Jésus contre Jésus, une bombe anti-mythe

Jésus contre Jésus, une bombe anti-mythe

Tels des détectives un peu fous, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont mené une enquête de sept années pour retrouver la trace d’un individu insaisissable nommé Jésus. Ils nous livrent le résultat de leurs recherches dans Jésus contre Jésus.

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Récemment, j’ai mis sur Le Mague, un beau coup de gueule de Gérard Mordillat. Cela m’a remis en mémoire un papier que j’avais fait sur le livre Jésus contre Jésus pour Le Libertaire, en 2000. Après l’opérette papale que nous venons de subir, je ne résiste pas à la tentation de republier l’article que voici.

Cinéastes et écrivains, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont livré, en 1993-94, une mémorable fresque cinématographique et littéraire sur Antonin Artaud. Quelques années plus tard, les mêmes récidivaient avec un personnage aussi turbulent que le premier, un certain Jésus. Ce travail a donné la série Corpus Christi, diffusée sur Arte et éditée aux éditions Mille et une nuits avec le succès que l’on sait.

Après avoir interviewé les plus grands spécialistes mondiaux, Mordillat et Prieur ont disséqué les textes. Dans Jésus contre Jésus, ils décortiquent notamment les Evangiles. Ils tentent de percer les secrets politico-religieux qui marquent l’invention du Nouveau Testament. Pour les deux auteurs - cela ne surprend pas les libertaires - les Evangiles sont une espèce de "terrain miné". Les grenouilles de bénitier vont y perdre leur latin.

Depuis des siècles, les grosses sectes chrétiennes font prendre pour parole d’évangile une multitude de fables. Qui, croyant ou athée, n’a pas été bercé par les récits sur l’étable de Bethléem, la multiplication des pains, la marche sur les eaux, la guérison des malades ou la montée aux Cieux ? Ce Jésus, quel drôle de loustic ! Mais qui était-il vraiment ?

En fait, rien ne prédestinait Jésus, un pauvre bâtard né de père inconnu, à être célèbre après sa mort. Jésus n’a rien laissé de tangible derrière lui. Aucun document officiel ou privé ne fait mention de ce personnage de son vivant. Comme une sorte de Don Quichotte, Jésus ne serait-il que le héros d’une puissante œuvre littéraire ?

Aussi puissante qu’elle soit, cette œuvre est néanmoins bancale. Le scénario, écrit par d’innombrables mains, a quelques faiblesses. Mordillat et Prieur le comparent à un puzzle auquel il manquerait certaines pièces... tout en ayant des morceaux en trop ! D’un Evangile à l’autre, on note des contradictions sur le lieu et la date de la naissance de Jésus, sur l’identité de ses disciples, sur ses miracles, sur son procès, sur la date de sa mort... Selon les cas, Noël est situé en janvier, en mars, en avril ou en mai. Et où se trouve Nazareth ? Aucun document ancien, romain ou grec, ne mentionne cette bourgade. La Bible et la littérature talmudique ne sont pas plus bavardes... Volontaires ou non, les erreurs de fabrication foisonnent. Les évangélistes ne sont pas les apôtres. Une ou deux générations les séparent de la période concernée. Au fil des siècles, les Evangiles se sont adaptés aux circonstances, à la liturgie, à la propagande. Les textes ont été soumis à de violentes joutes finissant soit sur des compromis, soit sur des bannissements pour hérésie. Bref, malgré toutes sortes d’études, personne n’est aujourd’hui capable de dire avec exactitude où, quand, comment, par qui, pour qui et contre qui les Evangiles, ont été écrits.

Pour aller au bout des énigmes de ce roman noir croustillant, les auteurs mettent souvent à contribution l’histoire, la géographie, la linguistique, l’archéologie, la théologie, la botanique, la médecine, l’art sacré et, tout simplement, la logique. Les évidences sont depuis toujours sous notre nez. Il suffisait de savoir entrer dans ce livre que tout le monde croit connaître et que personne n’a lu véritablement. Il est étrange de constater à quel point les Evangiles sont inconnus de ceux qui s’en réclament comme de ceux qui les combattent ! Par extension, Mordillat et Prieur nous proposent en quelque sorte une méthode pour apprendre à lire et à contourner les manuels de propagande.

Jésus contre Jésus n’est pas un féroce pamphlet anti-clérical militant comme l’entendent certains amis bouffeurs de curés. Dans son genre, ce livre destiné à une grande diffusion constitue un outil efficace et plutôt décapant. À l’aide d’une abondante documentation, Mordillat et Prieur expliquent, lisiblement et méthodiquement, comment Jésus, atypique prophète juif galiléen, est finalement devenu Christ après de savantes manœuvres. Étape par étape, ils racontent comment ce Christ a été créé, inventé de toutes pièces, par des écrivains chrétiens visiblement doués pour la littérature fantastique.

Une étude à distribuer à la sortie des églises.

Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Jésus contre Jésus (éditions du Seuil).

