Guantanamo supprimé ? Pas la Torture

Guantanamo supprimé ? Pas la Torture

Conformément à ses engagements de campagne, Barack Obama s’est donné 2 ans pour fermer le camp très controversé de Guantanamo dans une interview accordée au magazine américain Time, qui lui a décerné le titre d’homme de l’année. Mais les actes de torture qui y sont pratiqués ne devraient pas pour autant être interdits.

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Robert Gates, l’actuel et futur Secrétaire à la Défense s’est immédiatement mis en quatre pour étudier comment il serait possible de fermer ce lieu de détention et de jugement des suspects de prêter main-forte au terrorisme islamique. Guantanamo est une enclave sur le territoire cubain, une base de la marine américaine louée pour 99 ans, elle abrite depuis les attentats du 11 septembre 2001 et l’engagement des États-Unis en Afghanistan un centre de détention qui prête à controverse.

Destiné aux individus soupçonnés par Washington de liens avec Al-Qaïda ou les talibans, il est devenu le symbole des excès de la guerre contre le terrorisme lancée par George W. Bush. Contre tous les principes de la justice américaine, ces hommes sont détenus pour une durée illimitée sans chef d’inculpation. Déclarés combattants ennemis par un tribunal militaire, ils ne disposent que depuis juin 2008 d’une possibilité de recours devant un tribunal fédéral.

Les conditions de détention des suspects sont particulièrement dures à Guantanamo, des pressions psychologiques et physiques y sont régulièrement pratiquées sur les prisonniers afin de leur ôter tout repère dans l’espace et le temps. Même le diable n’aurait pu créer un endroit aussi mauvais, a expliqué Mustafa Ait Idir, un des 5 ex-détenus d’origine algérienne récemment libérés de Guantanamo sur décision de la justice américaine. Il assure avoir été interrogé et battu plus de 500 fois pendant son incarcération, sans compter les humiliations : ils injuriaient nos familles, notre religion, notre Dieu.

Il a fait partie d’un groupe de 6 résidents bosniaques d’origine algériens arrêtés fin 2001 par les autorités bosniaques et soupçonnés de préparer un attentat contre l’ambassade américaine de Sarajevo. Les prévenus ont été transférés en janvier 2002 vers le camp de détention de la base navale américaine de Guantanamo, à Cuba. Près de 7 ans après l’ouverture de cette prison, un juge américain, Richard Leon, a reconnu en novembre que cinq de ces six hommes y étaient enfermés illégalement, et a ordonné qu’ils soient libérés. Le sixième détenu du groupe bosniaque, Belkacem Bensayah, s’est vu, lui, refuser sa libération.

 

Un autre détenu, Mohamed al-Kahtani, homme d’affaires saoudien soupçonné d’avoir tenté d’entrer aux Etats-Unis en 2001 afin de devenir l’un des pirates de l’air du 11 septembre, a été torturé pendant 49 jours, du 23 novembre 2002 au 11 janvier 2003, à raison de 20 heures par jour. Il a été soumis à de longues périodes de privation de sommeil, placé nu dans une chambre froide, humilié sexuellement, menacé par des chiens, traîné en laisse à quatre pattes, bombardé de musique… pendant que des médecins lui injectaient des produits pour qu’il se tienne en éveil plus longtemps. Il est devenu pratiquement fou. Des enquêteurs militaires du Département américain de la Défense ont estimé, en 2006, qu’il serait impossible de juger le suspect en raison du traitement qu’il a subi. Tous les chefs d’inculpation à son encontre ont été abandonnés en mai 2008, sans explication.

Le camp de Guantanamo est une solution pratique, parce que les États-Unis adhèrent à la Convention de Genève, mais la torture permet parfois d’obtenir des aveux ou des renseignements que les forces engagées en Irak et en Afghanistan utilisent pour lutter de façon plus efficace contre les talibans. La question cruciale est donc d’éviter que de tels actes soient pratiqués sur le sol américain, une façon comme une autre de s’en laver les mains. Dans une interview télévisée mercredi soir, Robert Gates a assuré que le Pentagone pouvait trouver des alternatives, mais que le Congrès allait devoir légiférer pour empêcher les anciens détenus d’émigrer sur le sol américain : certains de ces individus sont très dangereux, et nous ne voulons pas qu’ils viennent aux États-Unis ! Le Portugal s’est dit prêt à aider Barack Obama en accueillant des prisonniers, et a appelé les autres pays européens à faire de même.

En 2005, la presse avait déjà rapporté qu’un vaste réseau avait été organisé par la CIA afin de pourvoir aux détentions arbitraires. Des bases militaires de nations alliées, comme la Pologne, seraient utilisées de la même manière que Guantanamo pour y détenir des suspects du terrorisme islamique. Des avions français auraient également participé au transports de tels prisonniers… Mais bien entendu, personne n’a encore jamais eu le fin mot de cette affaire. Si certains actes de torture ont été légitimés par l’Administration américaine, comme l’immersion prolongée, d’autres pays ne s’embarrassent pas de lois tâtillonnes.

Ainsi, les Afghans capturés par les soldats canadiens et transférés aux autorités locales ne peuvent invoquer la charte canadienne des droits et libertés pour se protéger contre la torture, a tranché la Cour d’Appel fédérale. Dans une décision unanime rendue jeudi, les trois juges ont rejeté la contestation judiciaire d’Amnesty International et de l’Association des Libertés civiques de Colombie-Britannique. Les organisations de défense des droits de l’homme ont été consternées par cette décision. Dans la poursuite originale, elles soutenaient que le fait que des soldats canadiens transfèrent des détenus afghans aux autorités locales sans obtenir l’assurance qu’ils ne seront pas torturés.

 

 


Leur camp cubain devrait fermer, mais la torture
N’est pas à terme au cœur de leurs justes tracas :
Les prisonniers seront certains de voir leurs cas
Traités dans le plus grand souci d’une imposture.

Ceux qu’ils ont pris verront un terme à l’aventure
Dans ces lieux mal famés aux mains des avocats,
Mais le sort des prochains n’auront pas ce fracas,
Pas mieux traités au même endroit de leur capture.

Au centre est seul l’honneur qu’un sol américain
Ne saurait être un lieu pour tout ce saint-frusquin,
Mais ailleurs tout le monde est sous l’effet du pire.

Dans ce champ de bataille un peu trop loin de tout,
Se joue en fait de guerre un remords dans l’empire
Le droit qu’il a fait sien n’est plus son seul atout…

 

le 20/12/2008
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