John McCain et Barack Obama n’ont pas rassuré Joe le Plombier

John McCain et Barack Obama n'ont pas rassuré Joe le Plombier

Le candidat républicain n’a pas trouvé les mots pour reprendre la tête avant la dernière ligne droite de la campagne présidentielle américaine, alors que son concurrent démocrate a su conserver le ton posé qui lui permet d’aborder les questions les plus subtiles avec l’air compétent. Le 3ème et dernier débat opposant les candidats à la Maison-Blanche se déroulait à Hempstead, dans le New Hampshire, mais n’a pas permis d’assurer à l’un des deux un avantage déterminant.

C’était mercredi le débat le plus intéressant des trois confrontations directes et télévisées, dans la mesure où les deux candidats ont pu faire valoir leur propre vision d’un rêve américain mis à mal par la crise financière et le retour de la récession économique. La meilleure manière d’utiliser les deniers publics a été au fond des exposés des candidats, John McCain reprochant au démocrate de constamment recourir à la dépense publique et privilégiant son choix du crédit d’impôt pour que chacun ait le choix de la formule qui lui convient le mieux en ce qui concerne l’assurance maladie, l’éducation de ses enfants ou même la relance de l’économie américaine…


Il n’a pas hésité à s’adresser directement à Joe, le plombier de Toledo, qui avait interpellé Barack Obama au cours de l’une de ses tournées électorales dans l’Ohio, et que la chaîne de télévision Fox, favorable au parti de l’éléphant, avait longuement filmé. L’homme espère acheter l’entreprise dans laquelle il travaille, mais craint de ne pas pouvoir le faire avec une politique fiscale plus stricte. Le républicain reproche à son rival de réclamer une hausse d’impôts pour les revenus annuels supérieurs à 250.000 dollars, et lui demande à brûle-pourpoint pourquoi. Barack Obama expose que son programme est d’augmenter les contributions pour les tranches les plus aisées seulement, afin de les réduire pour 95% de la population.


Il a mis l’accent sur le soutien que l’administration doit apporter aux plus pauvres, afin de leur réserver une place acceptable dans la société américaine, et leur permettre d’accéder plus facilement à la prospérité. Il s’est toutefois déclaré très attentif à l’utilisation des deniers publics et décidé à combattre le gaspillage. Le candidat démocrate ne s’est d’ailleurs pas privé pour rappeler à son rival que l’administration républicaine a précipité les États-Unis dans un gouffre en conduisant une politique économique favorable aux catégories les plus aisées de la population. Piqué au vif, John McCain réplique aussitôt : je ne ne suis pas le président Bush ; si vous vouliez vous présenter contre le président Bush il fallait le faire il y a quatre ans !


Si le candidat républicain a fait montre d’une grande combativité dès le début du programme, son discours devient agressif lorsqu’il revient sur des épisodes peu honorables de la campagne électorale, et prétend avoir été, ainsi que sa colistière Sarah Palin, l’objet d’attaques indignes de l’équipe démocrate. Mal lui en a pris, car Barack Obama s’est rappelé comment ses adversaires l’ont assimilés à un terroriste en pointant ses liens avec William Ayers : M. Ayers n’est pas impliqué dans ma campagne, il n’a jamais participé à cette campagne et ne sera pas mon conseil à la Maison-Blanche, a-t-il martelé. Le républicain a reconnu que c’est devenu vraiment dur, et je regrette les aspects négatifs des deux campagnes, ce qui ne l’a pas empêché d’attaquer Barack Obama sur son refus de débattre avec lui et les membres de son équipe sous les préaux d’école, une pratique ancienne et toujours en vogue aux États-Unis !


John McCain a clairement dominé les trente premières minutes, laissant son adversaire chancelant sous une avalanche d’attaques bien menées. Mais au fur et à mesure, il s’est crispé, affichant un dédain qui convient aux convaincus mais irrite les indécis, quoi qu’il puisse avancer. Son programme d’assurance maladie ne parvient pas à séduire le public. Dès lors, c’est Barack Obama qui reprend l’avantage, sur des question sociales qui sont passé au second plan, mais qui comptent : l’avortement, par exemple. Plus posé, il lui a suffi de moins pour faire plus face à un John McCain qui en a fait plus mais qui en a tiré moins de bénéfice.


Un point majeur a été sans doute éludé, peut-être parce que les deux candidats ont encore foi dans l’avenir, et certainement parce qu’ils n’ont ni l’un, ni l’autre, pas d’excellente réponse à donner. La crise financière et la récession qui a produit ses premiers ravages et déjà quelques victimes a donné un coup d’arrêt à la campagne de John McCain, et les questions économiques sont les plus urgentes et les 1ères à venir sur le bureau du prochain président des États-Unis. Or, ni l’un, ni l’autre n’ont apporté de nouveaux éléments dans leurs discours respectifs. Il est fort à craindre que la dette publique du leader économique mondial va s’aggraver aux dépens des populations de l’ensemble du globe…


Ce débat de bonne facture a conservé à Barack Obama un solide avantage, et plusieurs sondages ont donné le candidat démocrate gagnant à l’issue du programme. Sa stature présidentielle n’est plus sujette à caution, et même si son concurrent paraît sincère, sa dialectique est manifestement un cran au-dessous. John McCain est prompt à la critique, mais moins à même de proposer des solutions.

 

 


Ils ont mis deux choix clairs du rêve américain
Sur la table en lorgnant sur tous ses avantages,
Mais là du coup, ce ne sont plus des papotages
En cherchant à capter l’attention d’un péquin !


Le débat, malgré tout, se fait souvent mesquin
Et fait place en plusieurs cas aux vils ergotages,
Il faut sur un seul soir gagner des pourcentages
Essentiels pour couvrir un manteau d’arlequin.


La crise a fait d’un coup basculer la campagne
Même au fond si le strict espoir les accompagne
De demander aux gens de payer plus d’impôt !


Puisqu’en fait, ils n’ont rien pour sauver l’édifice,
Ils n’ont pas dit qu’il faut encore en mettre au pot :
C’est sûr, l’argent d’autrui doit remplir son office…