La Crise financière est peut-être un Coup de ben Laden

La Crise financière est peut-être un Coup de ben Laden

Le discours de Nicolas Sarkozy, prononcé jeudi dernier à Toulon, port de guerre, en réclamant une sanction pour les responsables de la crise financière mondiale, est devenu rapidement une référence, puisque tous les responsables politiques du monde se font désormais violence pour garantir l’argent des petits épargnants et demandent à leurs administrations respectives de rechercher des responsabilités dans ce désastre planétaire.

Tandis que la faillite se propage à travers le monde, la SEC, l’autorité financière des États-Unis, soupçonne plusieurs fonds spéculatifs d’avoir propagé des rumeurs pour faire baisser le cours d’importantes institutions financières et en tirer profit, affirme l’édition en ligne du Wall Street Journal. Selon le quotidien, plus d’une vingtaine de hedge funds ont reçu des citations à comparaître. Les victimes seraient les banques Goldman Sachs, Morgan Stanley, Washington Mutual, Merrill Lynch, Lehman Brothers et l’assureur AIG.


L’enquête de la SEC vise à déterminer s’il y a eu utilisation abusive de la vente à découvert, qui consiste à emprunter une action dont on pense que le prix va baisser et à la revendre avec un gros bénéfice au moment où il faudra la racheter pour la rendre. La technique est simple en apparence, et délicate à mettre en œuvre dans les faits, car elle suppose une excellente connaissance des marchés dérivés autant qu’un bon flair et une grande réactivité, à moins d’agir en influençant les places financières. Elle a déjà fait parler d’elle au début de l’année, puisque c’est de cette manière que Jérôme Kerviel a fait vaciller la Société Générale, qui a dû se débarrasser sans tarder de ses positions, devenues intenables.

Le désastre financier ne date pas d’hier


La crise financière que traversent toutes les places boursières ne se limite pas aux États-Unis, où elle connaît pourtant une ampleur sans précédent, et on oublie trop souvent de souligner qu’elle est la conséquence du retournement du marché de l’immobilier américain, et de son effondrement à l’été 2007. Les prêts hypothécaires consentis par des établissements tels que Freddie Mac ou Fannie Mae avaient été recyclés sur les marchés avant de se dévaloriser subitement, et si la Société Générale a réussi à minimiser les conséquences des subprimes dans son bilan annuel en janvier, la banque britannique Bradford & Bingley est en train de tomber à l’instar de sa consœur Northern Rock l’an dernier.


Pour Nick Leeson, le tombeur de la Baring’s en 1995, le problème est avant tout de faire à chacun des établissements financiers respecter des contrôles draconiens et surtout volontaires : la gestion du risque ? Beaucoup de risque, mais peu de gestion… Les banques et les institutions financières ne sont pas enclines à mettre de l’argent dans la gestion de risque. Pour elles, ce ne sont que des coûts, fait-il valoir au cours d’une conférence la semaine dernière à Bruxelles. Pour lui, les politiques ont beau jeu de réclamer une moralisation du secteur, puisque les banquiers sont sûrs de maîtriser un métier technique et délicat bien mieux que quiconque : les banques n’ont pas suffisamment compris que la gestion de risque sert en définitive à sauver du capital, y compris le leur. Elles sont en outre convaincues que les problèmes qui touchent les autres ne les frapperont pas elles-mêmes.


C’est d’ailleurs dans la capitale belge que se noue en ce moment un drame autour du plus important employeur du secteur privé, qui concentre à peu près la moitié des dépôts bancaires du pays. La banque Fortis a réuni dimanche un conseil d’administration et son nouvel administrateur délégué, Filip Dierckx, s’est rendu ensuite au Parlement belge où se tenaient les pourparlers de crise. Responsable de la stabilité du secteur de la zone euro en tant que gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet a participé aux négociations avec le chef du gouvernement Yves Leterme. Le ministre du Budget luxembourgeois, Luc Frieden, a annoncé sur la chaîne de télévision RTL que les gouvernements belge, luxembourgeois et néerlandais entreraient au capital de Fortis, qui est confronté à une grave crise de confiance des marchés, si aucun accord de reprise ne pouvait être conclu avec une banque étrangère.


Le Figaro a rapporté sur son site Internet que la banque française était la mieux placée pour parvenir à un accord, après l’annonce par un journal néerlandais que le néerlandais ING avait mis un terme à ses négociations. Aux Pays-Bas, Fortis est la deuxième institution financière. BNP Paribas et ING se sont refusés à tout commentaire sur des informations de presse selon laquelle ils avaient mené des discussions en vue du rachat d’actifs ou un partage de Fortis. Le gouvernement est prêt à garantir 100% des dépôts de la clientèle, a déclaré à la télévision belge la présidente des démocrates-chrétiens, la formation politique du Premier ministre. Des médias belges ont indiqué de leur côté que les discussions avec les repreneurs potentiels étaient difficiles, butant notamment sur une question de prix, ce qui rendait le scénario d’une nationalisation plus plausible.

