Économie : le Coup de Génie de Nicolas Sarkozy
Un grand fonds souverain stratégique d’investissement national a vu le jour sous l’impulsion du chef de l’État, sur tous les fronts pourris de la finance depuis le début de la crise des marchés. C’est la dernière étape d’un plan en cascade et destiné à réinjecter de l’argent frais dans l’économie française en dépit de la moindre marge de manœuvre et d’une dette publique abyssale, à hauteur de 65,7% du PIB.
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Il ne s’agira pas de subventionner des entreprises à fonds perdus mais de stabiliser le capital d’entreprises qui ont un avenir, qui disposent de savoir-faire et de technologies-clés et qui pourraient être des proies tentantes pour des prédateurs qui voudraient profiter d’une sous-évaluation boursière ou de la dispersion de son actionnariat pour s’en emparer et les dépecer, a expliqué Nicolas Sarkozy dans le bourg d’Argonay, en Haute-Savoie. Qu’on ne se fasse pas d’illusion, toutes les entreprises en difficulté n’en bénéficieront pas ! Pour la Camif, c’est de toute façon trop tard…
Le fonds sera doté de 85 milliards d’euros de nouveaux prêts aux entreprises, aux collectivités, ainsi qu’aux particuliers. Il s’agit, selon Nicolas Sarkozy, de tracer l’argent investi dans les banques, sachant que, selon lui, les 10,5 milliards apportés en représentent le potentiel. Les préfets et les trésoriers payeurs généraux seront mis à contribution pour juger de l’efficacité des nouveaux circuits de financement, et l’on sait combien ils ont à cœur de participer aux affaires de leurs départements depuis qu’ils sont en charge de l’ordre public. Comme ceux qui ne joueront pas le jeu devront en assumer les responsabilités, on imagine facilement l’entrain avec laquelle ils vont s’acquitter de cette tâche.
C’est pourquoi un poste de médiateur du crédit sera créé, auquel pourront s’adresser toutes les entreprises qui peinent à accéder à des financements. René Ricol, l’ancien président de la compagnie des Commissaires aux Comptes et auteur d’un rapport rédigé à toute vitesse sur la crise financière, sera en charge de cette fonction. De toute manière, les flux financiers les plus importants devront échapper à ces cerbères, puisqu’ils sont réservés aux secteurs stratégiques, soit aux fleurons de l’économie nationale, qui sont sujets à perdre des points au CAC 40, et traitent directement avec les cabinets ministériels dont leur activité dépend. L’enveloppe globale est pour le moment virtuelle, et calculée au doigt mouillé sur les ratios de crédits autorisés pour les banques au vu de leurs fonds propres. C’est ainsi qu’un apport de 10,5 milliards d’euros est supposé générer une redistribution de 85 milliards.
Les banques sont mises à contribution pour assurer leur propre financement grâce à leurs créances. Occupé qu’il était à Argonay, il est fort possible qu’il n’a pas entendu les cris d’orfraies d’Alan Greenspan… Selon le modèle basé sur un scénario de récession élaboré par Merrill Lynch lundi, les banques auront à brève échéance un besoin supplémentaire de recapitalisation de l’ordre de 73 milliards d’euros en Europe. En ce qui concerne la France, les besoins en capital s’élèvent à 7,3 milliards d’euros pour BNP Paribas, 6,5 milliards pour la Société Générale et 3 milliards pour le Crédit Agricole.
Christine Lagarde a installé vendredi dernier le conseil d’administration la Société française de Refinancement de l’Économie, créée par la loi publiée le même jour afin de soutenir les banques en manque de liquidités en raison de la crise financière. Selon le communiqué du ministère de l’Économie, les réseaux bancaires ont fait part de leur intention d’émettre d’ici la fin de l’année des titres de dette subordonnée à un taux supérieur d’environ 400 points de base en moyenne au taux sans risque et pour les montants suivants :
(en Md €) |
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| Banques Populaires | |
| BNP-Paribas | |
| Caisses d’épargne | |
| Crédit Agricole | |
| Crédit Mutuel | |
| Société Générale | |
Le conseil d’administration compte 12 membres, dont 7 représentants des principales banques de la place. L’État compte trois représentants, dont le directeur du Trésor Xavier Musca, qui aura droit de veto. Les deux autres membres sont le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, censeur sans droit de vote, et un administrateur indépendant. La société de refinancement prêtera aux banques et recevra en gage des créances de bonne qualité, comme des prêts immobiliers assortis d’une hypothèque, des prêts aux collectivités publiques, ou des prêts à la consommation consentis aux particuliers résidant en France, dont la Banque de France contrôlera la qualité. Pourtant, il est plus que nécessaire aux établissements bancaires de se débarrasser de leurs actifs toxiques tout en préservant leur stock de valeurs saines. Leur redressement est à ce prix.
La composition du capital de cette société de refinancement est à présent dévoilée. Elle est dotée de 50 millions d’euros, répartis entre BNP Paribas SA pour 13,110 millions, le Crédit Agricole pour 4,508 millions, la Société Générale y prend part pour 13,080 millions, le Crédit Mutuel et HSBC France Caisse d’Epargne y sont chacun pour 2,302 millions d’euros. Les banques détiennent 66% du capital et l’État français la minorité de blocage.
Ce sont ces nouveaux fonds qui permettront d’augmenter ceux des établissements en difficulté, en servant également de garantie aux 360 milliards d’euros annoncés la semaine précédente. Il y a fort à parier que ce plan de refinancement soit directement inspiré de la multiplication des pains, à relire dans l’Évangile de Matthieu, versets 14 à 21…
Le fruit de notre argent s’exprime en la croyance
En un monde aux pieds sûrs dont le pas progressif
N’est réglé dans le temps que par un droit poussif
Et coi, mais les pouvoirs publics sont en faïence !
Pour les petits porteurs, on craint l’imprévoyance
Et pour mon compte en banque un esprit possessif
Qui pousse à mettre au coffre un bel argent massif,
Mais rien n’est fait pour un défaut de surveillance.
Bien sûr, quand tout va bien l’affaire est dans le sac,
Mais on oublie au mieux les grand coups de ressac
Et puis, la crise arrive avec son long cortège infâme.
La caisse est vide et l’on s’étonne un peu trop tard,
Notre âme est mise à prix car l’impair nous affame,
Il nous prend peur de mettre à feu ce gros pétard !