Sur le même sujet, Mordillat et Prieur ont produit une belle somme de livres et de films passionnants. Outre Corpus Christi (éditions Mille et une nuits et Arte éditions), on peut reprendre Jésus, illustre et inconnu (éditions Desclée de Brouwer), Jésus après Jésus, essai sur l’origine du christianisme (éditions du Seuil). Enfin, Jésus sans Jésus, de l’Apocalypse à la Cité de Dieu sortira fin 2008 aux éditions du Seuil et chez Arte éditions 2008.

le 19/09/2008
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7 Messages

  • 20 septembre 2008 07:55, par Romain

    Moié c’est ça… cause toujours… t’es un jaloux c’est tout… jaloux parce que Jésus il a des cathédrales dans toutes les grandes villes, des églises dans tous les villages, et des calvaires à tous les carrefours !
    Quand Jésus il marche sur l’eau toi tu fais la queue à la poste, quand Jésus distribue les pains toi t’attends le bus numéro 8, quand Jésus porte sa croix toi tu joues à la Playstation, et quand Jésus ressuscite et reviens sauver le salut des hommes toi tu regarde la Satracadémie…
  • 22 septembre 2008 11:16, par Dogann

    Lisez ce livre d’accord.
    Et ensuite lisez aussi le livre de Pierre Perrier : Les Colliers Evangéliques, sans oublier les annexes.
    Puis comparez.
    Il y a certainement beaucoup plus de preuves que les Evangiles sont très très proches de la vérité historique que l’inverse. Le tout dépend de la clef de lecture qu’on choisit.
    On ne décide pas de la véracité d’un texte en fonction d’un autre manuscrit qui prouverait qu’il est vrai ou faux. C’est l’archéologie, l’ethnologie, les traditions orales, l’exégèse et la théologie qu’il faut savoir manier.
    Bien sur on peut rester dans une idéologie purement matérialiste et positiviste et s’enfermer dans des certitutes athées. Mais qui sera le plus ridicule dans l’affaire ?
    Bien sincèrement.

    Voir en ligne : Quelques pistes


    • A ma droite 600kg d’arguments en faveur de jesus
      A ma gauche 50kg (seulement) contre
      Donc dieu existe,et jesus a donc bien multplié les pains !
      affaire suivante
      denis
  • 24 septembre 2008 22:35, par Jean CEMELI

    La seule chose qui soit vraie est que les Evangiles ont été écrits- c’est sûr !!!!
  • 17 avril 2009 09:28, par ok.karen

    Bonjour,
    Je suis athée et ma formule préférée est "La religion est l’opium du peuple". J’ai lu "Jésus contre Jésus" de Mordillat et Prieur. Et j’ai été emballé par ce livre qui étaitdevenu mon livre de chevet. Dernièrement, j’ai trouvé aux éditions Edilivres, un bouquin "Lettre ouverte à JESUS contre Jésus" de Victor Ojeda-Mari. Cet auteur répond point par point à toute l’argumentation des deux fameux auteurs. J’avoue que je suis quelques peu déstabilisé. Avez-vous lu ce livre. Si oui qu’en pensez-vous ???!!!!!
    • Jésus contre Jésus, une bombe anti-mythe 17 avril 2009 11:04, par Marie-Pierre

      Je me permet de prendre la parole bien que n’ayant jamais lu les livres dont on parle dans cet article, par contre je me suis intéressée aux E.M.I. Je dois dire que ma foi s’en est trouvée renforcée par la possible survivance de l’âme. Ces expériences ont été décrites et même vécues par des médecins, des prêtres entre autre. Il n’est pas question de religions dans ces expériences mais d’une dimension hors champs.
      Pardonnez moi si je suis hors sujet.
  • 4 décembre 2010 23:37, par olivier

    il faut lire Mordilla et prieur, regarder leurs emissions , ne serais-ce que pour se mettre à un certain niveau de conaissances du sujet.
    Le propos de base n’est pas l’evangile ( ou jesus à travers l’ évangile, le christ) mais la non connaissance historique du personnage fondateur de la pensée /morale/religion occidentale... Jesus l’homme (ecce homo).
    Il n’ y a rien qui atteste de son vivant sa réalité dans la chaire, et pour les évangiles (pagano chrétiennes) Jesus n’est qu’un pré-texte au sens littéral, il sera ressuscité dans le texte ; christ = logos.
    Donc ce n’est pas un problème chrétien à la base ( ça n’existait pas en 30, quoique ?) c’est un problème juif, ... Pourquoi ce silence asourdissant venant de la galaxie judaique de l’époque, puisque jésus était juif_ selon nos deux journalistes_ mais quel genre de juif ? Un juif forcement dans la marge, qu’est-ce que la marge à cette époque ou il n’y a pas d’orthodoxie "juive" etc...
    Pas de réponse satisfaisante
    Le probleme de Mordilla et prieur ( que je respecte beaucoup) c’est trop d’exegèse et pas assez d’histoire