La Guerre des deux Roses est déclarée au PS
71% des Français estiment que le Parti socialiste va rester divisé après l’élection de Martine Aubry à sa tête, selon un sondage publié cette semaine par le gratuit Metro. Cette opinion est également majoritaire chez les sympathisants, qui la valident à 60%. N’en déplaise à de nombreux experts qui s’empressent de pronostiquer la débandade autour de la présidente de la région Charentes-Poitou, les électeurs conservent une bonne image de la candidate socialiste aux élections présidentielles, laquelle entend bien récidiver.
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Lorsque Vincent Peillon, interrogé par le Figaro, estime que l’annonce prématurée de sa championne à propos de la prochaine échéance présidentielle répond à des logiques sans doute un petit peu contradictoires, nous pouvons y voir la marque du bon sens, mais les commentateurs se précipitent pour faire état de dissensions dans le camp Royal… Quand Jean-Noël Guérini dit qu’il ne ferait rien pour empêcher la Première secrétaire de travailler, Le Parisien s’empresse d’y voir un désaveu de la fédération des Bouches-du-Rhône vis-à-vis de la candidate défaite. Et si Robert Navarro, Premier secrétaire fédéral de celle de l’Hérault récuse l’espoir de Manuel Valls d’en découdre devant les tribunaux, tout le monde y voit le retrait des militants du midi, et Georges Frêche, leur symbole déchu…
Les choses ne sont pas si simples, et il convient d’abord de considérer ces prises de position de tribuns socialistes — dont le métier est avant tout de parler — à l’aune de l’évolution d’une actualité riche en rebondissements ces dernières semaines au PS. Ces propos conciliants à l’égard de Martine Aubry sont certainement tenus en signe d’allégeance, et la bonne volonté de ceux qui prétendent qu’il n’y a pas deux partis socialistes est déjà marquée par l’espoir de ne pas être mis au placard séance tenante. Nous sommes totalement disponibles pour prendre toute notre place au sein du Parti socialiste ; nous voulons faire pleinement partie de la direction, a repris vendredi Manuel Valls, l’un des premiers lieutenants de Ségolène Royal lors d’un point de presse au siège de ses partisans, boulevard Raspail.
Martine Aubry doit rencontrer sa rivale samedi 29 novembre afin de négocier un modus vivendi qui doit forcément passer par des propositions de la Première secrétaire en terme de postes au sein de son équipe dirigeante, dont la liste sera rendue publique à la fin de la semaine prochaine. Le rassemblement qu’elle a prôné lors de son discours d’investiture est non seulement souhaitable pour tous les socialistes, mais nécessaire pour que la nouvelle direction conserve en apparence une légitimité sans faille. Tout comme Nicolas Sarkozy après son élection à la magistrature suprême, et d’une manière beaucoup plus urgente, l’ouverture est devenue bien plus qu’une ardente obligation, selon la formule de François Mitterrand !
Martine Aubry doit néanmoins composer avec les différentes tendances qui l’ont soutenue. Les tractations achoppent notamment sur le poste de n°2. Les noms qui circulent font la faveur à Harlem Désir, Arnaud Montebourg et Claude Bartolone, mais aussi des royalistes comme Vincent Peillon ou Manuel Valls… Les amis de Benoît Hamon, forts de leur score de 18,52 %, ont déclaré refuser de participer à l’équipe dirigeante si leur champion n’obtient pas ce poste. À peine aux commandes, les affaires ne sont pas simples pour la maire de Lille qui a promis être à celles de la métropole du Nord 5 jours sur 7… Elle est d’ailleurs aux prises au plan local avec le député UMP Sébastien Huyghe, qui lui a ravi sa circonscription à l’Assemblée nationale.
Nul doute que beaucoup de monde affichera une amère déception avant Noël sous le sapin dressé rue de Solferino ! Les places sont d’autant plus chères que Martine Aubry n’a conquis la sienne qu’au prix d’alliances de circonstances, et voudra la conserver pleine et entière alors que s’est révélée une fracture au sein du PS, qui a tendance à s’agrandir. Selon Metro, 45% des sympathisants socialistes plébiscitent Ségolène Royal pour la course à la présidentielle de 2012, contre 35% qui lui préfèrent Martine Aubry. Le décalage est d’autant plus remarquable, que sur l’ensemble de l’échantillon, la nouvelle Première secrétaire obtient également le tiers des préférences, alors que sa rivale ne jouit que de 22% des faveurs…
Le fossé se creuse donc entre l’ex-candidate socialiste et la patronne du parti du même nom. La légitimité de Martine Aubry n’est pas complète, en raison du trouble organisé par la faction rivale au sujet des fraudes et des mécomptes. La commission de récolement a permis d’aboutir au consensus, mais nul ne sait au prix de quels arrangements. En revanche, tout le monde a eu vent de la façon dont se passent les scrutins internes aux organisations politiques… Le charisme du secrétaire de section, la docilité des assesseurs, les intimidations exercées sur tel ou tel militant ne sont pas des usages révolus. Ils sont ancrés dans la nature humaine.
Par ailleurs, ce Parti socialiste partagé en deux factions d’égale influence aura désormais deux sièges, deux tours où s’observent deux femmes qui se connaissent bien, trop bien, pour s’être pratiquées longtemps dans les allées du pouvoir mitterrandien. Le premier des châteaux forts se situe près des rives de la Seine, rue de Solferino, du nom d’une bataille sanglante du IInd Empire. Le second est sis boulevard Raspail, qui tire le sien de celui d’un membre de la IIème République, soldée le 2 décembre 1851 par Louis-Napoléon Bonaparte avec un coup d’État.
La dame en blanc ne s’est pas vue offrir la rose
Qu’elle attendait pourtant comme un joli cadeau,
Mais a-t-elle apprécié combien ce lourd fardeau
A encombré son homme au teint de couperose ?
Son rêve au fond si juste est perclus de sclérose
À tel point qu’on dirait pour l’instant le radeau
De la méduse, alors que le pont est plein d’eau,
N’espérons plus la voir avec l’humeur morose…
À l’autre, elle aura soin de laisser les tourments
De l’intendance au prix des plus durs traitements
Ordonnés par ses pairs dans cette maison close !
Nous la verrons fort aise en lui lançant un trait
De temps en temps, rusée en récusant la clause
Pour mieux détruire en elle un trop joli portrait.