Les spéculateurs boursiers en ligne de mire


En France, alors que l’Europe attend avec anxiété l’approbation par le Congrès américain du plan de sauvetage du secteur financier, l’Élysée et le gouvernement français assurent que le secteur bancaire ne court pas de risque de faillites en série dans ce pays. Nos banques font à 75% des activités de dépôt et elles ont pour 25% une clientèle d’affaires, a plaidé la ministre de l’Économie : leur modèle est beaucoup plus équilibré et je pense qu’avec le système de réglementation que nous avons, notre système est solide, a expliqué Christine Lagarde aux téléspectateurs de Canal +. Le Secrétaire général de l’Élysée s’est montré moins serein sur France-Inter : personne ne sait véritablement ce qui va se passer, a-t-il regretté. Il ne fait pas de toute que les difficultés se rapprochent du pré-carré français, et si la Société Générale a déjà senti le vent du boulet en janvier 2008, la fragilité nouvelle de Merrill Lynch, qui peine à trouver du cash auprès des institutions financières chinoises après avoir recapitalisé la banque française au printemps, peut lui faire craindre le pire.


Dans son allocution radiophonique hebdomadaire samedi, George Bush a reconnu que bon nombre de ses compatriotes étaient irrités de devoir financer un plan de 700 milliards de dollars en faveur des banques afin de payer pour les erreurs commises à Wall Street : cela ne semble pas équitable et je le comprends, a-t-il reconnu. S’il était possible de laisser plonger toutes les sociétés irresponsables de Wall Street sans que cela vous touche, vous et votre famille, je le ferais, a poursuivi le président, mais ce n’est pas possible, s’est-il désolé, avertissant qu’une panne du système financier se traduirait par des difficultés financières pour nombre d’entre vous.


C’est pourquoi le discours de Toulon a résonné comme un cri du cœur : l’État et les contribuables, les actionnaires et les salariés ne sauraient être les financiers de l’échec ! Nicolas Sarkozy a stigmatisé les marchés financiers et a répété que les responsables du désastre soient sanctionnés. Cette attitude martiale n’est pas encore revenue en écho aux oreilles de son homologue américain, dont l’Administration vient d’accorder 5 milliards de dollars au Pakistan pour que Islamabad s’implique un peu plus dans la lutte contre le terrorisme, et sûrement pour passer un cap difficile en ces temps de crise. La capitale de ce pays frontalier de l’Afghanistan a subi un attentat spectaculaire samedi 20 septembre, et l’un des hôtels de la prestigieuse chaîne Marriott a été soufflé, faisant quelque 40 victimes.


L’ampleur des dégâts suggérait l’existence d’une gigantesque infrastructure logistique et économique. Étant donné l’implication d’Oussama ben Laden, universellement décrit comme milliardaire saoudien et le banquier du terrorisme, l’explication financière a été crédibilisée par un stéréotype largement répandu. Un consensus autour du financement des attentats a émergé immédiatement après celui du 11 septembre 2001, contre les tours jumelles de New-York. La liste des blanchisseurs est devenue familière alors qu’elle est passée aujourd’hui par pertes et profits : les 300 millions de dollars d’Oussama Ben Laden, les sociétés écrans, les organisations caritatives islamiques, les Saoudiens, les milliardaires arabes, la drogue, l’or et les diamants, la petite criminalité… De la presse populaire aux rapports imposants rédigés par les think tanks néo-conservateurs, la liste des suspects est souvent la même et elle pourrait resservir. Il serait temps d’y songer.

 

 


Le système est fragile et s’effondre en cascade
Sauf en France où il est bien sûr très bien fichu :
Malgré tout, nos banquiers n’ont-ils jamais déchu
Pour succomber bon an, mal an, à leur toquade ?


Je suis sûr que leur ruine est juste en embuscade
Prête à fondre aussitôt sur ceux qui n’ont pas chu,
D’ailleurs, la crise est comme un diablotin fourchu
Qui vient semer le trouble ainsi pour la décade…


Quand face au choc, ils ont du mal avec les gens :
Nous les sentons assez prudents, nos dirigeants,
Pour glisser du peut-être à la grande ignorance !


Mais dans ces moments-là il faut être exigeant
Et montrer sans faillir la plus ferme assurance :
Un terroriste est souple et veut brûler l’argent !