Les Démocrates ont mis des Bâtons dans les Roues de Barack Obama
Confortablement élu, mais pas encore en fonction, Barack Obama s’impatiente d’avoir les cartes en main. Le laissera-t-on un jour prochain maître du jeu ? Rien n’est moins sûr, à voir les congressistes démocrates chercher à tempérer l’ardente ambition du nouveau président américain.
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Soucieux de ne pas brouiller la donne, Barack Obama n’a pas souhaité s’exprimer sur la situation conflictuelle dans la bande de Gaza, laissant à George Bush brûler ses dernières cartouches pour soutenir le point de vue israélien, et Nicolas Sarkozy le soin de jouer les utilités. Il met néanmoins un point d’honneur à régler les détails de son investiture, jusqu’à chercher à organiser des bals populaires au soir du 20 janvier, avec des tickets à prix réduits pour les habitants de la capitale qui n’ont pas été conviés aux dizaines de soirées mondaines déjà prévues.
Les préoccupations du nouveau président des États-Unis sont plus concrètes, et concernent le quotidien de ses concitoyens, à commencer par le sien : Blair House, la demeure ordinairement réservée aux hôtes de marque de la présidence étant actuellement occupée, Barack Obama, sa femme et ses 2 filles ont posé leurs valises à l’hôtel Hay-Adams, situé à deux pas de la Maison-Blanche. D’autre part, il entend se consacrer entièrement au plan de relance de l’économie américaine, et dépenser les 775 milliards de dollars prévus.
Il a rencontré lundi les leaders démocrates de la Chambre des représentants et du Sénat, ainsi qu’un groupe d’élus influents comprenant des républicains. L’espoir qu’il avait nourri de voir adopté le plan de relance de l’administration sortante par le Congrès avant la fin de l’année écoulée s’étant évanoui, il ne saurait être en mesure de le signer dès son entrée en fonction. Nous sommes ici aujourd’hui parce que les affaires du peuple ne peuvent pas attendre. Un extraordinaire défi économique nous attend, a déclaré Barack Obama juste avant de voir Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre. Mais le nouveau président n’a encore rien tenté qu’il est déjà empêché !
Robert Gibbs, son porte-parole, a reconnu dimanche soir qu’une telle hypothèse était désormais très, très improbable. Barack Obama souhaite créer 3 millions d’emplois : les économistes de toute tendance politique conviennent que, si nous n’agissons pas rapidement et fortement, nous pourrions avoir une crise économique bien plus profonde qui pourrait conduire à un taux de chômage à deux chiffres et mettre le rêve américain de plus en plus hors de notre portée, a-t-il déclaré samedi dans un message diffusé à la radio et sur YouTube.
Une grande partie du plan de relance envisagé doit être consacrée à des dépenses d’infrastructures : réfection de ponts et de routes et programmes visant à réduire la consommation énergétique et à moderniser le réseau informatique du système de santé. Mais il devrait aussi inclure des baisses d’impôts de 1.000 dollars pour les couples et 500 dollars pour les célibataires, ainsi qu’une aide de 200 milliards de dollars aux États de l’Union, destinée notamment au financement de Medicaid, programme d’assurance santé pour les plus démunis, et plus de 100 milliards pour les entreprises, selon un responsable de l’équipe de transition.
Mais le leader des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a prévenu dimanche qu’il ne signerait pas de chèque en blanc. Au sujet du plan de relance proposé par Barack Obama, il a déclaré sur la chaîne ABC : nous voulons nous assurer qu’il peut réellement atteindre l’objectif. Le président élu et ses alliés espèrent un large consensus pour faire passer les réformes. Mitch McConnell et le chef de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid savent qu’on ne peut pas faire passer le plan de relance dont le pays a désespérément besoin sans une coopération entre démocrates et républicains, a relevé le sénateur démocrate de l’Illinois Dick Durbin.
Les républicains, en l’occurrence, vont être en mesure de vendre chèrement leur soutien à l’administration démocrate. En plus du splendide croc-en-jambe initié par Rod Blagojevich, Barack Obama a essuyé un nouveau revers depuis son élection, avec la décision dimanche du gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson de renoncer à devenir son secrétaire au Commerce en raison d’une enquête fédérale pour corruption dans la passation de marchés publics susceptible de le mettre en cause.
Le plan de sauvetage proposé par l’administration sortante n’avait pu être adopté rapidement en raison de la campagne électorale à l’automne dernier. On avait vu alors les républicains se démarquer de George Bush, dont le bilan économique se révèle un désastre. Il semble que de la même manière, les élus démocrates rechignent à donner un blanc-seing à leur leader à la Maison-Blanche, plus sûrs de mieux mesurer leurs ambitions dans un monde stable quoique déprimé. De toute façon, ils sont certainement très satisfaits d’avoir confié le sale boulot à un nègre.
La question reste urgente et rien ne sera fait
Assez vite en dépit de la grande impatience
Qui s’est partout montrée avec la déficience
D’un marché mal famé mais de lui satisfait !Le problème est critique et tout est contrefait
Dans une économie idiote et sans conscience
Et pour lui donner sens, il faut de la patience
Quand nos agitations sont souvent sans effet.L’élu du peuple aurait aimé marcher plus vite,
Mais ses vieux partisans lui ont dit qu’il lévite,
Et lui font donc reprendre un train de sénateur.Ils lui ont fait valoir que s’il en meurt d’envie,
Eux se sont obligés d’attendre un bienfaiteur :
La relance est en panne et doit rester sans vie.
Avec AFP, Reuters, La Semaine de Suzette et Le Journal de Mickey.
