Théâtre : ET ELSA BOIT…
« Et Elsa boit » offre bien des surprises (Théâtre de l’Aktéon) : une mise en scène astucieuse,
à la fois sobre et pulsionnelle, un texte étrange aux sonorités à la fois drôles et mélancoliques
, une prestation solo d’envergure… Sans misérabilisme, ce (court) cru théâtral tient bien la
bouteille !
Note d’intention de la metteur en scène :
« Il y a dans le duo Adeline Picault / Clémentine Pons[ 1] l’évidence d’une rencontre auteur-
actrice qui frappe les sens. Complices dans le son, dans le rapport quasi charnel qu’elles
entretiennent avec le langage, liées par le verbe comme si elles écrivaient ensemble, les deux
jeunes artistes se répondent dans l’art du monologue, l’une servant l’autre, portées par la joie
de donner du texte, de donner du théâtre, du jeu, du style, de la force.
J’ai assisté à une première lecture spontanée de l’actrice face à son auteur, sans pouvoir
deviner laquelle des deux se réjouissait le plus de montrer à l’autre combien elle l’avait
comprise : il est très rare de trouver chez les jeunes auteurs d’aujourd’hui tant d’amour pour
l’acteur, et cependant avec tant d’empreinte, tant d’identité dans l’écriture, tant d’intégrité
dans la droiture du message poétique. De la même manière, rares sont les jeunes acteurs qui
acceptent avec autant d’évidence une écriture si particulière que celle d’Adeline Picault, un
phrasé si proche de la poésie pure qu’il pourrait dissimuler, pour qui lirait trop vite, tout le
merveilleux concret dont l’acteur a besoin pour exister.
J’ai beaucoup ri. J’ai ri à gorge déployée à ce texte incroyable qui magnifie l’actrice, tout
comme j’ai ri à cette interprète au son cristallin, à la voix haut perchée qui jouait en riant, elle
aussi, un texte où le désespoir se boit, s’absorbe, se déguste comme un bon vin.
Car c’est bien de dégustation qu’il s’agit, d’un monologue aux allures de poésie surréaliste qui
n’attendait que d’être honorablement incarné pour se révéler limpide, cocasse, burlesque,
touchant, bouleversant…L’histoire est simple : une jeune femme boit et nous parle, sans
cesser de rire de la désuétude de son histoire. Qui sommes-nous ? Le barman ? Sa
conscience ? Un vrai public ? Peu importe, elle est appuyée sur son comptoir sans aucun
misérabilisme, et elle rit…Elle rit de nous raconter ses déboires avec un garçon, elle plonge
dans le vertige d’une langue raffinée, une langue de peintre, une langue parfois sublime si peu
appropriée à la gaîté de l’alcool, une langue qui ne se « rit » pas et qui pourtant devient
presque normale dans la bouche de la jeune femme désinhibée : un monologue à emporter
partout, à jouer partout où l’on veut crier qu’il y a des auteurs forts dont la spécificité de
l’écriture s’accommode à merveille avec un jeu drôle, vivant et actuel.
Une seule mise en scène possible : suivre la musique du texte comme une partition, pousser la
comédienne vers une vérité qui lui permette à la fois de « dire » ET de « ressentir »…Ne rien
faire d’autre que d’aider à battre la musique de mots dans le cœur de son interprète qui les
chante déjà si bien… »
Anne BOURGEOIS
Juin 2007
durée : 1 h
[ 1] En novembre 2008, Clémentine Pons sera à l’affiche du film « Musée Haut, Musée Bas » où elle a un duo comique avec Valérie Lemercier
Texte de Adeline Picault
Avec Clémentine Pons
Mise en scène d’Anne Bourgeois
Création Lumière de Philippe Mathieu
Théâtre de L’Aktéon du 22 septembre au
3 novembre.
Les lundis et mardis à 21 h 30.
11, rue du général Blaise. 75011
métro : Saint-Ambroise