire. Lequel ? le sieur Harpagon. Il faut juste approcher la bête. Certes Harpagon est un sacré vicelard doublé d’un morfal, une sorte de Cronos dévorant les énergies : celle des (grands) enfants (Elise et Cléante), celle des femmes esseulées (Mariane), celle des domestiques (La Merluche, maître Jacques). Mais la bête est loin d’être sotte : Harpagon s’avère plutôt rusé, intuitif ; en outre, il se révèle habile charmeur avec la bonhomie indulgente, propre aux purs radins.

Le metteur en scène Nicolas Liautard a côtoyé le monstre : « Nous sommes dans un film de Lars von Trier : Harpagon n’est pas l’Avare, il est juste avare c’est-à-dire sous l’emprise (sous l’influence) d’une « passion » comme dirait la philosophie classique, la passion de l’argent. » L’argent ! élément clé de la comédie de Molière, réceptacle de toutes les attentes, de tous les désirs. « L’Avare » peut même se concevoir comme une pièce sur le désir, mais un désir fou, violent et irrationnel, greffé au délire égocentrique d’Harpagon. Finalement, l’argent sert de prétexte. Sans doute, la jouissance d’Harpagon réside ailleurs – dans la souffrance qu’il inflige aux autres ?

Curieusement le désir de mort d’Elise et Cléante se formule timidement. Tuer le père ? impossible pour des enfants, à la fois bons et infantilisés, soumis aux caprices d’un Harpagon/Cronos, ne reconnaissant comme unique loi que soi-même. D’ailleurs tout l’entourage d’Harpagon semble happé par la spirale mortifère. La surprenante fin de l’acte V – que l’on ne dévoilera pas – atténue le pessimisme de cette pièce, très habilement mise en scène par Nicolas Liautard et propulsée par d’excellents comédiens.

durée : 2 h

L’AVARE de Molière

Mise en scène de Nicolas Liautard

5 janvier – 1er février 2009
du mardi au samedi 20 h – le jeudi 19 h – le dimanche 16 h
relâche le lundi

Théâtre d’Ivry Antoine Vitez – 1, rue Simon Dereure 94200 Ivry
Métro (ligne 7) : Mairie d’Ivry – RER C Ivry

www.theatre-quartiers-ivry.com

le 07/01/2009
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