Début de l’Opération navale contre les Pirates en Somalie

Début de l'Opération navale contre les Pirates en Somalie

L’opération Atalante a débuté ce matin sans tambours ni trompette pour faire échec à la piraterie au large des côtes somaliennes. Dans ce pays ravagé par la guerre et la famine depuis 1991, aucune idée n’a été trouvée pour restaurer un semblant d’ordre et de paix, sauf à empêcher les tribunaux islamiques d’imposer le leur.

L’Union Européenne a mis en œuvre une opération navale en vue de protéger les navires de commerce qui empruntent le détroit de Bab-el-Mandeb qui communique avec la mer Rouge. Les attaques de pirates somaliens constituent une menace croissante pour la navigation dans la zone du golfe d’Aden et la Corne de l’Afrique. Au cours de la seule année 2008, sur 83 navires pris d’assaut, 33 ont été détournés, et 200 membres d’équipage ont été pris en otage, ce qui dissuade de nombreux armateurs de passer par la mer Rouge et le canal de Suez.

Les primes d’assurance ont augmenté sérieusement en raison de l’insécurité du trafic dans cette zone, bien qu’il soit très difficile de connaître exactement le montant de cette hausse. Par ailleurs, les pirates s’attaquent à présent à des proies de choix, après s’être contentés de yachts de plaisance et de caboteurs. On se souvient du déploiement de forces nécessaires à la libération des otages du voilier de croisière Le Ponant au printemps dernier… Les pirates, qui retiennent encore un supertanker rempli de pétrole saoudien, ont après négociation, baissé leurs prétentions à hauteur de 12 millions de dollars. Ils prévoyaient initialement d’en tirer 25 millions !

Si l’armateur saoudien a trouvé un terrain d’entente avec les ravisseurs, et pensait fin novembre que la question sera réglée dans trois ou quatre jours, les affaires de ce genre demeurent assez aléatoires, et les pirates somaliens paraissent assez brutaux pour mener les leurs. Les marins d’un chimiquier japonais ont ainsi vécu une expérience éprouvante pendant 2 mois, et ils ont déclaré à leur libération le 16 novembre que ces deux derniers mois ont été un enfer. Nous n’étions autorisés à passer sur le navire que pour prendre une douche, pas plus de deux personnes à la fois ; les pirates étaient sévères avec nous, nous ne pouvions rien faire sans autorisation ! Ils ont été rendus à la liberté après paiement d’une rançon de 2,5 millions de dollars.

Bien entendu, la lutte contre la piraterie est légitime, et un navire de guerre pourchassant des pirates est sous juridiction internationale ; une fois soupçonné de piraterie, le navire pourchassé peut être attaqué et arraisonné indépendamment de son appartenance, estime un juge au Tribunal international du Droit de la Mer à l’ONU. En revanche, il est bien plus délicat de s’en prendre aux pirates dès qu’ils ont mis pied à terre. Le vice-amiral Gérard Valin, commandant de la flotte française dans l’océan Indien n’est pas dupe, et confie que la lutte contre la piraterie se termine toujours à terre, ce qui pose un problème de droit que les nations civilisées ont du mal à transgresser.

Lors de l’assaut pour libérer les marins en otage à bord du voilier le Ponant, les forces françaises ont pourchassé les pirates sur le territoire somalien, et ont même récupéré une partie du butin lors d’une opération éclair menée en hélicoptère. Nous avons appris a posteriori que celle-ci s’est déroulée avec l’accord des autorités locales, mais il faut bien reconnaître que leur poids ne pèse pas grand-chose au niveau international, ni même sur leur propre territoire. La Somalie est un pays quasiment livré à lui-même, et le gouvernement légal s’est déplacé de Nairobi, au Kenya, à Addis-Abeba, en Éthiopie, après l’invasion de la Somalie par l’armée éthiopienne à la fin de l’année 2006. Il ne tient en réalité que quelques quartiers de la capitale somalienne, Mogadiscio.

La population, essentiellement agricole et pastorale, est aux prises avec des chefs de guerre qui se sont taillés des fiefs, et les tribunaux islamiques, dont l’influence est grande et qui ont déjà réussi à prendre le pouvoir, mais l’interdiction qu’ils ont opposés à mâcher du kat, un psychotrope local, a provoqué une vive réaction populaire à leur encontre. En revanche, hantés par les fiascos militaires des opérations des États-Unis et des Nations-Unies à Mogadiscio dans les années quatre-vingt-dix, les nations occidentales se gardent toutefois d’envisager une action terrestre d’envergure en Somalie.

Les Américains entretiennent un contingent de 3.000 hommes à Djibouti, et la France conserve une certaine influence dans la région, ainsi qu’une force armée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même… Sans les militaires américains et leurs moyens technologiques de surveillance, l’expédition française pour libérer les marins prisonniers sur Le Ponant n’aurait pu avoir lieu… 11 bâtiments de guerre et 3 avions de patrouille maritime sont à présent déployés sur zone, et servent essentiellement à escorter les navires de commerce et ceux du Programme alimentaire mondial (PAM) qui ravitaillent les populations civiles. La structure de commandement, jusqu’alors civile à Bruxelles, est passée aux mains des militaires, et supervisée par le vice-amiral Philip Jones et basée à Northwood, au Royaume-Uni.

Des bateaux de nombreux pays, dont des navires américains de la Task Force 150 d’appui aux opérations en Afghanistan, participent aussi à la sécurisation de la zone, mais leur rayon d’action est limité : chaque navire couvre à peine 1% de la zone dangereuse, évaluée à 2,1 millions de km². Elle sert aussi à établir un cordon sanitaire au large du territoire somalien, afin que les pirates, suspectés de liens avec le réseau Al Qaïda d’Oussama ben Laden, n’essaiment dans l’océan Indien, dans les Comores, à Zanzibar et au Kenya, où le pouvoir a du mal à rester en place… Quant au gouvernement somalien en exil, son activité apparaît de plus en plus fantoche, et nombreux sont les diplomates qui parient sur sa dissolution dans les mois qui viennent. L’opération Atalante aura peut-être le mérite de précipiter les choses.

 

 


À nouveau, sur les mers ont surgi les pirates
Car le progrès social n’a pas atteint des gens
Issus de ces terroirs si loin d’être émergents,
Privés de biens, hormis la foison de sourates.

Les lois d’ici ne sont plus rien que scélérates,
Si nous n’avons d’autre à offrir aux indigents
Que le coup de canon pour accords diligents,
Mais déjà, nos secours ne sont plus disparates.

La pauvreté n’engendre au fond de sentiment
Que celui d’être avide et de prendre aisément
Ses désirs pour le vrai et le fond fait la forme.

Ainsi, la canonnière a de beaux jours sur l’eau
Devant elle, et sans fard l’amiral nous informe
Qu’il ne peut pas gagner la guerre en pédalo…